Prudence chez les syndicats après l’arrivée de Blanquer à l’Éducation nationale
La vigilance est de mise chez les syndicats d’enseignants après l’entrée en fonction de Jean-Michel Blanquer comme nouveau ministre de l’Éducation nationale. Beaucoup veulent le rencontrer au plus vite, tant les dossiers brûlants sont nombreux.

Prudence chez les syndicats après l’arrivée de Blanquer à l’Éducation nationale

La vigilance est de mise chez les syndicats d’enseignants après l’entrée en fonction de Jean-Michel Blanquer comme nouveau ministre de l’Éducation nationale. Beaucoup veulent le rencontrer au plus vite, tant les dossiers brûlants sont nombreux.
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24 heures après l’arrivée de Jean-Michel Blanquer rue de Grenelle, les syndicats naviguent entre prudence et attentisme. Si certains relayent certaines inquiétudes, beaucoup temporisent pour le moment.

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale est en tout cas loin d’être un inconnu chez les syndicats d’enseignants. De 2010 à 2012, sous un gouvernement de droite, il a été directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), l’équivalent du numéro du ministère de l’Éducation nationale. Il a auparavant occupé les postes de recteur de la Guyane (2004-2006) et de l’académie de Créteil (2007-2010), la deuxième du pays en termes d’effectifs.

« Pas nécessairement un signal positif »

Son arrivée au gouvernement « n’est pas nécessairement un signal positif », euphémise Valérie Sipa-Himalani, secrétaire générale adjointe au Snes-FSU, le premier syndicat dans l’Éducation nationale. « C’est quelqu’un qui prône l’autonomie, jusqu’au recrutement des enseignants, l’évaluation des élèves comme des enseignants », continue-t-elle. « C’est une vision de l’éducation qui veut promouvoir la méritocratie ». L’idée des internats d’excellence, c’est lui. « Le problème, c’est que cela revient à abandonner les autres élèves », nous dit-elle.

Jean-Michel Blanquer est également connu pour une série d’expérimentations, parfois polémiques, comme le fameux système de cagnottes collectives dans les classes, testé en 2009 pour lutter contre l’absentéisme.

Lorsque nous l’interrogeons sur l’ordre protocolaire du nouveau gouvernement, la représentante du Snes-FSU ne cache pas son inquiétude. « Quand un candidat dit que l’Éducation est au cœur du projet et qu’elle se retrouve à la onzième place, on voit l’écart entre le discours et les actes », « Ce qui est de très mauvaise augure, c’est que la Fonction publique ait disparu comme portefeuille, et qu’elle soit raccrochée au Budget. »

« On jugera sur pièces »

Du côté de la Fnec FP-FO, pas « d’apriori » sur le nouveau ministre. « Nous ne sommes pas indifférents aux personnes et à leur histoire, mais nous restons dans la permanence de nos revendications », déclare à PublicSenat.fr Clément Poullet, secrétaire fédéral. « On jugera sur pièces », affirme-t-il, prudent. « Il y a une différence entre les annonces et la mise en œuvre de ces annonces ».

À l’Unsa Éducation, deuxième syndicat le plus représenté dans le primaire, le secrétaire général Laurent Escure a fait part de son envie de « poursuivre la démocratie réelle de l’Éducation nationale ».

Dans son discours de passation, le nouveau ministre avait assuré de « donner la liberté » aux acteurs du monde de l’Éducation nationale, et avait également promis qu’il n’y aurait « pas beaucoup de règles allant de haut en bas dans ce ministère ».

Les nombreux chantiers qui attendent le nouveau ministre

Qu’il s’agisse du Snes-FSU, du SE-Unsa, ou encore de la Fnec FP-FO, les représentants du monde enseignant ont demandé à être reçus « au plus vite » par Jean-Michel Blanquer. Les dossiers qui attendent ce dernier sont en effet nombreux et brûlants. Outre la préparation de la rentrée 2017 – en « grande partie préparée selon le ministre » – la gestion des dernières réformes et du malaise d’une partie du corps enseignant seront très vite sur le bureau du nouveau ministre, qui exclut « une énième loi ou une énième réforme » durant les cinq prochaines années.

Dans son communiqué, Stéphane Crochet, le secrétaire général de l’Unsa, recommande d’ailleurs de ne pas débuter le quinquennat par « une nouvelle phase de déconstruction » dans l’École, qui a déjà connu « trop de bouleversements ». Le deuxième syndicat met en garde le nouveau ministre : « merci de ne pas confondre détermination avec précipitation ».

Car le syndicat a bien cerné la volonté d’Emmanuel Macron d’avancer rapidement dans les premiers mois de son quinquennat. En matière d’éducation, le nouveau président s’était engagé dans sa campagne à plafonner à douze le nombre d’élèves dans les réseaux d’éducation prioritaires renforcés (REP+).

Il veut également remettre en cause partiellement certaines réformes de Najat Vallaud-Belkacem. Comme la réforme du collège, avec une revalorisation de l’enseignement du latin et le rétablissement des classes bilangues. Ou revenir sur la réforme des rythmes scolaires : l’idée serait d’offrir une autonomie aux établissements. Autant de sujets qui ne doivent pas « être traités à la va-vite », selon l’Unsa.

« Rétablir une véritable discussion »

Pour la Fnec FP-FO, l’urgence est au rétablissement du dialogue. « Nous demandons à pouvoir rétablir une véritable discussion avec le ministre, une véritable négociation de fond, ce qui n’a pas été le cas dans le précédent quinquennat », déplore le secrétaire fédéral Clément Poullet. Après la « mise en place à marche forcée » de la réforme du collège, de l’évaluation, et des rythmes scolaires », il pointe une « situation de blocage », voire « conflictuelle ».

Pour le premier syndicat, le Snes-FSU, il y a deux urgences. Revaloriser le métier, « en trouvant les moyens d’attirer la jeunesse vers les métiers de l’Éducation », selon Valérie Sipa-Himalani, revoir la question du recrutement et améliorer les rémunérations.

Sur le volet éducatif, le syndicat demande de « repenser la réforme du collège », de « retravailler l’entrée du lycée dans les réseaux d’éducation prioritaire ».

La question de l’autonomie des établissements risque d’être particulièrement délicate. « L’autonomie, on veut bien en discuter, mais pas si c’est cette autonomie qui permet ces dérives de management vertical que l’on a vu ces dernières années », s’inquiète Valérie Sipa-Himalani. « Il est hors de question que les chefs d’établissement recrutent les enseignants ».

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