[Série] Présidentielle 2022 : Et si c’était… Emmanuel Macron ?
Cette semaine publicsenat.fr vous propose un peu de politique-fiction, en imaginant un scénario qui amènerait un candidat déclaré ou non à l’Elysée au printemps prochain. Le président du groupe LREM du Sénat, François Patriat, voit la réélection, sans trop d’encombres, d’Emmanuel Macron. L’homme qui « va ré-épouser la France ».

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« Le problème d’Emmanuel, c’est qu’il nous surprend toujours. Quand vous discutez avec lui, il vous écoute, mais il ne vous dit jamais ce qu’il va faire. Jamais ». Derrière son bureau, sous les combles du Sénat, François Patriat se creuse la tête pour imaginer comment le chef de l’Etat va remporter une nouvelle fois la présidentielle.

C’est bien évidemment le pronostic du sénateur de Côte-d’Or, l’un des premiers fidèles du chef de l’Etat. Si le Président n’est pas du genre à s’épancher sur sa stratégie, François Patriat sait au moins une chose. « Il est déterminé. Ça fait longtemps qu’il nous parle de 2022 ».

Dans la myriade de candidatures qui se profilent pour 2022, il faudra bien se réinventer. La stratégie « disruptive » de 2016-2017, construite hors partis, par un lien supposé direct entre « les marcheurs » et le candidat, n’a pas eu le succès escompté aux élections intermédiaires, Européennes mises à part. « Dernièrement, j’ai dit à Emmanuel Macron : la dernière fois tu as gagné avec des apôtres. Maintenant, il te faut des généraux », martèle-t-il, citant au passage Julien de Normandie, Amélie de Montchalin, Richard Ferrand, ou encore Jean-Michel Blanquer. « Il faut un grand parti qui aille des socio-démocrates aux démocrates-socio », esquisse-t-il vaguement.

L’élu de Bourgogne concède quand même une faille à son favori. « Il n’y a qu’une chose. Comment un homme aussi chaleureux, aussi tactile, aussi accessible, aussi à l’écoute, peut-il avoir une image de quelqu’un de distant et de méprisant ? Macron c’est tout sauf ça », se désole-t-il. Mais, l’élu nous rassure tout de suite : « Je pense qu’il va ré-épouser la France. Il sait faire ».

« L’important c’est d’être en finale. Après la finale, il la gagne »

« Si rien n’est acquis » pour le président sortant en en avril prochain, le mode de scrutin majoritaire à deux tours de l’élection présidentielle devrait, selon le sénateur, l’avantager. « Il y a 30 % des Français qui adorent et qui soutiennent Macron. Il y en a 60 % qui le détestent. Ce système, c’est comme la coupe d’Europe. L’important, c’est d’être en finale. Après la finale, il la gagne ». D’autant qu’il trouve le socle du chef de l’Etat, entre 23 et 28 %, suffisant pour aller en finale où, face à Marine Le Pen, il fait « 60 % contre 40 % ».

Avec quels thèmes de campagne ? « Dès 2019, il nous a dit qu’on ne serait pas jugés sur l’économie et le social, mais sur le régalien. Et d’ailleurs sur le chômage, on a réussi. Malgré le covid, il est à 6 ou 7 % ».

Même satisfaction sur l’environnement. François Patriat fait fi des critiques des écologistes sur le bilan du quinquennat, malgré le Conseil d’Etat ait donné 9 mois au gouvernement pour prendre de nouvelles mesures contre la pollution de l’air. « Je peux vous donner 18 mesures sur l’écologie que personne n’avait faites : Fessenheim, les centrales à charbon, Notre Dame des Landes… Qui est-ce qui aura fait autant pour l’écologie qu’Emmanuel Macron ? Quand j’entends les écolos dire que ce quinquennat est une catastrophe écologique, tout ça à cause du glyphosate, alors qu’on ne sait pas aujourd’hui comment remplacer le glyphosate », s’agace-t-il.

Le territoire et la Constitution

De toute façon, le sénateur estime que le chef de l’Etat a réalisé 85 % de son programme. « Il n’y a que deux choses qu’on n’a pas faites, la réforme constitutionnelle et une grande réforme territoriale ». La réforme des retraites et de l’assurance chômage aussi ? « Ça, c’est à cause des Gilets Jaunes et du covid », se défend-il.

Sur les thèmes régaliens, le sénateur esquisse quelques aspects du bilan du chef de l’Etat. Le nombre d’attentats déjoués, la taxe sur les GAFA… avant d’être interrompu par le vibreur de son portable. « Qui c’est celle-là ? Ah, elle m’emmerde ». François Patriat est très demandé ce soir de 12 juillet où nous avons réalisé l’entretien. Mais pas très fairplay avec celles et ceux qui le sollicitent. 

En ce qui concerne l’équilibre des forces en campagne, François Patriat note « un point de vigilance », avec une candidature de Valérie Pécresse. « Elle est très déterminée, elle est structurée. Avec Xavier Bertrand, est-ce qu’ils peuvent prendre le risque d’y aller à deux ? Ce serait suicidaire. Donc, il faudra bien que l’un des deux cède. Est-ce que vous pensez que Sarkozy, que Jacob sont prêts à rejoindre Bertrand ? Je pense qu’elle peut monter dans les sondages et arriver à égalité avec Bertrand. Bertrand, je ne sais pas s’il est à 18 ou à 14%. Le Figaro dit tous les jours que ça augmente, mais la dernière fois il donnait Bellamy à 23 % aux Européennes (le candidat LR a fini sous la barre des 10%) », s’amuse-t-il.

Éric Zemmour, « qui a très envie d’y aller », peut aussi perturber le débat à l’extrême droite. Je pense qu’il fera entre 6 et 7 %, mais il prendra des voix aussi bien à Marine Le Pen qu’à la droite ».

Le chef de l’Etat n’est pas non plus menacé sur sa gauche. « Le jour où il y aura un nouveau PS, je serai mort. Ils sont sans leader et sans idée », tranche l’ancien socialiste.

« Si on doute, c’est foutu »

Comment Emmanuel Macron pourrait perdre cette élection qui, à écouter François Patriat, semble gagnée d’avance ? « Si on doute, c’est foutu. Et personne ne peut dire : j’ai tout bien fait ». Et lorsque Emmanuel Macron a mal fait, c’était bien malgré lui. « Les 80 km/h, les APL, l’âge pivot, Emmanuel, il n’en voulait pas », rappelle-t-il. Coucou, Édouard Philippe.

L’entretien arrive à son terme, on insiste. Quel serait son pire ennemi ? « Ce n’est pas lui-même », coupe-t-il avant de se lancer « Je dirais que son pire ennemi, c’est son génie ».

Un génie parfois incompris comme l’avait relevé en son temps son ancien homologue à l’Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, qui, en pleine crise des gilets jaunes, avait concédé au gouvernement « d’avoir probablement été trop intelligent, trop subtil, trop technique dans les mesures de pouvoir d’achat ». Une petite phrase jugée méprisante qui lui avait vallu bien des critiques. 

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