Pour les politologues, Macron « retrouve un peu d’oxygène »
Une posture "présidentielle" pour une prestation jugée réussie: les politologues interrogés par l'AFP ont salué la conférence de...

Pour les politologues, Macron « retrouve un peu d’oxygène »

Une posture "présidentielle" pour une prestation jugée réussie: les politologues interrogés par l'AFP ont salué la conférence de...
Public Sénat

Par Paul AUBRIAT et Ambre TOSUNOGLU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une posture "présidentielle" pour une prestation jugée réussie: les politologues interrogés par l'AFP ont salué la conférence de presse d'Emmanuel Macron jeudi, qui pourrait lui permettre, selon eux, de "retrouver un peu d'oxygène" et de corriger une image d'arrogance jusqu'alors persistante.

"L'idée d'un affaiblissement d'Emmanuel Macron a été un facteur important de la crise des +gilets jaunes+. Là, c'est tout le contraire, et tout le contraire de l'intervention du 10 décembre, lors de laquelle on le sentait tendu", note le président de PollingVox, Jérôme Sainte-Marie.

Le sondeur estime que "le président de la République donne l'impression d'avoir retrouvé la liberté de manœuvre: c'est extrêmement important en terme de rétablissement d'image".

Même analyse pour Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et opinion de CSA: Emmanuel Macron n'a "volontairement pas répondu à toutes les questions, pour mettre en avant le Premier ministre, ça lui permet d'avoir plus d'espace et de ne pas tout de suite être mis en porte à faux".

"C'est moins de +Macron, démission+ et davantage de +Philippe, ça suffit+", résume-t-il, en soulignant la différence du président avec son prédécesseur, François Hollande, dont les conférences de presse se voulaient davantage détaillées.

Car sur la forme, le chef de l'État devait en premier lieu se défaire d'une perception d'"arrogance", pointée depuis plusieurs mois par les études d'opinion.

"Là, d'une manière globale, on a eu une personne humble", relève M. Lévy, lorsque M. Sainte-Marie estime qu'Emmanuel Macron s'est montré "très à l'aise".

"Il a beaucoup employé le terme +humain+ pour montrer qu'il avait entendu le message", renchérit encore la directrice d'études chez BVA Opinion, Christelle Crapelet.

"Formellement, c'est une prestation remarquable", ajoute le patron de PollingVox.

De même, le choix d'être installé à un bureau, comme les présidents De Gaulle et Mitterrand, et au contraire de MM. Sarkozy et Hollande, a donné à Emmanuel Macron une posture "professorale, et en même temps, un aspect de plus grande proximité, une posture moins verticale", constate Jean-Daniel Lévy.

- "Aucune inflexion" -

Sur le fond, les politologues mettent en évidence "un message exprimé à la droite de l'échiquier politique", notamment quant à la question de la baisse de l'impôt sur le revenu.

"Le changement va se traduire par une accélération et une radicalisation du quinquennat, c'est-à-dire profondément libéral", considère Jérôme Sainte-Marie, qui ne voit "aucune inflexion ou tournant".

Outre la question fiscale, "dans laquelle l'électorat de François Fillon en 2017 peut trouver une résonance assez importante"; sur la question du temps de travail, ça séduit beaucoup les retraités, soit presque 50% de ceux qui votent aux Européennes", observe-t-il.

"On ne peut pas trouver qu'il ait été méprisant, ou dépréciatif envers une catégorie de Français", estime encore le sondeur, selon qui la prestation permet au président de "retrouver un peu d'oxygène".

Christelle Crapelet estime également que le président de la République "s'adressait moins à la frange critique des +gilets jaunes+ qu'aux autres qui sont encore attentistes".

Elle se veut toutefois davantage prudente: "Les Français veulent surtout voir concrètement en quoi ils vont profiter, ce qui va changer dans leur quotidien".

"Il peut y avoir de l'attente parce qu'il n'a pas précisé qui sera concerné par la baisse de l'impôt sur le revenu", poursuit-elle, en notant que "ce qui est intéressant, c'est qu'il ne répond pas directement aux mesures symboliques demandées par les +gilets jaunes+ comme le vote blanc, le RIC, ou le rétablissement de l'ISF".

"Il n'y a pas forcément tant de mesures que ça, mais des orientations générales", abonde le directeur de CSA.

Le président a-t-il réussi l'exercice? "Je ne sais pas", répond Jean-Daniel Lévy. "Ce qui est certain, c'est qu'il n'a pas ouvert beaucoup de fronts."

Partager cet article

Dans la même thématique

Pour les politologues, Macron « retrouve un peu d’oxygène »
6min

Politique

Breturn : « La porte est ouverte, ils n'ont qu'à revenir ! » lance cet eurodéputé espagnol

Alors que la présidente de la Commission a annoncé vouloir faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE, les 27 s’interrogent : faut-il créer un nouveau statut ? Cette piste est aussi explorée dans le cas de la Grande-Bretagne qui exprime ses regrets et son envie de se rapprocher de l’Union, dix ans après le référendum sur le Brexit. Alors faut-il que l’Europe s’ouvre et jusqu’où ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Nicolas Bay (France, ECR) et Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D).

Le

FRA – VOEUX DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
11min

Politique

Marine Le Pen demande la démission de Richard Ferrand : le président du Conseil constitutionnel est-il vraiment sorti de sa réserve ?

Les parlementaires du RN et de l’UDR ont saisi le Conseil constitutionnel pour demander la « démission d'office » de son président, Richard Ferrand. Celui-ci a estimé publiquement que la révision de la Constitution proposée par Marine Le Pen n’était pas faisable. Interrogés par Public Sénat, plusieurs constitutionnalistes considèrent qu’il a pris parti sur une question de droit toujours en suspens depuis plus de soixante ans. D’autres, comme Dominique Rousseau et Benjamin Morel, dénoncent une tentative de déstabilisation de la part de l’extrême droite, contre une institution susceptible de jouer les garde-fous face à l’application du programme du RN.

Le

France, Perpignan, October 13, 2026: High school and university students demonstrate with trade union support
7min

Politique

Vote à 16 ans : la jeunesse doit-elle avoir son mot à dire dans les urnes ?

Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon veut ouvrir les urnes aux lycéens, alors que les mobilisations de la jeunesse se multiplient. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent aussi la mesure. Pourtant, malgré des retours réguliers dans le débat présidentiel, le vote à 16 ans reste lettre morte. Plusieurs universitaires analysent les résistances à cette réforme et ses effets possibles sur la participation politique.

Le

Pour les politologues, Macron « retrouve un peu d’oxygène »
3min

Politique

« Méthode détestable », « colère » : l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France tend les élus

Alors que le gouvernement a prévu de ponctionner 1,8 milliard d’euros du budget des départements dans le projet de loi de finances pour 2027, l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France a fortement déplu. Le Premier ministre a néanmoins invité les départements à le rencontrer le 16 novembre à Matignon, un report qui va « exacerber les tensions », a prévenu le président (centriste) des Départements de France, François Sauvadet. Une grande partie des élus ont quitté la salle quand la ministre des Collectivités s’est exprimée.

Le