Plan de relance européen : «historique», «incontournable» mais pas parfait pour les sénateurs
Après quatre jours de négociations, les vingt-sept ont réussi à parvenir à un accord sur le plan de relance européen. Un fonds de 750 milliards d’euros financé par un emprunt commun et qui devra être remboursé d’ici à 2058 au plus tard. Jean Bizet, le président de la commission des Affaires européennes du Sénat, qualifie cet accord d’« incontournable.»

Plan de relance européen : «historique», «incontournable» mais pas parfait pour les sénateurs

Après quatre jours de négociations, les vingt-sept ont réussi à parvenir à un accord sur le plan de relance européen. Un fonds de 750 milliards d’euros financé par un emprunt commun et qui devra être remboursé d’ici à 2058 au plus tard. Jean Bizet, le président de la commission des Affaires européennes du Sénat, qualifie cet accord d’« incontournable.»
Public Sénat

Par Sara Saïdi

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« C’est un plan de relance qui était incontournable sinon on allait au chaos », affirme Jean Bizet. Pour le président de la Commission des Affaires européennes du Sénat l’accord entre les vingt-sept est « une bonne nouvelle » d’autant plus que le dispositif inédit implique pour la première fois une dette commune entre les États membres de l’Union européenne : « On touche du doigt pour la première fois le fédéralisme budgétaire », affirme le sénateur LR de la Manche. Des propos que rejoint la sénatrice PS Hélène Conway-Mouret : « L’accord est indéniablement historique au vu des sommes qui ont été décidées et surtout parce que cela a abouti. » selon elle. André Gattolin, sénateur LREM, se réjouit également de cet accord qui renforce selon lui la cohésion économique entre les pays membres.

 

« Il arrivera un jour où les pays frugaux ne voudront plus payer »

 

Si la sénatrice socialiste, Hélène Conway-Mouret, parle d’une « solidarité budgétaire » qui fait « basculer l’Union européenne dans une nouvelle dimension », Jean Bizet, lui, reste plus sceptique quant à l’avenir de l’Union européenne : « Il faut regarder les choses en face, le fossé se creuse avec les pays dits frugaux », explique-t-il avant de préciser, qu’il préfère plutôt les appeler « pays vertueux et rigoureux ». Selon lui, si la France « qui ne fait pas partie des pays ni vertueux ni rigoureux », ne procède pas à des réformes structurelles, « il arrivera un jour où on n’aura pas d’accord (…) Il arrivera un jour où les pays frugaux ne voudront plus payer » prévient-il. Il regrette également que la France ait décidé de repousser les réformes de l’assurance chômage et des retraites : « Je salue l’engagement européen du Président mais je déplore la vacuité de la politique nationale », affirme-t-il.

 

Pour Hélène Conway-Mouret, au contraire, cet accord rejoint l’esprit des pères fondateurs : « Il y a eu des concessions car il faut rassurer la population de chaque État, mais collectivement on a tous gagné », affirme-t-elle. En effet, sous la pression des pays frugaux, Pays-Bas en tête, le montant des subventions est passé de 500 milliards à 390 milliards et la part des prêts mis à disposition des États membres passent de 250 milliards prévus initialement à 360 milliards. « C’est en deçà de ce qu’avaient proposé la France et l’Allemagne », regrette André Gattolin. « Est-ce que l’Allemagne, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne a usé de tous les moyens pour convaincre ? », s’interroge le sénateur LREM. « On aurait pu s’attendre à ce que l’Allemagne pèse plus sur la position autrichienne », regrette-t-il.

 

Le budget européen 2021-2027 : « Victime collatérale »

 

Le plan de relance négocié âprement pendant quatre jours prévoit donc un fonds de 750 milliards d’euros auquel s’ajoute un budget européen aussi appelé « cadre financier pluriannuel » de 1074 milliards d’euros pour la période 2021-2027. « C’est la victime collatérale de cet accord », regrette Hélène Conway-Mouret. La Commission européenne préconisait en effet un budget de 1100 milliards d’euros et le Parlement espérait 1300 milliards. « Cette baisse annoncée du budget 2021-2027 m’inquiète » affirme Hélène Conway-Mouret. Le 13 juillet la sénatrice socialiste avait en effet publié une tribune dans six journaux nationaux dont Le Monde pour rappeler l’importance du budget de défense européen, elle craint aujourd’hui que la baisse du cadre financier pluriannuel entraîne une baisse du budget de la défense. « Au vu du contexte, les pays vont mettre le paquet sur le social et l’économie », prédit-elle. Hélène Conway-Mouret pense aussi que l’objectif climatique décidé par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pourrait entraîner des coupes dans le budget de la défense. Néanmoins pour André Gattolin, suite à cet accord, le budget européen représente aujourd’hui 2% du PIB de l’Union européenne (contre 1% actuellement) : « Cela va être difficile de revenir en arrière au regard de la compétition internationale », affirme le sénateur qui va encore plus loin : « A l’horizon 2050, l’Union européenne ne peut rester dans la compétition que si elle dépense 3% de son PIB », conclut-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le