Présidentielle : faut-il réformer le système des 500 signatures ?
Plusieurs candidats à l’élection présidentielle rencontrent des difficultés dans leur quête des 500 parrainages d’élus, répartis sur au moins 30 départements, nécessaires à l’officialisation de leur candidature. C’est notamment le cas pour Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon. Un constat qui interroge sur le bien-fondé du système des parrainages.

Présidentielle : faut-il réformer le système des 500 signatures ?

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle rencontrent des difficultés dans leur quête des 500 parrainages d’élus, répartis sur au moins 30 départements, nécessaires à l’officialisation de leur candidature. C’est notamment le cas pour Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon. Un constat qui interroge sur le bien-fondé du système des parrainages.
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Par Benjamin Orlandini

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Dans une interview accordée à Europe 1, jeudi 6 janvier, Éric Zemmour a vivement critiqué le système de parrainage des candidats à l’élection présidentielle, dénonçant une « histoire absolument folle ». Pour cause, celui qui est crédité de 13 à 15 % des intentions de vote, n’a pour l’instant recueilli que 331 promesses de signatures sur les 500 exigées pour entrer officiellement dans la course à la présidence de la République. On sait, en outre, que 600 à 700 promesses de signatures sont en réalité nécessaires, pour pallier les désistements de dernière minute. Pour rappel, 42 000 élus, parmi lesquels 35 000 maires, sont habilités à donner leur signature à un seul candidat.

 

« Un scandale démocratique »

 

Le candidat de La Reconquête réclame l’anonymat des maires et pointe du doigt « la perversion » introduite par la loi de 2016, instaurant la publication des noms des parrains des candidats. Un « scandale démocratique », aboutissant à des « pressions » sur les élus, a-t-il estimé.

Dans la même interview, il a appelé le président de l’Association des Maires de France (AMF), David Lisnard, à « faire un pool de signatures et à donner les signatures à tous les candidats qui sont au minimum à 5 ou 8 % dans les sondages ». Un système qui permettrait « que les noms [des maires] ne veuillent plus rien dire puisque ce sera décidé par tous les maires. »

Pour rappel, si dans l’imaginaire collectif les candidats vont chercher les signatures de maires, on compte aussi dans la liste les députés, sénateurs et députés européens, les présidents de métropoles et communauté de communes, les conseillers de Paris et de la métropole de Lyon, les conseillers départementaux et régionaux ainsi que les conseillers territoriaux de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin et de Saint-Pierre-et-Miquelon ou les membres des assemblées de Corse, de Guyane, de Martinique, de la Polynésie française. Ainsi, ce sont 42 000 élus, parmi lesquels 35 000 maires, qui sont habilités à donner leur signature à un seul candidat.

 

L’AMF n’est pas compétente en la matière

Répondant à Éric Zemmour via un communiqué, David Lisnard a rappelé que son association n’avait pas de compétence en la matière : « la règle de parrainage des candidats à l’élection présidentielle est du seul ressort législatif, en l’occurrence de la loi organique, donc de la compétence du gouvernement et du Parlement ». Il a, en outre, souligné le fait que l’AMF « ne donne jamais une directive à ses membres » et qu’elle « ne peut se substituer à eux dans l’exercice de leurs compétences ».

Il s’est, en revanche, prononcé en faveur d’une évolution de la règle, évoquant des pistes telles que « la possibilité pour les maires d’accorder deux parrainages, l’un de soutien, l’autre dit républicain » ou « l’ouverture à des parrainages citoyens ». Une réflexion qu’il souhaite mener au début du prochain quinquennat, « hors de toute pression ».

 

« Des pressions sur les élus »

 

Du côté du Rassemblement national, qui ne souhaite pas pour l’instant communiquer précisément sur le nombre de promesses de signatures obtenues, le son de cloche est le même que chez Éric Zemmour. Pour Jean-Lin Lacapelle, député européen, le système des parrainages pose un véritable « problème démocratique » : « Pourquoi donner le pouvoir de désigner les candidats à l’élection présidentielle aux seuls élus ? s’interroge-t-il. Laissons les gens se présenter et le peuple décidera dans les urnes. Les Français sont assez lucides pour écarter d’eux-mêmes les candidatures farfelues. Comment peut-on accepter que Marine Le Pen, qui est aujourd’hui la 1ere opposante à Emmanuel Macron, qui est la finaliste de la dernière élection présidentielle et qui est la candidate du parti arrivé en tête aux élections européennes, éprouve des difficultés à faire valider sa candidature ? ».

A l’instar de l’ancien journaliste au Figaro, il dénonce la levée de l’anonymat sous le quinquennat de François Hollande et les pressions subies en conséquence par les maires de petites communes, notamment de la part des présidents des communautés de communes. « Si les parrainages étaient anonymes, Marine Le Pen n’aurait aucune difficulté à obtenir les 500 signatures, elle en aurait même des milliers » estime-t-il. Une affirmation qui doit être nuancée par le fait que, du temps de Jean-Marie Le Pen, alors que les parrainages étaient anonymes, le parti se plaignait déjà du système.

» Lire aussi : Présidentielle 2022 : comment fonctionne la règle des 500 signatures d’élus

Un système de parrainages citoyens ?

A l’autre bout de l’échiquier politique, l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon est confrontée aux mêmes difficultés. Contrairement à 2017, le candidat de La France Insoumise (LFI) ne peut pas s’appuyer sur les élus communistes, qui apportent déjà leur soutien à Fabien Roussel. Le parti d’extrême gauche revendique pour l’heure autour de 380 promesses de signatures.

« On a 3 candidats, qui représentent pratiquement la moitié de l’électorat français, qui galèrent à obtenir les parrainages nécessaires », s’insurge Manuel Bompard, directeur de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. « Peu importe ce que je pense d’Éric Zemmour, il est indéniable qu’il représente une partie de l’électorat français et qu’il faut qu’il puisse concourir à l’élection présidentielle ». Il rappelle, par ailleurs, que « la plupart des maires ne souhaitent pas avoir ce pouvoir et le vivent davantage comme une contrainte ».

Il reconnaît en revanche la nécessité d’un filtrage des candidatures et plaide pour « un système de parrainages citoyens ». Une idée déjà mise en avant dans le rapport de la Commission pour la rénovation de la vie publique, présidée en 2012 par Lionel Jospin et reprise par David Lisnard, comme évoqué précédemment.

 

La collecte des parrainages démarre officiellement le 30 janvier et prendra fin le 4 mars, date limite de leur dépôt.

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