PMA: la réforme de la filiation adoptée en première lecture par l’Assemblée
"Bricolage" contre "révolution tranquille": la délicate réforme de la filiation liée à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes...

PMA: la réforme de la filiation adoptée en première lecture par l’Assemblée

"Bricolage" contre "révolution tranquille": la délicate réforme de la filiation liée à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Bricolage" contre "révolution tranquille": la délicate réforme de la filiation liée à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes a été adoptée en première lecture par l'Assemblée contre l'avis des députés LR conservateurs et en laissant un goût d'inachevé à certains à gauche et dans la majorité.

Découlant de l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, mesure phare votée vendredi, l'article 4 prévoit un nouveau mode de filiation pour les couples de femmes. Il a été adopté par 25 voix contre 7.

Ces couples devront passer par une reconnaissance anticipée de l'enfant devant notaire, comme peuvent le faire les couples hétérosexuels non mariés. La femme qui n'a pas porté le bébé sera reconnue comme l'un des deux parents, à égalité avec sa compagne.

"L'accouchement de l'une des deux femmes est la condition de l'établissement de la filiation, et la reconnaissance conjointe est la condition pour le double lien de filiation maternelle", a expliqué jeudi la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Concrètement, à la naissance, "l'officier d'état-civil aura deux papiers devant lui: le certificat d'accouchement et la reconnaissance anticipée", ce qui permettra d'établir le "double lien de filiation maternelle", a-t-elle détaillé.

Des élus LR conservateurs sont montés au créneau dès mercredi soir. Toujours très mobilisés à mi-parcours de l'examen du projet de loi, et même s'ils s'élèvent contre un temps de parole restreint, ils ont dénoncé un "bricolage" et une "impasse".

Ils fustigent notamment la négation de la "réalité biologique" et une construction juridique qui "met à mal l’édifice français de la filiation", ou encore une "porte ouverte" à la GPA (gestation par autrui).

"Ce n'est pas du bricolage, c'est un droit nouveau que nous ouvrons pour les femmes", leur a répondu la ministre, évoquant "une révolution tranquille".

- "Fantasme" -

Les élus du groupe de droite sont revenus à la charge jeudi, s'inquiétant d'un intérêt supérieur de l'enfant "en train de s'éloigner" (Patrick Hetzel) ou d'une suppression du "critère corporel" ouvrant la voie à la "multiparentalité" (Xavier Breton), un "fantasme" selon Mme Belloubet.

"Quand on a une conception de la filiation qui est bancale, à un moment, on se casse la figure", lui a rétorqué M. Breton, figure de l'Entente parlementaire pour la famille.

A l'inverse, tout en saluant une "grande avancée", certains élus de gauche ou de la majorité ont dit avoir l'impression qu'"on reste au milieu du gué", plaidant pour que les couples de femmes relèvent du droit commun. L'article avait déjà été réécrit en commission après des critiques, afin d'éviter les discriminations.

Selon Hervé Saulignac (PS), "la seule chose qui sera retenue", c'est l'incapacité à aller "vers l'égalité la plus parfaite possible".

Pour Bastien Lachaud (LFI), qui a glissé au passage ne pas voir de problème "à titre personnel" dans la pluriparentalité, "on ne va pas au bout de la logique, l'égalité de droit commun pour les femmes lesbiennes".

Mme Belloubet a invoqué une "impossibilité juridique" et expliqué qu'il avait fallu "inventer autre chose", défendant un système d'établissement de la filiation "fortement convergent".

Plusieurs élus dont Raphaël Gérard (LREM) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) ont plaidé pour résoudre le cas des enfants nés notamment de PMA à l'étranger, via la "possession d'Etat", un mode de filiation qui acte la réalité sociologique d'un lien de filiation.

Mme Belloubet a affirmé que ce mécanisme de la "possession d'Etat" était utilisé de manière "très exceptionnelle" (une dizaine de cas par an) et qu'"on peut aisément glisser vers la GPA", "ligne rouge" pour le gouvernement. Et de convenir qu'il "restera à réfléchir sur les cas qui ne seront pas couverts par cette loi".

Partager cet article

Dans la même thématique

PMA: la réforme de la filiation adoptée en première lecture par l’Assemblée
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le