Réforme de la justice : la Roumanie dans le viseur de Bruxelles
Après la Pologne et la Hongrie, la Roumanie est dans le viseur de Bruxelles. En cause ? Une réforme de la justice qui inquiète. L'indépendance du système judiciaire est-elle menacée ? Et peut-elle justifier le déclenchement de l'article 7, une procédure de sanctions européennes ?

Réforme de la justice : la Roumanie dans le viseur de Bruxelles

Après la Pologne et la Hongrie, la Roumanie est dans le viseur de Bruxelles. En cause ? Une réforme de la justice qui inquiète. L'indépendance du système judiciaire est-elle menacée ? Et peut-elle justifier le déclenchement de l'article 7, une procédure de sanctions européennes ?
Public Sénat

Par Juliette Beck

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La Roumanie a un problème endémique de corruption et fait face à des dérives judiciaires qui inquiète aujourd'hui l'Union européenne. Dès son adhésion en 2007 a été mis en place le Mécanisme de Coopération et de Vérification (MCV). Le but étant d’aider la Roumanie à pallier ces lacunes dans le cadre de sa réforme de la justice et dans la lutte contre la corruption. Cette procédure particulière, condition siné qua none à l’adhésion roumaine au sein de l'Union, ne devait être que provisoire.

Pour l'eurodéputé Guillaume Balas : « dans plusieurs pays il y a l’idée que les droits humains élémentaires sont révisables»
00:33

Onze ans plus tard et malgré une demande de la part du gouvernement roumain de voir ce mécanisme disparaître, la commission refuse et signe un rapport alarmant quant au recul du pays sur les libertés fondamentales comme le reconnaît l’eurodéputé française Guillaume Balas : « Oui, je crois qu’en fait, on est dans un moment très particulier. On voit bien que naît aujourd’hui dans plusieurs pays l’idée que les droits humains élémentaires sont révisables. Finalement que ça ne serait peut-être qu’une culture occidentale et tout le problème, il n’est pas qu’au sein de ces mêmes pays, il y a au contraire des mouvements qui aspirent de plus en plus à avoir des droits humains respectés ». C’est pour ça qu’il y a des confrontations qui sont des confrontations extrêmement fortes. Le risque aujourd’hui des sanctions similaires à celle de la Hongrie ou la Pologne : le déclenchement de l’article 7.

L’article 7, la prochaine étape ?

Réforme de la justice roumaine : «ne pas les accabler » pour l'eurodéputée Gilles Lebreton
01:18

L’article 7 du Traité de l’Union européenne prévoit une procédure d’infraction qui aboutit à une condamnation et des sanctions des États membres pour des cas de violation de droits fondamentaux. Une procédure de ce type a récemment ée déclenchée contre la Hongrie et la Pologne, peut-il en être de même pour la Roumanie ? Pour Gilles Lebreton eurodéputé français, c’est la logique qui le voudrait, mais il s’oppose à cette pratique : « C’est tout à fait possible, puisqu’on reproche à ces trois pays la même chose. C’est une réforme judiciaire contestée et donc dès lors que la Pologne et la Hongrie ont fait l’objet d’un déclenchement de l’article 7, on peut effectivement s’attendre à ce que la même chose arrive à la Roumanie. Moi évidemment, je proteste contre cet état de choses parce que je pense que, lorsqu’il y a des problèmes dans des pays, autant discuter avec eux, sûrement pas leur donner des leçons et encore moins les attaquer comme on le fait  […] J’ajoute qu'en ce qui concerne le cas particulier de la Roumanie, il faut laisser sa chance à ce pays parce que si on regarde sur le long terme il s’est quand même beaucoup amélioré. Il ne faut pas oublier que jusqu’en 1989, il était en proie au régime communiste terrible, donc ça fait moins de 30 ans. Donc même s'il y a encore des problèmes de corruption[...] il y a quand même une amélioration de ce point de vue. Donc ne pas les accabler ».

Faire preuve de clémence pour ce pays, parmi les derniers à avoir intégré l’Union, mais surtout ne pas tomber dans le pendant d’une vision occidentale jugeant les pays de l’Est, met en garde Guillaume Balas : « Je suis toujours très attentif qu’il n’y ait pas une certaine forme de racisme occidental par rapport aux pays de l’est. Moi, je m’occupe des questions sociales [...] je fais très attention à ça. C’est-à-dire de ne pas avoir ce discours toujours qui est très méprisant en vérité. Et en même ne pas faire de relativisme ».

À deux mois de la présidence

Pour l'eurodéputée roumaine Renate Weber le déclenchement de l'article 7 « Ca n’arrivera pas et j’ai des raisons très forte de dire ça »
01:15

Mais pour la Roumaine Renate Weber le déclenchement de l’article 7 n’est qu’une menace qui ne sera pas mise en action : « Ça n’arrivera pas et j’ai des raisons très forte de dire ça parce que d’abord, toutes les lois de la justice qu’on a changée on a fait ça parce qu'on devait vraiment corriger des abus qui se sont passés les dernières années […]  nous avons une cour constitutionnelle qui travaille très très bien, dont les décisions sont toujours obligatoires et elle a toujours été respectée. Alors nous avons des mécanismes pour corriger ce qu’on doit corriger dans un pays ».

À deux mois de la prise de fonction de la Roumanie à la présidence tournante de l’Union européenne certains se demandent si le pays sera capable de relever le défi, quand même le président de la Roumanie se dit soucieux des capacités roumaines à gérer l’union.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le

Macron Sénat 3 ok
14min

Politique

[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffements, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après sa réélection historique en 2022, Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, l’obligeant à composer avec les LR pour obtenir des majorités. Le Sénat y trouvera son intérêt et un pouvoir d’influence. Après la dissolution manquée en 2024, la droite entre au gouvernement et fait partie de la majorité. L’opposant d’hier se retrouve aux côtés des macronistes, tout en gardant ses distances.

Le

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le