Ocean Viking : des sénateurs et des associatifs à la rencontre des migrants
Après une visite à Hyères auprès des migrants de l’Ocean Viking, la sénatrice Marie-Arlette Carlotti se dit inquiète de la mise en place de procédures d’asile accélérées.

Ocean Viking : des sénateurs et des associatifs à la rencontre des migrants

Après une visite à Hyères auprès des migrants de l’Ocean Viking, la sénatrice Marie-Arlette Carlotti se dit inquiète de la mise en place de procédures d’asile accélérées.
Public Sénat

Par Samia Dechir

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5 min

Publié le

Après trois longues semaines d’attente à bord de l’Ocean Viking, les 234 migrants secourus par l’association SOS Méditerranée ont débarqué ce week-end à Toulon. Ils ont ensuite été placés au centre de vacances du Levant à Hyères, transformé pour l’occasion en « zone d’attente » d’où ils ne peuvent pas sortir.

Une procédure accélérée a été mise en place pour étudier chaque cas : les agents de l’OFPRA ont 48 heures pour juger si leurs demandes d’asiles sont recevables. Un délai un peu court, juge Marie-Arlette Carlotti. Dimanche, la sénatrice PS des Bouches-du-Rhône s’est invitée sur les lieux - comme l’y autorise son statut de parlementaire - pour connaître les conditions d’accueil des migrants.

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Des procédures sans avocat

 

Si la prise en charge sanitaire assurée par la Croix Rouge semble correcte, le dépôt des demandes d’asile inquiète la Sénatrice. « J’ai pu constater qu’ils n’avaient pas de recours aux avocats. On nous dit qu’ils ne le demandent pas, mais est-ce qu’ils savent qu’ils peuvent le demander ? Les informations sont en français, et à part les Maliens très peu le parlent. Les traductions se font par téléphone, il paraît que c’est la tradition mais j’ai vu tout à l’heure un migrant penché sur ton téléphone en train d’essayer de raconter son parcours, ses douleurs, ça me paraît difficile », alerte l’élue.

Une crainte partagée par l’association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (ANAFE). Au cours de la visite, sa présidente partage ses préoccupations sur le respect du droit d’asile. « On se pose des questions sur la confidentialité des entretiens et la manière très rapide dont ils se déroulent. Et sur la prise en compte de la vulnérabilité des personnes qui sont rescapées. Sont-elles vraiment en état de faire partager leur récit de vie qui est déjà traumatique ? » alerte Laure Palun, présidente de l’ANAFE.

 

« Je voudrais qu’on me dise que je suis le bienvenu »

 

Parmi les migrants, c’est le soulagement qui domine après trois semaines d’attente en mer. « On pensait que [ça durerait] un à trois jours, mais pas trois semaines, ma santé ne le permet pas », raconte Mory, un Guinéen blessé au bras qui a fait partie des premières personnes évacuées par hélicoptère pour raison médicale. « On dormait à peu près à vingt ou trente dans un coin, avec les femmes aussi, ce n’était pas facile. Aujourd’hui ça va. J’ai un objectif qui est clair, c’est de rester ici » précise-t-il, serein.

Comme plusieurs autres passagers du navire, il semble tout à fait confiant sur sa possibilité de rester en France. Ils savent en réalité peu de choses sur ce qui les attend. Djamal est l’un des seuls à partager son inquiétude sur la suite. Il n’a aucune visibilité sur la procédure de demande d’asile. « J’ai besoin que quelqu’un m’explique tout ça, me dise que je suis le bienvenu ici. Après tout ce temps que j’ai passé en mer, [je voudrais] que les gens qui m’accueillent dans leur pays, la France, me disent que je suis le bienvenu, mais pas qu’on me traite comme ça » s’insurge le jeune soudanais.

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Le choix controversé d’une zone d’attente

Dans le cadre d’une procédure accélérée, l’OFPRA a 48 heures pour décider qui est éligible ou non au droit d’asile. Ceux qui ne seront pas retenus auront ensuite 48 heures pour déposer un recours, avant d’être éventuellement reconduits dans leur pays d’origine. Les autres pourront ensuite officiellement déposer une demande d’asile, et entrer enfin sur le sol Français. Car pour le moment, aucun d’entre eux n’a officiellement mis un pied sur notre territoire. Cette zone d’attente a été créée en urgence par la préfecture du Var. « Une autre solution aurait pu être trouvée », regrette Laure Palun. Pour la présidente de l’ANAFE, la France aurait pu « les accueillir pleinement sur le territoire, ne pas enfermer les gens, leur permettre de faire valoir leur droit dans le cadre de procédures normales ».

Après avoir pris la décision d’ouvrir le port de Toulon au navire de SOS Méditerranée, le gouvernement Français a annoncé qu’il prendrait en charge un tiers des demandeurs d’asile, les deux-tiers restants seront accueillis par d’autres pays européens. « C’est bien, c’est un geste » reconnaît Marie-Arlette Carlotti. « Mais je ne voudrais pas qu’on fasse du « en même temps », c’est-à-dire que d’un côté on fait un geste d’humanité et de l’autre on décide d’être très dur au regard de leur droit d’asile » dénonce l’élue socialiste.

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