Réforme de la justice: derniers ajustements avant l’examen au parlement
Des ajustements mais pas de changement majeur: avant l'examen au Parlement du vaste projet de réforme de la justice en octobre,...

Réforme de la justice: derniers ajustements avant l’examen au parlement

Des ajustements mais pas de changement majeur: avant l'examen au Parlement du vaste projet de réforme de la justice en octobre,...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Des ajustements mais pas de changement majeur: avant l'examen au Parlement du vaste projet de réforme de la justice en octobre, le gouvernement peaufine son texte, très critiqué par les avocats et les magistrats.

Face à l'engorgement des tribunaux et au surpeuplement des prisons, la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a l'ambition de "construire une justice plus simple, plus efficace, plus accessible au bénéfice des justiciables".

Pour faire la pédagogie de cette réforme, des hauts responsables du ministère ont arpenté la France à la rencontre des magistrats et fonctionnaires. Une des dernières réunions a eu lieu mercredi à Paris, où la résistance au projet est restée forte.

Le projet le plus contesté est la fusion des tribunaux d'instance (TI) et de grande instance (TGI), avec la crainte de voir à terme "disparaître ce juge des pauvres" qui tranche des affaires civiles (surendettement, loyers impayés, tutelles, etc.) où les sommes demandées sont inférieures à 10.000 euros.

En déplacement jeudi au tribunal d'instance de Flers (Normandie), Nicole Belloubet a voulu rassurer: "Je souhaite le maintien des juges d'instance. Il pourrait devenir le juge des contentieux" et être chargé de nouveaux contentieux "si nécessaire en fonction des spécificités locales", a-t-elle dit, promettant un amendement en ce sens.

La veille, Rémy Heitz, directeur des affaires criminelles et des grâces, un poste sensible qui incarne le lien entre chancellerie et parquets, avait tenu le même discours aux magistrats, affirmant le maintien du "socle de compétences" de ce juge de proximité, désormais rattaché au TGI.

Le syndicat de la magistrature (SM, gauche) avait ironisé sur "un chantier mal déminé" et dénoncé une "mutualisation" des ressources qui serait à terme préjudiciable à l'instance face aux affaires plus lourdes ou chronophages.

"Si c'est pour maintenir la compétence du juge, le contentieux et les sites, on se demande pourquoi faire cette réforme", a commenté l'avocat général Olivier Auféril, le représentant de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), en sortant de la réunion de mercredi.

- "Fourre-tout" -

A Paris, la salle s'était montrée moins hostile sur d'autres projets comme la création d'un tribunal criminel départemental. Mais face à une réforme "énorme", "fourre-tout", de nombreux magistrats et avocats ont eu le sentiment d'être "un peu informés, jamais consultés".

"C'est un projet ambitieux", a concédé Rémy Heitz, rappelant que la réforme s'inscrivait dans une loi de programmation pour assurer la pérennisation du financement des cinq grands chantiers ouverts en octobre dernier: la simplification des procédures pénale et civile, l'organisation territoriale, la numérisation, le sens et l'efficacité des peines.

Le budget de la justice devrait fortement augmenter, pour passer de 6,7 milliards d'euros en 2017 à 8,3 milliards en 2022, dont une large part sera destinée aux prisons. Quelque 6.500 emplois seront créés en cinq ans. Mais, selon l'USM, ce chiffre inclut la création de "seulement" 400 postes de magistrats.

Le projet compte sur la refonte des peines - et notamment l'aménagement systématique des condamnations à moins d'un an de détention - pour réduire le nombre de détenus, passé depuis des mois à plus de 70.000 en France: la ministre table sur une baisse "d'environ 8.000 personnes" et la construction de 7.000 places de prison sur cinq ans.

Parmi les autres grandes annonces: l'expérimentation d'un tribunal criminel départemental. A mi-chemin entre cour d'assises et tribunal correctionnel, il jugera des crimes allant jusqu'à 20 ans de réclusion, comme les viols ou les vols avec arme. Environ 57% des affaires actuellement jugées aux assises (sur un total de 2.000) seront concernées.

Le parquet national antiterroriste (PNAT), retiré du texte après un avis critique du Conseil d’État, fera son grand retour, par voie d'amendement: "Il comptera une trentaine de magistrats" à Paris et des "référents" dans les parquets en région, a expliqué Rémy Heitz, précisant son périmètre d'action: les infractions terroristes, les crimes contre l'humanité et les atteintes à la sûreté de l'Etat.

Quant au vaste chantier numérique, la Chancellerie vante une dématérialisation nécessaire alors que les syndicats dénoncent une "logique purement comptable" et redoutent une entrave à l'accès au juge.

Partager cet article

Dans la même thématique

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le