Service national universel : le caractère obligatoire et son coût font débat
Emmanuel Macron le veut universel et obligatoire. Le service national promis durant la campagne électorale a souffert d’une cacophonie gouvernementale ces derniers jours autour de son caractère obligatoire. Une mention qui fait polémique tant sur le plan budgétaire que sur le plan symbolique.

Service national universel : le caractère obligatoire et son coût font débat

Emmanuel Macron le veut universel et obligatoire. Le service national promis durant la campagne électorale a souffert d’une cacophonie gouvernementale ces derniers jours autour de son caractère obligatoire. Une mention qui fait polémique tant sur le plan budgétaire que sur le plan symbolique.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui / Sujet vidéo : Quentin Calmet

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La communication gouvernementale, pourtant décrite comme étant « verrouillée », « contrôlée », « calibrée », s’est quelque peu brouillée autour du service national universel. Le caractère obligatoire de ce service national a fait l’objet de propos contradictoires entre la ministre des Armées et Gérard Collomb, ce week-end. Le doute a été levé par le porte-parole du gouvernement : ce dispositif sera « obligatoire », renseignait Benjamin Griveaux sur Radio classique et Paris première. Une parole confirmée par le président de la République.

Il sera « obligatoire » a tranché le président de la République, mardi soir, lors d’une rencontre avec l’Association de la presse présidentielle. Emmanuel Macron a ajouté que ce dispositif pourrait avoir « une ouverture sur la chose militaire » mais « (sa) forme pourra être civique ». En outre, ce « rendez-vous pour toute la nation » devrait s’articuler « autour du trimestre » mais pourra aussi « être plus long si l’on intègre un service civique ».

« Une partie obligatoire, entre trois et six mois » devrait être introduite mais « ce n’est pas encore établi », précise Emmanuel Macron. La mention obligatoire accolée au dispositif fait débat, tant sur le plan budgétaire que sur le plan symbolique.

Polémique autour du caractère obligatoire

Le député LR, Damien Abad, a dénoncé une « hérésie budgétaire », ce mercredi. Dans un rapport de juin 2017, les sénateurs Jean-Pierre Raffarin et Daniel Reiner s’alarmaient déjà du coût du service national. Son budget « en première approximation » pourrait atteindre « 30 milliards d’euros sur 5 ans », d’après eux.

La commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat publiera un rapport d’information au printemps 2018. « Les forces armées ne sont pas dans la capacité aujourd’hui d’assumer ce service national universel », s'agace l’ancien secrétaire d’État chargé des Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini. Même son de cloche à droite de l’hémicycle. Joint par Public Sénat, le Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Christian Cambon, prévient : « Nous nous opposerons à ce projet si le budget des armées devait assumer seul ce projet ».

Lire aussi. Service national universel obligatoire : « Au Sénat nous sommes très sceptiques sur cette affaire »

De son côté, le président de l’organisation étudiante la FAGE critique le message envoyé à la jeunesse, au micro de Jean-Jacques Bourdin (RMC). « Comment voulez-vous favoriser l'engagement des jeunes et l'émancipation citoyenne avec une approche punitive que constitue l'obligation ? », s’interrogeait-il.

Les pistes quelque peu divergentes des députés

Le rapport parlementaire, présenté ce mercredi à l’Assemblée nationale, esquisse les possibles contours de ce dispositif. Leur scénario ne permet pas un service national universel et obligatoire « de trois à six mois ».

Néanmoins, ce sont les conclusions du groupe de travail mandaté par l’exécutif qui devraient définir les lignes finales. Ce rapport sera rendu fin avril et la phase d’expérimentation du service national universel devrait démarrer au début de l’année 2019.

Les rapporteures de la mission d’information ont présenté leurs travaux, ce mercredi. Les députées Marianne Dubois (LR) et Émilie Guerel (LREM) avaient par ailleurs vu la présentation de leur rapport avancée car « le rapport sur le service national universel a fuité dans la presse, contre la volonté de leurs auteurs », explique le président de la commission de la Défense, Jean-Jacques Bridey (LREM). En commission, Marianne Dubois a condamné une méthode qui révèle le « mépris du Parlement » exprimé par le gouvernement et soupçonne une « tentative de sabordage ».

La première étape du service national universel voulue par les députés se traduirait par une semaine par an dédiée à la défense et à la citoyenneté, organisée au collège. Cette semaine serait obligatoire et pourrait « être inscrite en propre au programme du brevet ». Voir l’exposé de la députée Émilie Guerel :

La seconde phase de ce dispositif concernerait les jeunes de 16 ans à 18 ans. D’une durée d’une semaine, cette étape comporte deux scénarios. L’un consisterait à passer une semaine dans un internat durant les vacances scolaires. L’autre prévoirait une semaine d’immersion dans une association, une administration ou avec l’armée.  

La troisième étape « celle du jeune citoyen actif de 16 à 25 ans » sera « plus incitative » selon Émilie Guerel. « L’objectif est de pouvoir compter sur des jeunes qui auront envie de poursuivre avec conviction leur engagement pour la nation », poursuit-elle. Cette dernière étape « optionnelle » laisserait le choix aux jeunes de s’engager dans un dispositif préexistant « comme la préparation militaire, les sapeurs pompiers, les engagements associatifs, le service civique ou encore la garde nationale ».    

 

 

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