Réduction du nombre de parlementaires : « Emmanuel Macron souffle sur le populisme » dénoncent les communistes
Les sénateurs et députés communistes s’opposent aux points essentiels de la réforme des institutions d’Emmanuel Macron. Ils dénoncent un affaiblissement du Parlement sur fond de populisme, et appellent à un grand débat citoyen.

Réduction du nombre de parlementaires : « Emmanuel Macron souffle sur le populisme » dénoncent les communistes

Les sénateurs et députés communistes s’opposent aux points essentiels de la réforme des institutions d’Emmanuel Macron. Ils dénoncent un affaiblissement du Parlement sur fond de populisme, et appellent à un grand débat citoyen.
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Semaine chargée au Sénat sur la réforme constitutionnelle. Demain, venue de Nicolas Sarkozy pour faire le bilan de la réforme de 2008, jeudi séminaire du groupe PS, début aussi des consultations des présidents de groupe par le premier ministre… Ce lundi, ce sont les groupes communistes de la Haute assemblée et du Sénat qui ont planché sur le sujet à l’occasion d’un colloque.

Les parlementaires communistes font le constat – partagé par tous – du désintérêt des citoyens pour la politique, sur fond d’antiparlementarisme. Un micro-trottoir diffusé pour le colloque illustre assez bien ce désenchantement : « Ça ne sert à rien de voter », « les parlementaires sont beaucoup plus payés que moi », « ils sont là que pour les caméras le mardi et mercredi, et après absents. Il faudrait une pointeuse », « les sénateurs ne servent à rien », etc… Le résultat, on le connaît : une forte abstention de 25% au second tour de la présidentielle puis « le coup de tonnerre » des plus de 50 % d’abstentions aux législatives, rappelle Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. Selon les sondages, 60% des personnes interrogées pensent que « la démocratie fonctionne mal ».

« Cela devrait être débattu très largement sur la place publique »

Pour les parlementaires communistes, la solution ne passe sûrement pas par la réforme proposée par Emmanuel Macron, qui veut réduire d’un tiers le nombre de parlementaires, et instituer le non-cumul dans le temps, limité à trois mandats successifs.

« Nous devons rencontrer le premier ministre demain matin. (…) Mais j’ai une question à lui poser : Pourquoi ? Qu’est ce qui fait qu’aujourd’hui le pays aurait besoin d’une révision de la Constitution qui réduirait le nombre de parlementaires ? Qui reviendrait sur le nombre de mandats consécutifs que peut faire un élu ? » demande Eliane Assassi, présidente du groupe CRCE (communiste républicain citoyen et écologiste) de la Haute assemblée, sur le plateau de Public Sénat (voir la première vidéo).

« La diminution drastique du nombre de parlementaires et la quasi-absence de représentation proportionnelle vont conduire à un recul encore très important de la représentation de proximité et du pluralisme politique » complète le numéro 1 du PCF et sénateur de Paris, Pierre Laurent, invité ce matin de la matinale de Public Sénat. « Très inquiet » par la réforme, il estime que « cela devrait être débattu très largement sur la place publique ». Regardez :

Révision constitutionnelle : Pierre Laurent redoute « une concentration toujours plus grande des pouvoirs dans les mains du président de la République »
01:38

« Parlement réduit à une chambre de contrôle et d’enregistrement »

Pour Eliane Assassi, la réduction du nombre de parlementaires ne fait que « flatter la colère réelle à l’égard du monde politique ». Emmanuel Macron « souffle sur ce populisme », dénonce la sénatrice de Seine-Saint-Denis en marge du colloque. Sa crainte, un recul de la représentation et du poids du Parlement, « réduit à une chambre de contrôle et d’enregistrement », avec à la clef un renforcement de la concentration des pouvoirs dans les mains du Président. Au pupitre, elle complète : « Notre régime peut basculer » met en garde Eliane Assassi, face à une évolution du monde politique qui « s’imprègne de l’autoritarisme ». Le recours aux ordonnances sur la loi travail et maintenant sur la réforme de la SNCF en cours n’arrange rien, au contraire.

Parmi les points de réforme proposés, les sénateurs communistes sont aussi fermement opposés à l’élargissement de la législation en commission. Ils approuvent en revanche la suppression de la Cour de justice de la République, la fin de la présence des anciens chefs d’Etat au Conseil constitutionnel, tout comme la réforme du Conseil supérieur de la magistrature. Ces points ne font pas non plus débat à droite. Quant à l’introduction d’une dose de proportionnelle, elle est insuffisante à leurs yeux.

« Quel que soit le résultat des élections, c’est la même politique »

Invitée à débattre, la sénatrice écologiste, Esther Benbassa (membre du groupe CRCE), souligne que ce « populisme », que dénonce Eliane Assassi, « vise aussi les cheminots, les fonctionnaires, les réfugiés ». Pour la sénatrice, le désenchantement dans la politique vient aussi du manque de « représentativité » des assemblées, trop éloignées de la réalité de la population.

Pour le sénateur du Var Pierre-Yves Collombat, rattaché au groupe communiste, la réforme des institutions que propose Macron est aussi une mauvaise réponse. Selon le sénateur, le problème vient plus de la continuité des politiques, que ce soit la gauche, la droite… ou Emmanuel Macron au pouvoir : « Quel que soit le résultat des élections, c’est la même politique qui est appliquée en matière économique, européenne. Si vous avez toujours le même fond de sauce… » Sébastien Jumel, député PCF de la Seine-Maritime, ajoute un autre enjeu à résoudre, avant de changer les institutions : « Une partie du territoire est oubliée, abandonné. Ce sont les oubliés de la République, en milieu rural, mais aussi urbain, autour des métropoles ». Dans la salle, un participant y ajoute le rôle du « Parlement européen, qui transforme les Parlements nationaux en enregistreurs des décisions européennes, avec une sorte de liquidation de la souveraineté populaire ». Au micro et dans la salle, le débat s’élargit rapidement, on le voit, à de nombreux sujets. A défaut de l’avoir chez les Français.

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