Sénatoriales : en Mayenne, on peut être « suppléant » mais pas « suppléante »
Le bulletin du candidat EELV pour les sénatoriales en Mayenne, Claude Gourvil, a été invalidé pour avoir qualifié sa suppléante de… « suppléante ». Le code électoral n’emploie que le masculin. Une application trop stricte et « ridicule » pour le candidat. La commission électorale maintient sa décision.

Sénatoriales : en Mayenne, on peut être « suppléant » mais pas « suppléante »

Le bulletin du candidat EELV pour les sénatoriales en Mayenne, Claude Gourvil, a été invalidé pour avoir qualifié sa suppléante de… « suppléante ». Le code électoral n’emploie que le masculin. Une application trop stricte et « ridicule » pour le candidat. La commission électorale maintient sa décision.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En Mayenne, il vaut mieux être suppléant que suppléante aux élections sénatoriales. L’histoire paraît incroyable en 2017. Le bulletin du candidat EELV, Claude Gourvil, a été invalidé hier. La cause ? Avoir écrit que Sophie Leterrier était sa « suppléante ». C’est pourtant bien une femme. Mais la commission de propagande – c’est son nom – qui se réunit en préfecture a été un brin tatillonne et a appliqué à la lettre le code électoral, qui emploie le terme « suppléant » et non celui de « suppléante »...

« Ça s’est toujours fait. J’étais candidat il y a 3 ans et j’ai mis suppléante »

« La commission de propagande est présidée par un magistrat local. En l’occurrence, c’était une femme. Le secrétaire général de la préfecture y participe. La commission vérifie la validité des documents de campagne par rapport à la législation. Si on n’est pas dans les clous, la commission ne prend pas en compte l’envoi des documents électoraux. Et il y a un risque d’invalidation ensuite » raconte à publicsenat.fr Claude Gourvil, qui n’en revient toujours pas.

Ne pouvant se rendre à la commission, le candidat mandate une autre personne, empêchée au dernier moment. Il n’a donc pas pu être représenté et se défendre. « Le soir même, je reçois un mail de la préfecture » raconte-t-il, lui annonçant la (mauvaise) nouvelle. « Or ça s’est toujours fait. J’étais candidat il y a 3 ans et j’ai mis suppléante » s’étonne le candidat.

« Est-ce qu'un nom féminisé influence le vote ? »

Après des débats assez longs, il a été décidé qu’inscrire « suppléante » pouvait créer « une distorsion d’égalité lors du dépouillement, s’il y avait d’autres bulletins avec inscrit « suppléant » pour des femmes » selon Claude Gourvil.

« Le rôle de la commission, c'est que les bulletins n'influencent pas les votes. La question s'est posée de la féminisation. Est-ce qu'un nom féminisé influence le vote ? Il y a eu discussion sur le sujet et la décision a été de respecter strictement le code électoral », a déclaré à l'AFP Anthony Boukoucha, directeur de cabinet du préfet. « C'est le souci d'égalité qui l'a emporté. Si on féminise, on féminise toutes les fonctions qui peuvent l'être. En l'occurrence ce n'était pas homogène », a-t-il ajouté.

« C’est révélateur. Il y a du chemin à faire »

« La présidente a ouvert en grand le parapluie juridique, qui ne correspond pas du tout à l’évolution de la société » regrette l’écologiste. Ce petit pataquès, qui commence à faire des vagues localement, est remonté au ministère de l’Intérieur. Et EELV s’en mêle évidemment. « C’est dingue » s’indigne le sénateur EELV de Paris, Jean Desessard. « Le principe qu’une femme ne puisse pas être suppléante, ça pose un problème dans la société d’aujourd’hui. C’est révélateur. Il y a du chemin à faire » constate l’élu écologiste, qui ne se représente pas. « On demande à l’Intérieur de revenir sur cette décision ».

L’appel n’a pas été entendu. La commission électorale maintient sa position, nous a informés ce jeudi  Claude Gourvil. « Nous allons nous y conformer », ajoute le candidat, qui « regrette » malgré tout cette décision.

Les bulletins n’ayant pas encore été imprimés, l’histoire ne coûtera rien au candidat. Mais sur le fond, Claude Gourvil « trouve ça ridicule, voire anachronique. Ça paraît une bricole mais gommer la féminité des candidates, ça a du sens. Tout ça pour éviter un micro risque juridique qui n’existe pas car jamais personne n’a contesté quoi que ce soit ».

[Article mis à jour le 14 septembre avec la décision de la commission électorale de ne pas changer de position]

Partager cet article

Dans la même thématique

Jerome Durain nouveau President. Session du conseil regional de Bourgogne-Franche-Comte
9min

Politique

Sénatoriales : en Côte-d’Or, entre Rebsamen et Patriat, un seul François devrait être candidat

L’ancien ministre du gouvernement Bayrou et ex-président du groupe PS du Sénat envisage de se présenter aux sénatoriales. A condition que François Patriat, patron des sénateurs macronistes, ne se représente pas. Les deux en parlent ensemble et veulent éviter de se présenter l’un contre l’autre. S’il est élu, reste à voir dans quel groupe ira François Rebsamen, ou s’il cherchera à en créer un nouveau…

Le

Illustration of the headquarters of the French media group Canal +
9min

Politique

Tribune anti-Bolloré et réaction de Canal + : le cinéma français au bord de la fracture

Après la tribune anti-Bolloré signée par près de 600 professionnels du cinéma, la riposte du patron de Canal+, Maxime Saada, a déclenché une onde de choc politique et culturelle. Entre accusations de « maccarthysme », dénonciation d’une « caste gauchiste » et inquiétudes sur l’emprise idéologique du groupe Vivendi, la polémique révèle une fracture profonde, celle d’un cinéma français pris entre dépendance économique et bataille culturelle.

Le

People vote in Bordeaux for the legislatives elections
6min

Politique

Municipales 2026 : un électeur sur six a utilisé l’IA pour l’aider dans son choix de vote, révèle une étude

Les élections municipales ont vu, pour la première fois en France, un nombre significatif d’électeurs, environ un sur six, faire appel à l’IA conversationnelle pour déterminer leur choix de vote, d’après une étude Toluna Harris Interactive. Une pratique encore très minoritaire, mais qui interroge sur l’influence politique réelle de l’IA à un an de l’élection présidentielle.

Le

New Caledonia’s vote on independence from France
4min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : le texte visant à élargir le corps électoral adopté en commission au Sénat

A l’approche des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie qui se tiendront le 28 juin, la commission des lois du Sénat a adopté la proposition de loi organique visant à élargir le corps électoral aux natifs de l’Archipel. L’exécutif, qui compte aller plus loin en y intégrant également les conjoints des natifs, déposera son amendement en séance publique, cet après-midi.

Le