"Au plus haut niveau, tout se passe bien", dit un député marcheur, "mais peut-être pas sur le terrain..." À huit mois des municipales, les points de friction se multiplient entre La République en marche et le MoDem, animés par des stratégies politiques parfois divergentes.
Emmanuel Macron suit vendredi le Tour de France à Pau, chez François Bayrou. Le chef-lieu des Pyrénées-Atlantiques ne pose pas de problème: "si une liste LREM se montait, elle ferait 1% face à Bayrou", ricane ce député. Mais "le sud-ouest, d'une manière générale, c'est pas simple tous les jours", poursuit le même.
Car c'est à Bordeaux que les hostilités ont commencé: pressé par la base militante de LREM, le parti présidentiel s'est résolu à investir Thomas Cazenave, en juin, contre le maire sortant, Nicolas Florian, successeur d'Alain Juppé et dont la majorité municipale compte des conseillers MoDem.
"Florian, quel crime a-t-il commis?", peste encore un haut cadre du Mouvement démocrate, qui rappelle au passage que "Juppé entraîne avec lui Dominique Bussereau et Jean-Pierre Raffarin", qui seront "indispensables, aux départementales et régionales, sans même parler de 2022", pour la présidentielle.
De même, l'onction donnée à Vannes à Patrick Le Mestre contre le sortant David Robo, un ex-LR pourtant réputé bienveillant envers la majorité passe toujours mal dans les rangs bayrouistes.
Au-delà, c'est la méthode LREM qui fait tousser: des salves d'une quinzaine d'investitures données chaque semaine depuis la mi-juin, décidées par une commission nationale.
"On n'est pas sur ce calendrier. Ca n'est pas parce que nous sommes alliés que nous sommes affiliés", martèle un membre du gouvernement issu du MoDem.
Jeudi, le parti de François Bayrou a d'ailleurs publié une liste de ses "chefs de file" dans 200 communes, "qui ont vocation soit à être têtes de liste, soit à intégrer des listes de rassemblement", avec des investitures qui seront seulement données "dans un deuxième temps", en tout cas pas avant la rentrée.
"Il ne s'agit pas de mettre des drapeaux rouges ou d'envoyer des signaux d'agression, mais plutôt l'inverse", plaide le secrétaire général du MoDem, Jean-Noël Barrot, alors que le patron de LREM, Stanislas Guerini, jure que "nous devrions aboutir dans l'immense majorité des villes de France à des stratégies communes". Et ailleurs? "Nous l'assumerons."
En creux, selon un membre de la commission d'investiture de La République en marche, "le MoDem est davantage dans des alliances d'appareils et surtout de défense des positions acquises, là où, chez nous, on a des stratégies globales d'implantation".
- Changements d'alliances ? -
La députée Modem Sarah El Haïry à l'Assemblée nationale, le 16 mai 2018
AFP/Archives
Points toujours problématiques: Aix-en-Provence, Reims, voire Marseille. En cours de résolution: Clermont-Ferrand et, espère-t-on chez François Bayrou, Metz, où l'ex-eurodéputée Nathalie Griesbeck devra s'imposer face aux nombreux prétendants à l'investiture LREM.
A Rennes, où La République en marche a préféré Carole Gandon au MoDem Pierre Breteau, chacun veut croire qu'un rassemblement est possible, "le problème étant que Richard Ferrand soutient la première et Jean-Yves Le Drian le deuxième", déplore un parlementaire.
"Les chefs de partis, ça va. François Bayrou et Emmanuel Macron, ça va. Après, sur le local, dans certaines communes, peut-être qu'il y a des comportements un peu plus compliqués à gérer", abonde un député. Outre Bordeaux, Toulouse ou Marseille pâtissent notamment des affrontements entre marcheurs locaux partisans d'un renouvellement et la direction LREM, disposée à investir des sortants - ou figures locales (un peu trop) connues - bienveillants à leur égard.
"Sur le terrain, dans beaucoup de villes, les dynamiques ne sont pas déterminées", fait observer la porte-parole du MoDem Sarah El-Haïry, qui appelle à "des traits d'union pour des rassemblements très larges".
Et, parmi la liste des 200 du MoDem, environ la moitié font partie d'équipes municipales sortantes, autant de promesses de nouvelles frictions.
Parmi les troupes de François Bayrou, certains n'excluent toutefois pas de "changer d'alliances", en quittant des majorités municipales en place: les cas d'Évreux, Limoges et Saint-Etienne sont notamment évoqués, "mais cela fait grand débat et n'est pas du tout acté", met en garde un ponte du mouvement centriste.
Reste le cas de Paris, où le candidat LREM Benjamin Griveaux, à peine investi, s'est empêtré dans une polémique pour des propos injurieux, et suscite une circonspection certaine au Mouvement démocrate. "On verra à l'automne...", souffle l'un d'entre eux.
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