Restreindre (encore) le droit du sol à Mayotte, une mesure polémique
En déplacement dans le département de Mayotte, Gérald Darmanin propose de limiter encore davantage l’accès à la nationalité française par le droit du sol. Un enfant né sur l’île devra avoir l’un de ses parents présents légalement et en permanence sur le territoire depuis plus d’un an, contre trois mois actuellement. Un sujet qui divise au Sénat.

Restreindre (encore) le droit du sol à Mayotte, une mesure polémique

En déplacement dans le département de Mayotte, Gérald Darmanin propose de limiter encore davantage l’accès à la nationalité française par le droit du sol. Un enfant né sur l’île devra avoir l’un de ses parents présents légalement et en permanence sur le territoire depuis plus d’un an, contre trois mois actuellement. Un sujet qui divise au Sénat.
Public Sénat

Par Jérôme Rabier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Il est à l’origine de l’exception mahoraise, et pourtant Thani Mohamed Soilihi, sénateur RDPI (LREM) de l’île, n’est pas opposé à une nouvelle législation, mais préfère tout d'abord que la loi soit intégralement appliquée : « Allons déjà au bout du texte voté en 2018, à ma demande, en faisant une campagne de dissuasion auprès de la population comorienne, pour leur fait comprendre que désormais leurs enfants n’auront pas la nationalité française », demande le sénateur.

 

Une mesure soutenue par Emmanuel Macron

 

En 2018 c’est en effet lui qui avait, contre l’avis du gouvernement, fait voter cette entorse au droit du sol, avant de convaincre Emmanuel Macron en personne de soutenir sa proposition. Emportant ainsi l’adhésion de la majorité à l’Assemblée Nationale. Saisi par des parlementaires de gauche, le Conseil constitutionnel avait validé la mesure. « Car elle était proportionnée et adaptée à la situation particulière de Mayotte », rappelle Thani Mohamed Soilihi. « Mais est-ce que ce sera encore le cas si on allonge le délai à un an ? Je ne sais pas » s’interroge-t-il.

 

Particularisme local

 

Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR du Nord est lui « personnellement favorable à cet allongement » du temps de présence légalement sur l’île-département. « Mais je ne suis pas pour une profonde réforme du droit du sol. L’équilibre actuel est un bon équilibre. A Mayotte, la situation le justifie » tranche-t-il. Dans un Sénat qui prône souvent la spécificité des territoires, il plaide pour la prise en compte de ces particularismes locaux.

« A Mayotte, il y a désormais davantage d’étrangers que de Français » rappelle Thani Mohamed Soilihi, une situation unique en France. Sur les 10 000 naissances annuelles sur l’île, la moitié serait originaire de parents étrangers, selon le sénateur mahorais.

« Ce n’est pas un hasard si ce sujet ressurgit en ce moment » se désole pour sa part Guy Benarroche, sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône. « Ces sujets à visée électoraliste vont réapparaître, car face à la droite et l’extrême droite, le gouvernement veut se montrer actif », regrette-t-il.

 

Une efficacité contestée

 

Thani Mohamed Soilihi regrette surtout qu’on ne regarde pas l’efficacité de la mesure. « Je ne pense pas que cela ait fait baisser l’immigration illégale, ni le nombre de naissances » concède-t-il. « Car ce doit être seulement un effet indirect de la lutte contre cette immigration. Mais sans campagne de dissuasion aux Comores comme préconisée par le Conseil d’État, l’effet est limité » regrette-t-il.

Le débat sur cette question polémique pourrait intervenir au Parlement juste avant l’élection présidentielle, en début d’année 2022, lors de l’examen d’une loi-cadre sur Mayotte. Au moment même ou certains candidats pourraient défendre une profonde réforme du droit du sol pour l’ensemble du territoire français.

Partager cet article

Dans la même thématique

Restreindre (encore) le droit du sol à Mayotte, une mesure polémique
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Restreindre (encore) le droit du sol à Mayotte, une mesure polémique
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le

Retailleau ok
7min

Politique

Bruno Retailleau veut rétablir les contrôles à la frontière espagnole : c’est le cas depuis 2015

Suite à la régularisation de 500 000 sans-papiers en Espagne, la droite et l’extrême droite réclament un rétablissement des contrôles à la frontière espagnole. Or, ces contrôles ont été rétablis, théoriquement temporairement, mais sans discontinuer, depuis 2015. Par ailleurs, un titre de séjour délivré par un autre Etat-membre ne permet pas de séjourner légalement en France.

Le