Prélèvement à la source: victorieux, Gérald Darmanin n’a plus droit à l’erreur
Il défendait la réforme depuis des mois, par pragmatisme autant que par conviction: le ministre de l'Action et des Comptes...

Prélèvement à la source: victorieux, Gérald Darmanin n’a plus droit à l’erreur

Il défendait la réforme depuis des mois, par pragmatisme autant que par conviction: le ministre de l'Action et des Comptes...
Public Sénat

Par Valentin BONTEMPS

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Il défendait la réforme depuis des mois, par pragmatisme autant que par conviction: le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin se retrouve conforté par le maintien du prélèvement à la source, mais se sait attendu en cas de "bug" technique.

"Je serai le ministre qui fera l'impôt à la source", répétait à l'envi l'ancien maire de Tourcoing, chargé par Emmanuel Macron de mener à bien cette réforme délicate. "Sur le plan purement technique, nous sommes prêts et c'est ma responsabilité d'y veiller".

Un discours de fermeté à mille lieues du message véhiculé par Emmanuel Macron, qui a laissé transparaître ses hésitations en estimant avoir "besoin d'une série de réponses très précises" pour "être sûr" de ce que vivront les Français avec cette réforme.

Prudence ou défiance? "Le président de la République s'est posé des doutes sérieux, mais ce sont des doutes qui font avancer", a jugé mercredi sur France Info le ministre des Comptes publics, refusant de parler de "victoire" après la décision de l'Elysée.

Pour l'ancien coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui a multiplié depuis janvier les entretiens et les visites de terrain pour faire la pédagogie de la réforme, un abandon ou un report aurait pourtant sonné comme une humiliation.

"Je sers le président et sa politique. Soit je le convaincs, et il fera l'impôt à la source, soit je ne le convaincs pas, et ce sera une erreur du ministre", avait d'ailleurs reconnu lundi le locataire de Bercy.

Le maintien de l'impôt à la source, dans ce contexte, constitue un succès personnel pour ce proche d'Edouard Philippe. Ce succès lui permet de soigner son image d'élu pugnace, capable de défendre ses dossiers.

"La décision de L'Elysée lui a permis de conforter sa position au sein de la majorité comme à Bercy. Il s'est fait le porte-parole de la fiabilité de ses services", analyse Pascal Perrineau, politologue au Cevipof.

"C'est une réforme qu'il a défendue bec et ongles. Pour lui, l'annonce d'Edouard Philippe est forcément un soulagement", abonde une source gouvernementale, pour qui Gérald Darmanin -- en montant en première ligne -- a toutefois "pris un risque".

- "Attendu au tournant" -

Qu'adviendra-t-il en cas de problème technique fin janvier, lorsque les contribuables verront arriver leur feuille de paye leur salaire net amputé de l'impôt sur le revenu? Interrogé par l'AFP, le principal intéressé s'est voulu rassurant mardi soir.

"On aura ici ou là des petites difficultés en janvier prochain, c'est normal", mais "il n'y aura pas de bug systématique", a déclaré l'élu, souvent loué au sein de la majorité pour son "sens politique".

Le débat, cependant, n'est pas complètement clos. "Il essaye de se rassurer lui-même", juge Alexandre Derigny, de la CGT Finances publiques, qui reste "objectivement inquiet" pour l'entrée en vigueur de la réforme.

"Darmanin a montré ses biscotos, c'était une façon pour lui de s'affirmer. Mais nous, on a des informations très différentes sur l'état du futur dispositif, et qui ne sont pas rassurantes. On va vers un naufrage fiscal", maintient le responsable syndical.

Pour le ministre, qui a fait adopter cet été son projet de loi sur le droit à l'erreur, une telle perspective serait forcément compliquée à gérer politiquement parlant -- quand bien même la décision de maintenir la réforme a été prise collectivement.

"Je pense que l'hésitation de Macron visait sans doute à atténuer ou détourner les critiques, par exemple sur Darmanin, si en effet les choses se passaient mal", estime Chloé Morin, politologue à l'institut Ipsos.

"Mais in fine le Président est toujours responsable de tout aux yeux des Français, et c'est bien lui qui a validé la décision", ajoute-t-elle.

"Gérald Darmanin est attendu au tournant, mais comme l'ensemble du gouvernement", abonde la source gouvernementale, qui se veut rassurant sur la capacité de l'exécutif à gérer les interrogations qui pourraient survenir.

"Le débat qu'on a eu cette semaine a servi à mettre la question du prélèvement à la source sur le devant de la scène. Du coup, les enjeux sont à présent connus".

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