Référendum en Nouvelle-Calédonie: « la société reste fragile »
Alain Christnacht, ancien Haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie, estime que "la société a beaucoup progressé" sur le Caillou,...

Référendum en Nouvelle-Calédonie: « la société reste fragile »

Alain Christnacht, ancien Haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie, estime que "la société a beaucoup progressé" sur le Caillou,...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Alain Christnacht, ancien Haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie, estime que "la société a beaucoup progressé" sur le Caillou, mais qu'elle reste fragile et que le référendum sur l'indépendance du 4 novembre risque de raviver les tensions.

Pour M. Christnacht, co-auteur du préambule de l'accord de Nouméa en 1998, une victoire des indépendantistes est statistiquement exclue. Mais leur score permettra de mesurer leur volonté réelle de se détacher de la France, explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

Question: Quelle est l'importance de ce référendum?

Réponse: "L'enjeu est de savoir si la Nouvelle-Calédonie poursuit sa décolonisation jusqu'à l'indépendance, ou si elle reste dans la République. Ce qui est très particulier en Nouvelle-Calédonie, c'est qu'il y a un rassemblement de populations original, fait par l'histoire. Au départ il y avait des Kanak. Puis il y a eu l'immigration européenne, qui s'est considérablement renforcée dans les années 70, avec le boom du nickel. Sont venus aussi des Asiatiques, d'autres Océaniens, notamment Walisiens et Futuniens, ce qui fait que la proportion des Kanak est descendue sous les 50%. Pendant longtemps, on a eu deux populations côte à côte mais ne vivant pas vraiment ensemble. Puis il y a eu une colonisation foncière, qui les a rapprochés mais dans le conflit et on a abouti à la période de violences de 84-88, au paroxysme d'Ouvéa, avant les accords de 1988."

Q: Trente ans après, quel est l'état d'esprit de la Nouvelle-Calédonie?

R: "On n'est plus dans l'état d'esprit des années 80, où c'était frontal. Le vivre ensemble, qui là-bas s'appelle souvent "destin commun", je pense que maintenant, pour la plupart, c'est une vérité. Il y a aussi la réalité économique. Le territoire a entre un quart et un tiers des réserves mondiales de nickel. Dans les années 80 il y avait une usine transformant le minerai en métal. Maintenant il y en a trois, dont une que la province nord, en majorité indépendantiste, possède. Il y a des cadres kanaks, des médecins, des ingénieurs, des pilotes de ligne. La société a beaucoup progressé. Mais il y a de la part des Kanak une inquiétude un peu sourde qu'une nouvelle immigration les ramène à 20 ou 10% de la population, comme les Maoris en Nouvelle-Zélande ou les Aborigènes en Australie. C'est une société commune qui est en train de se bâtir mais qui reste fragile."

Q: Ce référendum ne risque-t-il pas de raviver les tensions?

R: "Bien sûr. C'était la même préoccupation quand on a décidé finalement de ne pas faire le référendum prévu en 98 et qu'on a recherché une solution consensuelle, trouvée finalement avec l'accord de Nouméa. Cette fois-ci, c'était quand même difficile de ne pas faire ce référendum. Il va servir à mesurer notamment la proportion de kanak pour l'indépendance. Comme on sait que très peu d'Européens, d'Asiatiques ou d'Océaniens non Kanaks voteront pour l'indépendance, même si tous les Kanaks votaient pour, ça ne ferait pas 50%."

Q: Est-ce que toute surprise est exclue ?

R: "La surprise, ce serait qu'on ait 45% de votes pour l'indépendance. Ou qu'on ait 30% ou moins de 30%. Ca voudrait dire que beaucoup de Kanaks ne veulent plus de l'indépendance ou en tout cas pas maintenant. Ou considèrent que leurs leaders ne sont pas capables de gérer l'indépendance puisqu'il y a des Kanaks qui maintenant ont quelque chose à perdre. Ils sont dans le système économique, ils ont des salaires, des retraites, des crédits, etc."

Q: Vous êtes inquiet pour "le jour d'après"?

R: "Je pense que les violences de la période 84-88 ont vacciné, si j'ose dire, des deux côtés et pour longtemps. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'autres formes de pressions, de manifestations. Ce qui est certain c'est que la loi de la majorité ne peut pas être le seul critère pour bâtir l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Il faut reconnaître la valeur du vote démocratique et en même temps se dire que quelque chose bâti contre une très grande majorité des Kanak serait certainement peu durable. Le scénario favorable, c'est qu'après le référendum on se mette autour d'une table, on rediscute d'un statut mixte. L'année 2019 va être plus décisive que le référendum. Il y aura des élections territoriales en mai pour renouveler le congrès, qui vont peut-être susciter de la surenchère."

PROPOS recueillis par Cécile AZZARO

Partager cet article

Dans la même thématique

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le

France Marseille vs Newcastle: Pre-Match Security Highlights
3min

Politique

« Violences policières » : la gauche du Sénat demande une commission d’enquête sur de « potentiels dysfonctionnements » au sein de l’IGPN et l’IGGN

Suite aux récentes révélations mettant en cause les forces de l’ordre dans des affaires de violences au sein des personnes dépositaires de l’autorité publique, la gauche du Sénat demande à la commission des lois de se doter des prérogatives d’une commission d’enquête visant à examiner les conditions dans lesquelles l’IGPN et l’IGGN exercent leurs prérogatives.

Le

Paris : Debate session on the draft budget law for 2026
4min

Politique

Budget de la Sécu : la règle de l’entonnoir peut-elle faciliter un compromis ?

Mercredi, députés et sénateurs ne sont pas parvenus à trouver une un accord en commission mixte paritaire sur le projet de loi de la Sécurité sociale. Le texte repart donc pour une nouvelle lecture en séance publique à partir de mardi, à l’Assemblée nationale. Les députés vont plancher sur le texte sorti du Sénat et conformément à la règle dite de l’entonnoir, leur droit d’amendement est limité. Ce qui va accélérer les débats mais sera-t-il suffisant pour arriver à un compromis ? Explications.

Le

Paris : session of questions to the government at the Senate
4min

Politique

Décentralisation : un rapport du Sénat remis au Premier ministre

Afin d’accompagner Sébastien Lecornu vers son engagement d’un grand acte de décentralisation, Gérard Larcher avait fait parvenir le 31 octobre la contribution du Sénat. Le document que Public Sénat a pu consulter appelle à consacrer un principe de différentiation et d’autonomie fiscale des collectivités.

Le