Éric Woerth a annoncé son ralliement à Emmanuel Macron juste avant les questions au gouvernement. La majorité sénatoriale s’est donc retrouvée contrainte de réagir à la sortie de la séance pour réagir à cette défection, qui porte un coup à une campagne déjà difficile pour Valérie Pécresse.
Soutien d’Éric Woerth à Macron : « Ce n’est pas le départ d’un seul qui remet en cause l’unité », veut croire Roger Karoutchi
Éric Woerth a annoncé son ralliement à Emmanuel Macron juste avant les questions au gouvernement. La majorité sénatoriale s’est donc retrouvée contrainte de réagir à la sortie de la séance pour réagir à cette défection, qui porte un coup à une campagne déjà difficile pour Valérie Pécresse.
Emmanuel Macron aime bien les prises, et celle-ci est de taille. L’ancien ministre du Budget puis du Travail sous Nicolas Sarkozy et actuel président (LR) de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Éric Woerth, a annoncé au Parisien ce mercredi qu’il soutiendrait Emmanuel Macron – et non pas la candidate investie par son parti, Valérie Pécresse – à 60 jours de l’élection présidentielle. Cette figure de la droite sarkozyste estime donc que le Président sortant « est le mieux à même de défendre l’intérêt de la France et des Français. » Un coup dur pour la droite, en témoigne le manque d’entrain des figures du groupe LR pour réagir à la nouvelle, dont le premier d’entre eux, Bruno Retailleau, qui avait visiblement un emploi du temps chargé après les questions au gouvernement et a dû s’éclipser rapidement. Dans la salle des Conférences du Palais du Luxembourg, on entend beaucoup de « qu’est-ce que vous voulez que je vous dise », quand on interroge les sénateurs LR.
« Comment pouvez-vous être l’un des plus critiques par rapport à la politique du gouvernement pour à l’arrivée soutenir Emmanuel Macron ? »
La défection d’Éric Woerth est d’autant plus embarrassante pour le camp Pécresse que Nicolas Sarkozy n’a toujours pas pris la parole publiquement pour soutenir la candidate du parti qu’il a fondé et que la campagne de Valérie Pécresse peine à s’accélérer. D’ailleurs les sarkozystes « historiques » du Sénat, pas directement impliqués dans la campagne de Valérie Pécresse refusent plus sobrement de commenter. C’est le cas de Pierre Charon, proche de l’ancien Président de la République, ou de Gérard Longuet, ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy, qui nous éconduisent d’un « non » laconique. Roger Karoutchi en revanche, conseiller politique de Valérie Pécresse, témoigne de sa déception et de son incompréhension vis-à-vis de la décision d’Éric Woerth, « qu’il connaît depuis longtemps » : « Éric Woerth est président de la commission des Finances au nom des Républicains à l’Assemblée nationale. Il a été extraordinairement critique sur la fiscalité, les finances et la politique sociale du gouvernement. Il a dénoncé les dérapages du gouvernement depuis des années. LR lui a accordé l’investiture dans l’Oise, a priori Éric Woerth l’a acceptée. Comment pouvez-vous être l’un des plus critiques par rapport à la politique du gouvernement pour à l’arrivée soutenir Emmanuel Macron ? »
La « déception » de Roger Karoutchi ne semble tout de même pas l’emporter sur son flegme : « C’est un peu incohérent, pardon de le dire comme ça. » Le sénateur des Hauts-de-Seine se montre ainsi plus clément que certains de ses collègues, comme Aurélien Pradié, ou Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice LR, elle aussi conseillère politique de Valérie Pécresse : « Je prends acte de ce ralliement que je déplore, mais il convient à Éric Woerth d’en tirer les conséquences et de quitter le parti LR ainsi que la présidence de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. » Là-dessus, Roger Karoutchi estime qu’avec deux semaines restantes, « ça n’a plus beaucoup d’importance », en revanche LR présentera bien un candidat dans la circonscription de l’Oise du président de la commission des Finances sortant.
« Dire qu’il n’aime pas la droitisation c’est un faux argument »
Sur le fond, Roger Karoutchi minimise la signification politique du départ d’Éric Woerth : « Ce n’est pas le départ d’un seul qui remet en cause l’unité. Dire qu’il n’aime pas la droitisation c’est un faux argument, il faut trouver autre chose. Je suis séguiniste dans l’âme, gaulliste social s’il en est, je soutiens parfaitement Valérie Pécresse, c’est ça la réunion de la famille de la droite. Éric Woerth avait toute sa place chez Valérie Pécresse. » Le départ d’un poids lourd sarkozyste, très porté sur les questions économiques et assez peu sur les questions identitaires, ne serait donc « en rien le début de quelque chose. » De même, Éric Woerth n’aurait plus le même poids politique : « Ce n’est en rien le début de quelque chose. Éric Woerth s’était déjà distancié de l’activité nationale, donc dommage, au revoir, bon retour si tu reviens. »
Même son de cloche chez Dominique Estrosi-Sassone : « C’est un acte isolé. Éric Woerth doit avoir un certain nombre de remords, peut-être pense-t-il ne pas avoir été considéré à sa juste hauteur. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, c’était prévisible depuis quelques jours. » D’autant plus que les ralliements de personnalités auraient peu d’importance électorale pour la sénatrice des Alpes-Maritimes : « On voit bien que les ralliements qui se font ne font pas bouger les lignes dans les sondages. Valérie Pécresse trace sa route, et on a tous rendez-vous pour son grand meeting de dimanche au Zénith. »
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