Poutine reçu à Versailles : « Macron s’inscrit dans une tradition gaullo-mitterrandiste » selon Pascal Boniface

Poutine reçu à Versailles : « Macron s’inscrit dans une tradition gaullo-mitterrandiste » selon Pascal Boniface

Reçu en grande pompe au château de Versailles par Emmanuel Macron, Vladimir Poutine tiendra une conférence de presse conjointe avec son homologue français dans l’après-midi, après l’inauguration de l’exposition « Pierre le Grand, un tsar en France », prétexte de cette première rencontre entre les deux chefs d’Etat. « Le candidat Macron n’était pas le candidat de Poutine, […]
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Reçu en grande pompe au château de Versailles par Emmanuel Macron, Vladimir Poutine tiendra une conférence de presse conjointe avec son homologue français dans l’après-midi, après l’inauguration de l'exposition « Pierre le Grand, un tsar en France », prétexte de cette première rencontre entre les deux chefs d’Etat.

« Le candidat Macron n’était pas le candidat de Poutine, qui avait d’autres préférences, mais le réalisme impose à l’un et l’autre d’avoir des contacts » souligne Pascal Boniface, directeur fondateur de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Vladimir Poutine « a besoin de retrouver des points d’appui, en Europe et en France » ajoute ce spécialiste de géopolitique. Entretien.

Après une campagne présidentielle où le Kremlin voyait d’un bon œil Marine Le Pen et François Fillon, et des cybers attaques contre Emmanuel Macron attribuées à la Russie, la rencontre ce lundi entre Vladimir Poutine et le chef d’Etat français montre-t-elle une forme de realpolitik chez Macron ?
Oui, tout à fait. Il s’inscrit dans une tradition gaullo-mitterrandiste qui fait qu’on parle à Moscou, même si ce n’est pas le même système politique et s’il y a des divergences. C’est ce qu’a fait de Gaulle dans les années 60 et à une époque où l’Union soviétique était nettement plus répressive que la Russie d’aujourd’hui.

Le candidat Macron n’était pas le candidat de Poutine, qui avait d’autres préférences, mais le réalisme impose à l’un et l’autre d’avoir des contacts. Emmanuel Macron n’est plus candidat mais Président et il passe à une autre étape, même s’il demandera peut-être des explications sur la cyber attaque.

Rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Versailles
00:27

Entre la Syrie et l’Ukraine, les sujets de discordes restent importants. Emmanuel Macron gardera-t-il la même forme de fermeté que François Hollande a eue vis-à-vis de la Russie ?
Oui. Enfin, il y avait un mélange de fermeté et d’ouverture qui se poursuit à l’occasion de l’inauguration d’une exposition culturelle. Mais pour ceux qui se scandalisent de cette réunion, recevoir quelqu’un ne signifie pas accepter toutes ses propositions. La diplomatie permet d’exprimer des divergences et de tenter de les diminuer. On ne se compromet pas quand on échange avec des dirigeants qui ne partagent pas nos idées. Et en matière de fermeté, Emmanuel Macron a montré qu’il en était capable, lors de la rencontre avec Donald Trump, et même physiquement, avec cette poignée de main.

Vladimir Poutine ne fonctionne-t-il qu’au rapport de force ? C’est le seul langage qu’il comprend ?
Non, ce n’est pas le seul langage qu’il comprend mais il sait s’en servir. Il a une vision beaucoup plus réaliste du monde tel qu’il est que Trump par exemple. Poutine sait calculer un rapport de force et estimé s’il est favorable ou pas. S’il calcule le rapport de force et sait en jouer, ce n’est pas son unique préoccupation. Cela reste cependant un souci majeur chez lui car il estime que la Russie a été humiliée dans les années 90.

Isolé sur la scène internationale, Vladimir Poutine a-t-il besoin aussi de retrouver des points d’appui en Europe et pourquoi pas avec la France ?
Oui bien sûr. Il a besoin de retrouver des points d’appui, en Europe et en France. Mais il n’est pas tant isolé que ça sur la scène internationale. C’est la communauté occidentale qui a sanctionné Poutine. Mais il n’est pas isolé avec le reste du monde. Mais il est clair qu’il y a une coupure avec l’Europe qui est coûteuse pour la Russie.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le