Pour la seconde fois en trois jours, Emmanuel Macron a échangé vendredi pendant six heures et demi avec 600 maires, dont certains l'ont prévenu...
Nouveau débat marathon pour Macron, appelé à ne pas « bluffer »
Pour la seconde fois en trois jours, Emmanuel Macron a échangé vendredi pendant six heures et demi avec 600 maires, dont certains l'ont prévenu...
Par Jérôme RIVET et Hugues JEANNEAUD
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Pour la seconde fois en trois jours, Emmanuel Macron a échangé vendredi pendant six heures et demi avec 600 maires, dont certains l'ont prévenu que les mots seuls ne suffiraient pas à mettre fin à la crise des "gilets jaunes", à la veille de l'acte 10 du mouvement.
"Je vous mets en garde, monsieur le président: il ne faudra pas que ce débat devienne le grand bluff !", a averti le président de l'association des maires ruraux du Lot, Christian Venries, au début de la discussion dans la petite ville de Souillac.
"Nous avons besoin d'actes forts", a renchéri le maire de Cahors, Jean-Marc Vayssouze-Faure (PS), en lui remettant le cahier de doléances des habitants établi "par des mots plutôt que par des dégradations".
Comme lui, de nombreux maires des 13 départements d'Occitanie ont pris au mot Emmanuel Macron qui avait souhaité mardi un débat "sans tabou".
A 6h32, sa durée a égalé celle de 6h38 de la réunion de mardi dans l'Eure. "Même Fidel Castro n'avait pas fait autant", en a souri le maire de Marsan (Gers), Aymeric de Montesquiou.
Heurts entre forces de l'ordre et manifestants à Souillac dans le Lot avant l'arrivée d'Emmanuel Macron, le 18 janvier 2019
AFP
Déjà venu à Souillac en février 2017 comme candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron a paru repartir en campagne en leur répondant, ôtant sa veste, debout au centre de l'agora et micro à la main, la politique des 20 premiers mois de son quinquennat.
"Je suis un pragmatique, il n'y a pas de tabou", a-t-il affirmé, en se disant ouvert à des aménagements sur certaines décisions, comme les 80 km/h. Mais il a de nouveau défendu la suppression de l'ISF, l'une des premières revendications des "gilets jaunes". "Ce n'est pas un sujet entre les riches et les pauvres, c'est: est-ce qu'on veut aider à créer des emplois?", selon lui.
Qualifiant le débat de "détonateur à intelligence collective", il a estimé qu'il n'était plus possible pour le monde politique de "décider comme avant, sans aller chercher de la délibération et de consensus".
- "J'ai ma vérité" -
Le chef de l'Etat a également récusé les accusations de mépris, liées souvent à ses petites phrases. "Je m'en accommode" mais "j'ai ma vérité, ma sincérité… je suis profondément attaché à chacun de nos concitoyens".
Le président Emmanuel Macron débat lors d'une rencontre avec quelque 600 maires du Sud-Ouest, le 18 janvier 2019 à Souillac (Lot)
POOL/AFP
Venus des quatre coins de l'immense région d'Occitanie, les maires l'ont interpellé en particulier sur l'affaiblissement des services publics dans les campagnes, qui se sentent défavorisées. "L'internet haut débit et la 4G font défaut", a dénoncé Agnès Simon-Picquet, maire des Junies (Lot).
Emmanuel Macron a affirmé que l'immigration faisait "partie du débat" mais que c'était "une erreur de l'aborder par l’intermédiaire du terrorisme", répondant à des propos virulents de la maire LR de Montauban (Tarn-et-Garonne), Brigitte Barèges. Elle a aussi regretté que, "par le biais de l'Aide médicale d'Etat, soit un milliard d'euros par an, un étranger (puisse) se faire rembourser tous ses soins à 100%".
- "Macronneries" -
Souillac avait été placée sous très haute sécurité. Ce qui n'a pas empêché des dizaines de manifestants - "gilets jaunes", retraités locaux et jeunes masqués - de venir protester: "Manu, arrête tes macronneries, tu ne vas pas réussir à nous endormir avec ton grand débat", clamait une banderole des "gilets jaunes aveyronnais en colère".
Emmanuel Macron lors d'une visite surprise dans une école de Saint-Sozy, près de Souillac, le 18 janvier 2019
POOL/AFP
Le matin, des heurts ont opposé les manifestants aux forces de l'ordre, qui les ont repoussés, parfois à coups de matraque, et procédé à deux interpellations, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Jean-Luc Mélenchon (LFI) a dénoncé cette situation: "Nous voyons 600 personnes, nos élus locaux, des braves gens, en écharpe. Au milieu un type qui répond aux questions. Et tout autour, 1200 policiers. Et pas un seul gilet jaune!"
En dépit du débat, de nouveaux rassemblements de "gilets jaunes" sont prévus samedi dans plusieurs villes.
Comme mardi dans l'Eure, le chef de l'Etat a effectué avant le débat une visite surprise, cette fois dans une école née du regroupement de plusieurs communes à l'initiative des parents.
Il a ensuite longuement échangé avec quelques habitants, notamment une étudiante infirmière, qui l'a interpellé sur le handicap, et des retraités. "Je ne suis pas sourd, c'est pour ça que je vais au contact", a répondu le président à un artisan.
Une nouvelle rencontre avec des élus est prévue le 24 ou 25 janvier, dans un lieu que l'Elysée doit annoncer. "L'idée est d'avoir une à deux rencontres par semaine, en fonction de l'agenda international, et garder des rencontres qui soient à taille humaine", a expliqué Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales et co-animateur du grand débat.
Quelque 360 débats, à partir de samedi, sont actuellement référencés sur la plateforme, a précisé M. Lecornu: 40% organisés par des élus locaux, des collectivités territoriales, 40% par des citoyens et 20% par des associations.
Lancé à la hâte, le grand débat s'organise peu à peu. Un collège de cinq personnalités chargées d'en "garantir l'indépendance" a été désigné vendredi.
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