Plan de relance pour « l’après » : Macron consulte… pour « amuser la galerie » ?
Emmanuel Macron a confié à Gérard Larcher et Richard Ferrand une « mission informelle » pour plancher sur le plan de relance. Mais la droite ou la gauche se méfient et craignent des « jeux politiciens » ou de « l’enfumage ». Le chef de l’Etat pourrait au final décider de conserver ses « fondamentaux » avec une « inflexion assez forte sur la solidarité et l’écologie ».

Plan de relance pour « l’après » : Macron consulte… pour « amuser la galerie » ?

Emmanuel Macron a confié à Gérard Larcher et Richard Ferrand une « mission informelle » pour plancher sur le plan de relance. Mais la droite ou la gauche se méfient et craignent des « jeux politiciens » ou de « l’enfumage ». Le chef de l’Etat pourrait au final décider de conserver ses « fondamentaux » avec une « inflexion assez forte sur la solidarité et l’écologie ».
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Pour « l’après », Emmanuel Macron consulte avant. C’est mieux. Le chef de l’Etat s’est entretenu mercredi après-midi avec les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, Richard Ferrand et Gérard Larcher, ainsi qu’avec le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Patrick Bernasconi. Ce jeudi, c’était au tour des partenaires sociaux. Si l’épidémie n’est pas encore complètement derrière nous, la phase de déconfinement est bien avancée et l’exécutif se tourne vers son plan de relance.

Recherche d’« une forme de consensus »

Emmanuel Macron fera des « propositions aux Français » entre le second tour des municipales, le 28 juin, et le 14 juillet, a indiqué l’Elysée à l’issue de la rencontre avec les présidents des trois chambres. Le plan de relance se traduira sur le plan législatif à la rentrée de septembre. Mais avec quel contenu ? Le chef de l’Etat a demandé Richard Ferrand (LREM), Gérard Larcher (LR) et Patrick Bernasconi de plancher sur le sujet d’ici fin juin. Le Président va leur écrire pour définir cette « mission informelle », qui portera sur « les grands sujets d'après-crise (organisation sociale, politique, économique) et les transitions à conduire dans l'après-Covid, dans un esprit de concorde nationale », a précisé l'Elysée à l’AFP.

Pour le président du groupe LREM au Sénat, François Patriat, cette initiative vise à « chercher les idées partout où elles existent, respecter la volonté des parlementaires d’être entendus et consultés sur les grands sujets. Et ça permettra, je l’espère, une forme de consensus sur les mesures pour l’avenir ».

Le storytelling se met en place 

D’autres auront comme une impression de déjà-vu. Ce n’est pas un bug dans la matrice, mais le storytelling qui se met en place : consultation tous azimuts, image d’écoute, avant les annonces. « On a eu les gilets jaunes. Puis on a dit après le grand débat, que plus rien ne serait pareil. Ça n’a rien changé » se souvient Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine. Pour l’ancien ministre chargé des Relations avec le Parlement, « le pays ne peut plus accepter que derrière les conseils et comités, se dissimule le fait de ne pas renverser la table. Mais peut-être que le Président a conscience qu’électoralement, il n’y a pas intérêt ». Roger Karoutchi ajoute :

Il faut arrêter d’amuser la galerie par des jeux politiciens.

Quant à l’esprit de concorde nationale, cela fait rire jaune le sénateur LR. « Il y a les discours et la pratique. On est écarté partout lors des déplacements ministériels, avec ordre du préfet de ne pas venir » s’indigne-t-il. Hier, les sénateurs LR ont quitté l’hémicycle pour protester à ce sujet (voir ici).

« Tout le monde va se réunir et il n’en sortira rien du tout »

On ne sait pas encore pour le moment si ce travail demandé à Gérard Larcher sera limité à la majorité sénatoriale ou s’il concernera l’ensemble des groupes parlementaires. Un format qui s’est déjà vu à la Haute assemblée sur la révision constitutionnelle. Mais ici, sur les questions économiques et sociales, il sera beaucoup plus difficile, pour ne pas dire impossible, de se mettre d’accord.

 « Le PCF ne pense pas comme LR, qui ne pense pas comme le PS. Je crains que la montagne n’accouche, une fois de plus, que d’une souris » dit-on à droite, « tout le monde va se réunir, et il n’en sortira rien du tout. Ou la moitié sera mécontente car ce ne sera pas leur conclusion ». Au PS, Patrick Kanner, patron des sénateurs socialiste, en a fait encore l’expérience hier. « Nous avons proposé la création d’un impôt de solidarité sur le capital. Pour les LR et les centristes, c’était niet » constate le sénateur PS du Nord. Sur le principe, Patrick Kanner n’est pas « choqué que le Président, de manière républicaine, reçoive les présidents des trois chambres. Par contre, quand on parle d’unité nationale, je trouve tout à fait anormal que les présidents de groupe ne soient pas reçus régulièrement par le Président ».

La convention citoyenne devrait fournir quelques idées à Macron

Les consultations ne se limitent pas aux chambres et syndicats. Du côté du gouvernement aussi, on travaille évidemment à la relance. Les secrétaires d’Etat Emmanuelle Wargon et Olivier Dussopt voient par exemple des parlementaires de la majorité et travaillent pour sortir quelques propositions, qui pourraient être intégrées aux discours présidentiels.

La convention citoyenne devrait aussi fournir quelques idées. « Ne rien faire de tout ça, ce serait compliqué. Emmanuel Macron reprendra quelques mesures de la convention » assure un membre de l’exécutif.

Deux clivages dans la majorité présidentielle

Que retiendra Emmanuel Macron de ses consultations ? Lors de ses dernières déclarations, le Président avait semblé mettre la barre très haut. Le 12 mars, il voulait « interroger le modèle de développement », annonçant « des décisions de rupture ». Le 13 avril, il appelait à « nous réinventer, moi le premier ».

Beaucoup y ont vu un coup de barre écologiste et à gauche. Mais à la vue du climat des dernières semaines, ne risquent-ils pas d’être déçus ? « C’est le ressenti. Mais il peut toujours nous surprendre » glisse un député. Reste que certains signaux ne montrent pas une volonté de renverser la table. « Le choix des personnalités du conseil des économistes autour de Macron me dit qu’ils ne veulent pas se renier et rester sur la ligne de 2017. Tirole (prix Nobel d’économie, ndlr) et compagnie, ce sont les mêmes qui ont fait le programme de 2017. S’ils se dédient, ils se disent que ce n’est plus crédible. Mais la marque des grands hommes politiques, c’est de s’adapter et de changer de logiciel » souligne un parlementaire de la majorité.

Une députée LREM, plus marquée à droite, défend au contraire une forme de continuité. « L’écologie, je ne crois pas que ce soit devenu la préoccupation numéro 1 des Français. Il faut plutôt allier l’économie et l’écologie » dit-elle, ajoutant :

 L’écologie, ce sera que du bonus.

La même insiste : « Je ne pense pas que le discours fondateur ce sera, "on fera une grande transition écologique". Ça reste important, mais on ne peut pas dire que notre ambition, c’est la gestion de la crise écologique ».

A l’autre bout, des députés comme Aurélien Taché, qui vient de quitter LREM pour le groupe Ecologie, démocratie et solidarité, poussent dans l’autre sens. « On travaille pour que le reset arrive » dit le député du Val-d’Oise. Deux positions symptomatiques des divergences et des tensions qui traversent une majorité composée de personnalités très différentes. Mais à force de tirer des deux côtés, la corde pourrait lâcher.

François Patriat « pense que le gouvernement a fait un vrai virage social »

François Patriat, lui, « ne croit pas à un vrai virage écologique » mais plutôt à « un virage social. Faire de l’endettement pour sauver l’économie, les emplois, je pense que le gouvernement a fait un vrai virage social ». Il ajoute :

Je ne vois pas ce que Mélenchon aurait fait de plus, à part imposer davantage.

« Avec la hausse des salaires prévue dans l’hôpital, la hausse des salaires dans l’enseignement, les mesures pour le chômage partiel, l’accompagnement de la précarité, si ce n’est pas une politique de gauche, je me marre ! » lance l’ancien socialiste.

La vérité macronienne pourrait, une fois de plus, se jouer dans le « en même temps » 

La vérité macronienne pourrait, une fois de plus, se jouer quelque part entre les deux, dans le « en même temps ». On ne se refait pas. Selon un secrétaire d’Etat, on peut s’attendre au « maintien des fondamentaux, avec l’émancipation par le travail ; la question de l’égalité réelle versus égalité formelle ; une attention portée aux territoires, qui est un acquis de la période du grand débat ; et une inflexion assez forte sur la solidarité et l’écologie. Il y aura une accélération autour de la protection sociale et de l’écologie. Le moment est suffisamment mûr » confie ce membre du gouvernement. En résumé, le même ajoute :

Il y aura une nouvelle étape, avec des fondamentaux qui restent, une inflexion et des marqueurs politiques pour montrer que ce n’est plus comme avant (un secrétaire d'Etat).

De quoi dessiner « un programme pour les deux ans d’ici la présidentielle ». Il faudra alors sûrement en trouver un autre à ce moment. De quoi consulter à nouveau.

Des ambitions de changement auxquelles ne croit pas l’opposition. « On voit bien où va le bateau, la ligne n’a pas changé » pour Patrick Kanner. « Même si on change le capitaine du bateau », c’est-à-dire le premier ministre Edouard Philippe, « l’armateur reste le même. C’est Macron ». Pour le socialiste, « on est dans l’enfumage qui vise à créer une amnistie générale au travers d’une amnésie générale. Il ne faut pas oublier que le début du quinquennat a été essentiellement pro-libéral ». On saura dans les semaines à venir si Emmanuel Macron se réinvente vraiment ou pas.

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L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». 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