Quel coût pour l’extension de l’assurance chômage ?
Le coût de l’extension de l’assurance-chômage, aux personnes quittant volontairement leur emploi, serait sous-estimé. Cette proposition phare de la campagne d’Emmanuel Macron laisse très sceptiques syndicats et patronat.

Quel coût pour l’extension de l’assurance chômage ?

Le coût de l’extension de l’assurance-chômage, aux personnes quittant volontairement leur emploi, serait sous-estimé. Cette proposition phare de la campagne d’Emmanuel Macron laisse très sceptiques syndicats et patronat.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

C’était l’une des propositions fortes de sa campagne. Fin février, Emmanuel Macron proposait d’étendre le régime l’assurance-chômage aux actifs qui en sont actuellement exclus : les artisans, les professions libérales, les commerçants, les entrepreneurs, les agriculteurs, mais aussi les salariés démissionnaires.

Cette « assurance-chômage universelle » était présentée à la fois comme une mesure de justice sociale – sécuriser le parcours des non-salariés – et comme un outil favorisant la mobilité professionnelle. Mais cet aspect de la réforme de l’assurance-chômage pourrait coûter bien plus cher que prévu.

L’extension des droits aux seules personnes démissionnaires représenterait un surcoût annuel pour l’Unedic (l’organisme qui gère cette protection) de 3 à 5 milliards d’euros par an en rythme de croisière, selon les estimations du ministère du Travail révélées par Les Échos. Très loin de l’estimation d’Emmanuel Macron, qui chiffrait sa mesure à 1,44 milliard d’euros pendant sa campagne.

Des chiffres « inquiétants »

La fourchette serait même comprise entre 8 et 14 milliards d’euros la première année, toujours selon le quotidien économique, à cause des effets d’aubaine que la mesure occasionnerait. Ce jeudi, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a démenti cette projection, qualifiant ce chiffre de 14 milliards de « fantaisiste ».

« Il est trop tôt pour définir un chiffre précis », a insisté Damien Adam sur le plateau de Sénat 360. Le député (LREM) de la Seine-Maritime a expliqué que c’était l’objet des concertations qui ont débuté à l’Élysée.

Réforme de l'assurance-chômage : « Trop tôt pour définir un chiffre précis », insiste Damien Adam
00:55
« Trop tôt pour définir un chiffre précis », insiste Damien Adam

Pas de quoi freiner les doutes des partenaires sociaux. « Les calculs sont particulièrement inquiétants », a réagi à la sortie de l’Élysée, le président de la CFE-CGC. François Hommeril, qui participait à une première série de concertations sur l’assurance-chômage et la formation professionnelle, craint que de nombreux salariés ne profitent de la réforme :

« Il suffira qu'un matin ou un après-midi quelque chose se passe mal dans son travail pour qu'il démissionne le soir même [...] Il saura qu'il ne prend pas le risque de se retrouver au chômage non indemnisé. Et on sait qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui sont au bord de cette rupture-là. »

Menaces sur les règles d’indemnisation ?

Le patronat est aussi réservé. « Cela posera un petit problème économique », a déclaré ce jeudi Pierre Gattaz (Medef), sur le perron de l’Élysée. « Il faut regarder de quoi en parle en milliards d’euros et il n’est pas question qu’on augmente le coût du travail ».

Le président de la Confédération des PME (CPME), François Asselin, estime que cette promesse d’instaurer des droits universels à l’assurance-chômage sera « très difficile à tenir ».

Selon lui, pour le mécanisme soit viable financièrement, l’État n’aurait pas le choix de, soit renforcer les conditions d’éligibilité, soit jouer sur le niveau général des allocations.

Au printemps, l’Institut Montaigne chiffrait lui le coût de la mesure à 2,7 milliards d’euros par an. Et ce, dans le cas d’un scénario « médian », selon le think tank libéral. Pour se donner une idée de l’ordre de grandeur du chiffre, il faut avoir en tête la situation des finances de l’Unedic, qui se sont dégradées avec la hausse du nombre de demandeurs d’emploi indemnisés. Son déficit est attendu à 3,6 milliards d’euros cette année, et devrait atteindre 0,8 milliard en 2020. Quant à la dette de l’Unedic, elle devrait approcher le seuil des 34 milliards d’euros en 2017.

 « Pas question pour nous de réduire les droits des privés d’emplois », a mis en garde ce jeudi Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, après sa rencontre avec Emmanuel Macron. Son homologue de la CFDT Laurent Berger dresse la même ligne rouge. Il est « hors de question » que « cela se fasse en pompant les droits des autres chômeurs indemnisés », avertissait-il début octobre.

« L’État est incapable de contrôler »

En 2016, ce sont près de 2,6 millions de personnes qui ont été indemnisées par l'assurance chômage au total. Parmi elles, peu de salariés démissionnaires peuvent prétendre à une indemnisation. Il existe un certain nombre départs « légitimes », comme le fait de démissionner pour suivre son conjoint, qui doit déménager pour son travail. S’il justifie de recherches actives, un salarié démissionnaire peut demander une indemnisation après quatre mois de chômage.

Pour redresser les comptes de l’Unedic, Emmanuel Macron s’était montré ferme durant sa campagne. Il avait notamment annoncé qu’un demandeur d’emploi ne pourrait plus refuser plus d’une offre et que les contrôles allaient être renforcés.

Pour les salariés démissionnaires, le gouvernement prévoit un garde-fou : un salarié ne pourra faire valoir son droit à des allocations-chômage à la suite d’une démission qu’une seule fois tous les cinq ans.

Le sénateur (LR) de la Meuse, Gérard Longuet, « profondément inquiet » avec cette réforme, craint des abus. « Je mets en garde contre un système d’État providence, avec un État qui est incapable de contrôler les effets pervers qu’il déclenche. »

Assurance chômage : « L’État est incapable de contrôler », s'inquiète Gérard Longuet
01:13
« L’État est incapable de contrôler », s'inquiète Gérard Longuet

Les discussions plus détaillées sur l’Unedic doivent débuter à la mi-novembre, selon l’exécutif. Dans l’immédiat, les partenaires sociaux se concentrent sur la formation professionnelle et l’apprentissage.

Partager cet article

Dans la même thématique

Quel coût pour l’extension de l’assurance chômage ?
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Quel coût pour l’extension de l’assurance chômage ?
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le