Afin de conclure une année particulièrement dense en actualités, retour sur le Prix Science Po de la photographie politique, dont Public Sénat est partenaire. Le jury avait sélectionné en octobre le travail de cinq photojournalistes parmi 870 images reçues de 40 pays. Avec Alain Genestar, membre du jury et directeur de la publication de Polka Magazine.
Prix de la photographie politique : l’année 2020 résumée en images
Afin de conclure une année particulièrement dense en actualités, retour sur le Prix Science Po de la photographie politique, dont Public Sénat est partenaire. Le jury avait sélectionné en octobre le travail de cinq photojournalistes parmi 870 images reçues de 40 pays. Avec Alain Genestar, membre du jury et directeur de la publication de Polka Magazine.
Par Michael Pauron
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Mouvement des Gilets jaunes, manifestations contre la réforme des retraites, protestations à travers le monde, réchauffement climatique, féminicides, pauvreté, confinement… Le jury du Prix Science Po de la photo politique, dont Public Sénat est un des partenaires, a eu maille à partir pour sélectionner cinq images parmi les 870 reçues, en provenance de 40 pays.
Le Prix Sciences Po de la photographie politique, ouvert à tous, récompense chaque année une photographie prenant tant en compte l’esthétique de la photographie que sa portée politique.
Alain Genestar, membre du jury, a accepté de commenter pour Public Sénat les lauréats 2020. « Ces cinq photographies reflètent bien l’année politique qui se termine », estime le directeur de la publication de Polka Magazine.
Le premier prix (la photo qui ouvre cet article) a été décerné à Paul Dza, pour Tant qu’il sera planté comme ça, une photo du palais gouvernemental de Biélorussie protégé par les forces de l’ordre en armes, à Minsk, le 16 août 2020 :
« Cette photo exprime tout de la situation, à ce moment-là. Alors que se déroule pacifiquement la révolution, le dictateur Alexandre Loukachenko est à l’intérieur du Palais, protégé par ses forces spéciales, les « Omon ». On ne voit pas la foule, mais la photo suggère l’affrontement. Alors qu’en août nous ne savons pas si le dictateur va être ou non renversé, il y a deux façons de regarder ces forces spéciales : la première est la représentation de l’autorité, avec ce bouclier, et cette verticalité qui fait toute la majesté de la photo, grâce notamment à ce parallèle entre les fenêtres de l’immeuble et ces personnages d’acier. La deuxième manière de regarder est de voir une faiblesse, représentée par le bouclier posé à terre, symbolisant presque le dépôt des armes. On sent à la fois la puissance des forces de l’ordre et leur relative faiblesse. C’est une grande image. Quand une photo est parfaite, bien cadrée, elle s’impose. »
2ème prix décerné à Adnan Farzat : Sororité, Journée internationale des droits des femmes – Paris, 8 mars 2020
Adnan FARZAT : Sororité
Adnan FARZAT
« Le meurtre de Sarah Halimi, puis la mise en cause de son traitement policier et judiciaire, a énormément mobilisé et continue de mobiliser l’opinion. Sur les 860 photos reçues, beaucoup concernaient des slogans. La plupart ont été écartées, car un slogan ne fait pas une image. Là, pourtant, il y a un slogan. Mais il est derrière. Il est essentiel pour dire ce qu’il se passe, il sert de légende. Les acteurs principaux sont pourtant ces deux femmes. Et ces deux femmes expriment à la fois une conviction très forte, un engagement, et de la tendresse. Cette tendresse résume une partie du combat des femmes. Elle est militante et réconfortante : on se tient dans les bras pour tenir le choc, et pour être forte. C’est une tendresse qui exprime la force. En ce sens, cette tendresse sert le message exprimé derrière. Cette photo est une tendresse qui accuse. »
3ème prix décerné à Stéphane Lemouton : Applaudissement et soutien aux personnels hospitaliers durant le confinement – Paris XVIIIe – 20 mars 2020
Stéphane LEMOUTON : Applaudissement et soutien aux personnels hospitaliers durant le confinement
Stéphane LEMOUTON
« Cette photo montre l’intimité des gens. Elle se passe de l’autorisation de photographier. Cette corde et cette branche [en haut à droite] rendent cette image un peu bancale, mais ces imperfections lui donnent un grand naturel et une étonnante spontanéité. Et, justement, ce qui s’est passé durant le premier confinement, avec les gens aux fenêtres et aux balcons, était spontané. Stéphane Lemouton a saisi ce moment. On pense aussi à cette célèbre publicité de Jean-Paul Goude pour le parfum Égoïste de 1990 : aux fenêtres du Carlton, des mannequins ouvrent et ferment les volets en hurlant « égoïste ! ». À l’inverse de cette scène très travaillée, nous avons là une belle photo naturelle, avec une lumière parfaite. Elle nous a plu et nous a émus. Il nous fallait une photo symbole de cette période. »
Coup de cœur de l’agence VU’décerné à Charmaine Lee : Hong Konger : The City of Protests and Lights – Edinburgh Place, Central, Hong Kong – 2 août 2019
Charmaine LEE : Hong Konger : The City of Protests and Lights
Charmaine LEE
« On voit immédiatement qu’il s’agit d’une manifestation urbaine, dans une grande ville internationale. Si on connaît Hong Kong, on sait que c’est Hong Kong. Le lieu est identifié. Cette photo dit tout : d’abord, ce mouvement de protestation se fait de manière pacifique, sans leader identifié, et l’anonymat est garanti dans ce cliché. Une foule anonyme qui manifeste et proteste en brandissant son arme d’expression : le téléphone, qui permet d’entrer en contact, de prendre des photos, de transférer et de diffuser ces photos… Et qu’on peut allumer pour dire « nous sommes là, vous pouvez nous compter ». Le nombre de téléphones et de lueurs montre la multitude des gens. Sur cette photo de nuit, s’il n’y avait pas les téléphones, on ne verrait que les buildings et leur éclairage. En bas, ce serait noir. Là, on voit les lumières qui protestent et les lumières de la ville. Le mot photographie vient du grec ancien phôtós gráphô, littéralement « écrire avec la lumière ». C’est ce que fait cette foule, avec ces centaines de milliers de lumières. »
Mention spéciale Sciences Po décernée à Thomas Arrivé : Alioune Diagne danse pour Fariba Adelkhah – Place du Trocadéro, Paris XVIe, 10 février 2020
Thomas ARRIVÉ : Alioune Diagne danse pour Fariba Adelkhah
Thomas ARRIVÉ
« Cette manifestation est en hommage à l’anthropologue Fariba Adelkhah, chercheuse à Science Poet détenue en Iran depuis un an et demi. Fariba vient d’ailleurs de recevoir le Prix Irène Joliot-Curie. Notre prix de la photo politique de l’année est aussi celui de Science Po : nous avons donc décidé de choisir cette photo pour nous engager et être derrière Fariba. Une photo politique exprime une analyse et un engagement. Grâce à ce prix, on reparle de Fariba Adelkhah. »
A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.
C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.
Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.
Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.