Primaire : pour les Verts, « l’été sera chaud »
Le maire écologiste de Grenoble, Éric Piolle, a annoncé sa candidature ce mardi matin, rejoignant ainsi Sandrine Rousseau, candidate déjà déclarée. Pendant ce temps, Yannick Jadot ménage le suspense. Une réunion est programmée jeudi pour aborder la stratégie dans la perspective de la présidentielle.

Primaire : pour les Verts, « l’été sera chaud »

Le maire écologiste de Grenoble, Éric Piolle, a annoncé sa candidature ce mardi matin, rejoignant ainsi Sandrine Rousseau, candidate déjà déclarée. Pendant ce temps, Yannick Jadot ménage le suspense. Une réunion est programmée jeudi pour aborder la stratégie dans la perspective de la présidentielle.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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A gauche comme à droite, les régionales n’ont rien réglé et chacun veut tirer la couverture à soi. S’engage désormais le temps des primaires. Celle des écologistes doit intervenir rapidement. Le dépôt officiel des candidatures s’ouvre début juillet et la fin des parrainages obligatoires est prévue pour mi-juillet. Les deux tours de la primaire se tiendront quant à eux du 16 au 19 septembre puis du 25 au 28 septembre. Un cours laps de temps pour départager les candidats. « L’été sera chaud », prédit un sénateur écolo.

Déjà deux candidats en piste

Sandrine Rousseau est partie dans la course la première, très tôt, et semble séduire la base militante. Il y a quelque temps, un sondage interne donnait l’ex-porte-parole des Verts victorieuse, si la primaire devait avoir lieu ces derniers mois. Ce qui agace une partie d’EELV, pas convaincue par l’économiste et féministe qui s’est affichée aux côtés de Jean-Luc Mélenchon. En campagne, elle a déjeuné ce mardi avec le groupe des écolos au Sénat.

Peu avant, le matin même, Éric Piolle a officialisé sa candidature à la primaire. Le maire de Grenoble ne cachait rien de ses ambitions depuis des mois mais n’avait pas encore sauté le pas. « Il souhaite participer et amener son projet pour cette primaire écologiste. Ce n’est un secret pour personne. Il attendait la séquence des régionales et départementales pour faire cette annonce. On va rentrer dans cette séquence », réagissait ce matin à Public Sénat le président des sénateurs écologistes, Guillaume Gontard. C’est chose faite : mercredi, Éric Piolle sortira un livre intitulé De l’espoir ! Pour une République écologique et promet, au micro de France Bleu Isère, d’« aller à la rencontre des Français qui ne partent pas en vacances cet été ». Depuis des mois, l’ancien ingénieur d’Hewlett-Packard souhaite fédérer un « arc humaniste ». En clair, un spectre s’étalant de Matthieu Orphelin, ex-député LREM, à Jean-Luc Mélenchon, patron de LFI. « Je suis heureuse qu’Éric Piolle se déclare enfin », a déclaré Sandrine Rousseau à France Info. « Maintenant, on va pouvoir entrer dans un processus qui va être intéressant qui est le débat de fond ».

« Tout le monde s’en fout de leur primaire »

Quant au député européen Yannick Jadot, il ne fait pas mystère de ses ambitions présidentielles mais ménage le suspense sur sa participation à la primaire. Il avait déjà été à l’initiative d’une « réunion des gauches » en proposant aux autres partis de se mettre d’accord sur un projet commun. Ce qui avait passablement agacé certains membres des Verts, l’accusant de tout faire pour échapper à la primaire. « Jadot essaye encore de faire sauter la primaire, et Bayou est bien embêté car il commence à se faire à cette évidence : tout le monde s’en fout de leur primaire », analyse un compagnon de route d’EELV. Pour trancher la question, l’eurodéputé réunit ses soutiens ce week-end à Colombes. Selon les sondages pour 2022, il est donné entre 8 et 10 %. « Avant, on gérait les primaires dans notre coin. On faisait buter le favori parce qu’on ne voulait pas gagner. Cette fois, je ressens vraiment l’envie de gagner la présidentielle, une envie de conquête », expliquait-il au Figaro il y a quelques jours.

Reste que la réputation de « coupeurs de têtes » des écolos leur colle à la peau. Yannick Jadot le sait, son parti a la fâcheuse tendance d’éliminer ses favoris. Bref, les belles journées d’été risquent d’être sanglantes. « Ils s’entretuent, mais personne ne se dit qu’il faudrait prendre son sac à dos et faire le tour de France pour convaincre, élargir le socle électoral de la gauche et passer au second tour même avec Mélenchon », enrage un acteur de l’union de la gauche.

« Stratégie confuse »

Les hostilités ont déjà démarré au sein du « pôle écologiste », agrégation de différents partis. D’autres que Jadot, s’interrogent sur la stratégie du parti au tournesol. Après les résultats des régionales, Delphine Batho, la fondatrice de Génération Ecologie, a dénoncé dans un communiqué au vitriol « une musique nationale dominante enfermant l’écologie politique sous la tutelle de l’union de la gauche », ciblant une « stratégie confuse ». Elle aussi pourrait être candidate à la primaire. Dans la même veine, la numéro un de Cap écologie, Corinne Lepage a donné un avertissement dans le Parisien : « Nous réunirons notre bureau mardi soir et nous déciderons si nous continuons à nous inscrire dans le cadre des primaires ». En cause, l’ancienne ministre reproche à la direction d’EELV de ne pas lui avoir accordé assez de places éligibles aux régionales. « Cap écologie et Génération Ecologie vont continuer à casser les pieds : ils s’agrippent à EELV comme auparavant le PRG avec le PS. Mais EELV, ce n’est pas encore l’ancrage des socialistes, les postes distribués ont été trop peu nombreux… », souligne un observateur.

Une réunion des partis du pôle écologiste (Génération. S, Génération Ecologie, Cap écologie…) est donc organisée jeudi. Selon Le Parisien, des participants seraient prêts à y « rediscuter de tout », « des primaires au programme en passant par les alliances ». Un bureau exécutif d’EELV se tient, lui, ce mardi après-midi.

Les socialistes mettent la pression

Les écolos doivent donc régler leur problème de cuisine interne tout en gérant l’offensive des socialistes. Au lendemain des régionales, où leurs présidents sortants ont été réélus, les roses considèrent que l’union de la gauche doit se faire sous leur patronage. Jusqu’ici favorable à l’union avec les écolos, le patron des socialistes, Olivier Faure, a sorti la mitrailleuse. « Il y a une force alliée, une force amie qui sont les écologistes, mais la réalité c’est qu’il y a un plafond de verre, un plafond vert, qui fait qu’aujourd’hui ça ne permet pas d’aller jusqu’à la victoire », a-t-il lâché sur France Info. Partisan de l’hégémonie des socialistes depuis de long mois, le président des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, en a remis une couche dans la matinale de Public Sénat. « Les électeurs ont placé les socialistes en position de leadership » dans le cadre d’une candidature d’union de la gauche que devrait incarner Anne Hidalgo à la prochaine présidentielle, plaide-t-il.

Les Verts, eux, défendent leur pré carré. « Si on veut se rassembler en 2022, il ne faut pas que l’on parte dans des comptabilités. Il y a eu une énorme prime aux sortants sur cette élection, et forcément quand on a des élus sortants, il y a un gain supérieur pour les socialistes. Par contre dans les régions où il n’y avait pas de sortants, ce sont les écologistes qui arrivent à chaque fois nettement devant », estime Guillaume Gontard. « Travaillons sur le projet, que pouvons-nous mettre en commun ? Il y a une urgence sociale et en termes de sécurité. C’est cela qu’il faut mettre au milieu de la table ».

« Certains se plaisent à sous-estimer la performance des écologistes. Par rapport à 2015, notre avancée est claire, nous traçons notre voie », enchérit la sénatrice EELV, Esther Benbassa. Pour espérer se frayer un chemin jusqu’à l’Elysée, il faudra d’abord mettre un terme aux batailles de chapelle et se ranger derrière un unique candidat.

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