"On n'est pas au rendez-vous de l'ambition" des JO de Paris-2024: dans le cadre du grand débat national, Emmanuel Macron a fait écho à l'impatience que peuvent susciter les Jeux olympiques, notamment en Seine-Saint-Denis, mais il s'est attiré des critiques sur le manque d'engagement de l'Etat.
"Aujourd'hui, on n'est pas au rendez-vous de l'ambition que ce grand événement 2024 doit avoir pour les quartiers d'Île-de-France qui sont les premiers concernés. Donc on va travailler, parce que là je ne suis pas content", a lancé le président à Evry-Courcouronnes, lundi soir, lors d'un des débats publics avec élus et associatifs organisés sur fond de crise des gilets jaunes.
"Il est clair que la région, et tout particulièrement la Seine-Saint-Denis, parce qu'elle est la plus impactée par quelques grands équipements, n'a pas le juste retour", a-t-il insisté.
- "Gonflé" -
Dix-sept mois après l'attribution des JO, ce constat tranche avec l'ambiance enjouée qui régnait le matin-même au collège Dora Maar, à Saint-Denis, en face du futur village olympique, où tout le gratin de Paris-2024 --élus, ministres, sportifs-- s'était retrouvé pour lancer la "Semaine olympique à l'école".
Pour le comité d'organisation des Jeux olympiques (COJO), présidé par Tony Estanguet, ce dispositif --mettre plus de sport dans l'éducation-- est l'un des axes de la mobilisation.
Mais pour beaucoup d'acteurs, l'impact doit aller plus loin, sous peine de décevoir les attentes, après une campagne ambitieuse promettant des JO exemplaires et utiles à la population.
Le président Emmanuel Macron serre la main de Tony Estanguet, président du Comité d'organisation des JO de 2024, lors de l'inauguration du nouveau stade de handball de Créteil, le 9 janvier 2019
POOL/AFP/Archives
Tony Estanguet s'est félicité de l'"ambition réaffirmée par le chef de l'Etat". "On ira forcément beaucoup plus loin au service des gens en ayant un Etat très mobilisé à nos côtés", a-t-il déclaré.
"Je trouve assez gonflé de la part du président de tenir ces propos (...) C'est l'Etat qui n'est pas au rendez-vous pour le moment", a réagi au contraire le vice-président pour la Seine-Saint-Denis de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), Clément Rémond. En cause, notamment, la baisse des crédits du Conseil national pour le développement du sport (CNDS), qui distribue les subventions sur le territoire, et la diminution des emplois aidés. "Pour le moment, on ne voit rien, sauf des selfies dans les écoles", ironise Clément Rémond.
"Depuis 18 mois, le gouvernement abandonne le sport et enchaîne les mauvais signaux", a résumé de son côté le sénateur LR de l'Isère, Michel Savin, spécialiste des questions sportives.
Ces "mauvais signaux", envoyés dès l'attribution des Jeux en septembre 2017, ont été vécus comme une douche froide par l'ensemble du mouvement sportif. Devant les élus, Emmanuel Macron a d'ailleurs esquissé un mea culpa sur la suppression des emplois aidés, "un vrai problème pour beaucoup d'associations et de villes", en promettant "un grand plan pour les petites associations".
"Ce tissu associatif, ce sont aussi les petits clubs de sport", indique-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat.
- Piscines et emplois -
Le président (PS) du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel le 27 février 2018 à Villetaneuse
AFP/Archives
En Seine-Saint-Denis, "l'héritage" des Jeux olympiques, "c'est un combat que je mène depuis des mois, avec les élus, pour inciter l'Etat à se mobiliser davantage, donc je lui dis une fois encore +chiche+, mieux vaut tard que jamais", a fait valoir de son côté le président du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel (PS).
En 2024, la Seine-Saint-Denis sera au cœur de l'événement, avec le Stade de France rénové et un nouveau centre aquatique juste en face, ainsi que le village olympique et celui des médias, transformés en quartiers après les Jeux.
Le département a aussi lancé un "plan piscines", qui bénéficiera de la dynamique des JO, avec une dizaine d'équipements aquatiques supplémentaires attendus.
L'emploi est aussi un enjeu. "Les chantiers vont être une source de nuisances et de perturbations. Les habitants devront aussi avoir des bénéfices, notamment l'insertion des jeunes, l'accès aux emplois", prévient le président de l'agglomération Plaine Commune, Patrick Braouezec.
La Solideo, la société publique qui va superviser les travaux, et le COJO se sont engagés dans une charte à flécher 10% des "heures travaillées" vers "les publics les plus éloignés de l'emploi" et à garantir l'accès des petites entreprises aux marchés.
"Ces objectifs sont fixés, les acteurs ont pris leurs responsabilités, mais l'Etat devra accompagner ces dispositifs, en matière d'emploi et de formation", indique-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron.
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