Plan d’économies de Renault : « C’est l’échec de la politique de Carlos Ghosn »
Trois jours après l’annonce d’un plan de 8 milliards pour relancer la filière automobile, Renault confirme la suppression de 4 600 emplois en France et la fermeture prochaine du site de Choisy-le-Roi. Pour les sénateurs, il est grand temps de « repenser l’outil industriel » du constructeur français.

Plan d’économies de Renault : « C’est l’échec de la politique de Carlos Ghosn »

Trois jours après l’annonce d’un plan de 8 milliards pour relancer la filière automobile, Renault confirme la suppression de 4 600 emplois en France et la fermeture prochaine du site de Choisy-le-Roi. Pour les sénateurs, il est grand temps de « repenser l’outil industriel » du constructeur français.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Avant d’annoncer des « mesures exceptionnelles » d’aides au secteur automobile, Emmanuel Macron avait pris des garanties du côté de Renault. Le constructeur avait pris l’engagement de quadrupler sa production de véhicules électriques en France d’ici 2024 pour atteindre 240 000 véhicules. Son nouveau moteur électrique ne serait finalement pas produit en Asie mais à Cléon en Seine-Maritime. Enfin, après s’être fait attendre, Renault avait pris la décision de rejoindre le projet franco-allemand de production de batteries électriques. Toutefois, le chef de l’État avait prévenu : le prêt garanti par l’État de 5 milliards d’euros est encore conditionné à des garanties sur l’emploi « de l’ensemble des salariés et des sous-traitants » des sites de Maubeuge et de Douai.

« Le prix d'une stratégie  qui pariait sur une croissance record du marché »

En grande difficulté bien avant la crise du Covid-19, le constructeur, dont l’État est actionnaire à 15%, confirme, ce vendredi, un plan d’économies de plus de 2 milliards d’euros qui implique la suppression de 15 000 emplois dans le monde dont 4 600 en France. « Des mesures de reconversion, de mobilité interne et des départs volontaires » est-il précisé. Un projet « vital » pour l’avenir du groupe, a justifié dans un communiqué la directrice générale, Clotilde Delbos. Renault souffre de surcapacités de production au niveau mondial. Ses premières pertes depuis 10 ans avaient été annoncées en février. « C’est l’échec de la politique de Carlos Ghosn. Il a multiplié les délocalisations pour augmenter les capacités de production et aucun de nos gouvernements successifs n’a mis le holà » s’insurge le vice-président de la Commission des affaires économiques, Martial Bourquin.

Une analyse à moitié partagée par la numéro 2 du groupe. « Aujourd'hui nous payons le prix d'une stratégie (...) qui pariait sur une croissance record du marché » a-t-elle souligné. « Clotilde Delbos était la directrice financière du groupe. Elle fait ce qu’elle sait faire. Elle réduit les coûts. C’est un peu facile de faire porter la responsabilité sur Carlos Ghosn qui a toujours tenu ses objectifs » défend le sénateur apparenté LR, de Paris Philippe Dominati avant d’ajouter : « Ce qu’on ne comprend pas, c’est le rôle de l’État actionnaire. Depuis le début du quinquennat, la politique industrielle de Bercy est très difficile à suivre. Il y a quelques mois, le gouvernement s’est opposé à la fusion entre Renault et Fiat. Désormais Fiat est en négociation avec PSA, un groupe dont l’État est aussi actionnaire ».

Feu vert pour un prêt de 5 milliards garanti par l’État

Les conditions posées par le chef de l’État étant respectées, le PGE (prêt garanti par l’État) de 5 milliards devrait être signé prochainement avec Renault. « On n’apprend rien des erreurs du passé. L’État qui est actionnaire va signer un PGE sans garantie de maintien de l’emploi. On sait ce que ça donne. Ça conduit à des délocalisations de la production » s’agace le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis, Fabien Gay qui n’est pas rassuré par l’annonce du groupe de suspendre « les projets d'augmentation de capacités prévus au Maroc et en Roumanie ». Renault dit également étudier « l'adaptation des capacités de production en Russie et la rationalisation de la fabrication de boîtes de vitesses dans le monde ».

Quatre sites Français vont être touchés dans des conditions qui restent en partie à définir : Caudan (Morbihan), Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Dieppe (Seine-Maritime) et Maubeuge (Nord). Le projet inclut l’arrêt de la production automobile à Flins (Yvelines), avec la fin de celle de la Zoe après 2024. L’usine, qui compte actuellement 2 600 salariés, sera reconvertie et récupérera l’activité du site de Choisy-le-Roi, qui emploie 260 personnes dans le recyclage de pièces. Lundi, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire n’avait pas conditionné la signature PGE à la non-fermeture de sites. « Nous voulons laisser à Renault la possibilité d’adapter son outil de production. De l’adapter en faisant attention à certains choix. J’ai dit que Flins ne devrait pas fermer » avait-il prévenu.

« Dans la vallée de la Seine, on a un losange à la place du cœur »

La reconversion annoncée de l’usine de Flins laisse toutefois à Sophie Primas, sénatrice LR des Yvelines et présidente de la Commission des affaires économiques, « une grande amertume et des regrets ». « Depuis que je suis parlementaire, ça fait 10 ans que je me bats pour améliorer la compétitivité de ce site de 230 hectares qui existe depuis 1952. Renault n’a jamais voulu que les territoires l’aident comme, par exemple en leur vendant son foncier. Dans la vallée de la Seine, on a un losange à la place du cœur. Le site a formé la structure sociale de la vallée ». Ce qui inquiète la sénatrice, c’est le transfert prochain dans son département de l’activité de recyclage du site de Choisy-le-Roy. « On enrobe les choses et on appelle ça un site d’excellence de l’économie circulaire. Mais pour l’instant, les tentatives de recyclage dans la filière automobile se sont soldées par des échecs. C’est une bonne idée mais pour que ça marche il faut que ce soit rentable. La course à la production s’est traduite par des investissements à l’étranger qui n’ont pas été amortis. Il faut repenser l’outil industriel, nationalement j’y suis favorable. Mais d’un point de vue local, c’est plus douloureux ».

« Chez Renault, c’est le plan industriel qui manque. La France n’est pas simplement un pays de consommateurs, c’est aussi un pays de producteurs. Il faut réapprendre à produire » résume Martial Bourquin. Un souhait partagé par Emmanuel Macron qui a fixé un objectif ambitieux à la filière automobile mardi : « Faire de la France, la première nation de véhicules propres en Europe ».

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Plan d’économies de Renault : « C’est l’échec de la politique de Carlos Ghosn »
3min

Politique

« La température est montée jusqu’à 50 degrés sur la façade de l’immeuble » rappelle cette jeune mère de famille de Pantin.

Confiné pour cause de canicule dans un appartement du centre de Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisé par les vagues de chaleur à répétition, soucieux de l’état de santé d’un jeune bébé, Marion raconte, dans ce nouvel épisode de Dialogue Citoyen, comment elle et sa famille ont décidé de quitter la région parisienne quelques jours pour s’extraire de la fournaise dans laquelle ils vivaient depuis des semaines.

Le

Plan d’économies de Renault : « C’est l’échec de la politique de Carlos Ghosn »
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le