Sénatoriales : en Mayenne, on peut être « suppléant » mais pas « suppléante »
Le bulletin du candidat EELV pour les sénatoriales en Mayenne, Claude Gourvil, a été invalidé pour avoir qualifié sa suppléante de… « suppléante ». Le code électoral n’emploie que le masculin. Une application trop stricte et « ridicule » pour le candidat. La commission électorale maintient sa décision.

Sénatoriales : en Mayenne, on peut être « suppléant » mais pas « suppléante »

Le bulletin du candidat EELV pour les sénatoriales en Mayenne, Claude Gourvil, a été invalidé pour avoir qualifié sa suppléante de… « suppléante ». Le code électoral n’emploie que le masculin. Une application trop stricte et « ridicule » pour le candidat. La commission électorale maintient sa décision.
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En Mayenne, il vaut mieux être suppléant que suppléante aux élections sénatoriales. L’histoire paraît incroyable en 2017. Le bulletin du candidat EELV, Claude Gourvil, a été invalidé hier. La cause ? Avoir écrit que Sophie Leterrier était sa « suppléante ». C’est pourtant bien une femme. Mais la commission de propagande – c’est son nom – qui se réunit en préfecture a été un brin tatillonne et a appliqué à la lettre le code électoral, qui emploie le terme « suppléant » et non celui de « suppléante »...

« Ça s’est toujours fait. J’étais candidat il y a 3 ans et j’ai mis suppléante »

« La commission de propagande est présidée par un magistrat local. En l’occurrence, c’était une femme. Le secrétaire général de la préfecture y participe. La commission vérifie la validité des documents de campagne par rapport à la législation. Si on n’est pas dans les clous, la commission ne prend pas en compte l’envoi des documents électoraux. Et il y a un risque d’invalidation ensuite » raconte à publicsenat.fr Claude Gourvil, qui n’en revient toujours pas.

Ne pouvant se rendre à la commission, le candidat mandate une autre personne, empêchée au dernier moment. Il n’a donc pas pu être représenté et se défendre. « Le soir même, je reçois un mail de la préfecture » raconte-t-il, lui annonçant la (mauvaise) nouvelle. « Or ça s’est toujours fait. J’étais candidat il y a 3 ans et j’ai mis suppléante » s’étonne le candidat.

« Est-ce qu'un nom féminisé influence le vote ? »

Après des débats assez longs, il a été décidé qu’inscrire « suppléante » pouvait créer « une distorsion d’égalité lors du dépouillement, s’il y avait d’autres bulletins avec inscrit « suppléant » pour des femmes » selon Claude Gourvil.

« Le rôle de la commission, c'est que les bulletins n'influencent pas les votes. La question s'est posée de la féminisation. Est-ce qu'un nom féminisé influence le vote ? Il y a eu discussion sur le sujet et la décision a été de respecter strictement le code électoral », a déclaré à l'AFP Anthony Boukoucha, directeur de cabinet du préfet. « C'est le souci d'égalité qui l'a emporté. Si on féminise, on féminise toutes les fonctions qui peuvent l'être. En l'occurrence ce n'était pas homogène », a-t-il ajouté.

« C’est révélateur. Il y a du chemin à faire »

« La présidente a ouvert en grand le parapluie juridique, qui ne correspond pas du tout à l’évolution de la société » regrette l’écologiste. Ce petit pataquès, qui commence à faire des vagues localement, est remonté au ministère de l’Intérieur. Et EELV s’en mêle évidemment. « C’est dingue » s’indigne le sénateur EELV de Paris, Jean Desessard. « Le principe qu’une femme ne puisse pas être suppléante, ça pose un problème dans la société d’aujourd’hui. C’est révélateur. Il y a du chemin à faire » constate l’élu écologiste, qui ne se représente pas. « On demande à l’Intérieur de revenir sur cette décision ».

L’appel n’a pas été entendu. La commission électorale maintient sa position, nous a informés ce jeudi  Claude Gourvil. « Nous allons nous y conformer », ajoute le candidat, qui « regrette » malgré tout cette décision.

Les bulletins n’ayant pas encore été imprimés, l’histoire ne coûtera rien au candidat. Mais sur le fond, Claude Gourvil « trouve ça ridicule, voire anachronique. Ça paraît une bricole mais gommer la féminité des candidates, ça a du sens. Tout ça pour éviter un micro risque juridique qui n’existe pas car jamais personne n’a contesté quoi que ce soit ».

[Article mis à jour le 14 septembre avec la décision de la commission électorale de ne pas changer de position]

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