Stade de France : les sénateurs « pas convaincus » par les (longues) explications de Gérald Darmanin
Après l’audition de Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra ce mercredi au Sénat, les sénateurs semblent rester sur leur faim. Si des précisions leur ont bien été apportées, d’autres aspects ne les ont pas totalement convaincus. Des auditions supplémentaires devraient être organisées pour faire la lumière sur d’autres aspects des dysfonctionnements constatés samedi au Stade de France.

Stade de France : les sénateurs « pas convaincus » par les (longues) explications de Gérald Darmanin

Après l’audition de Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra ce mercredi au Sénat, les sénateurs semblent rester sur leur faim. Si des précisions leur ont bien été apportées, d’autres aspects ne les ont pas totalement convaincus. Des auditions supplémentaires devraient être organisées pour faire la lumière sur d’autres aspects des dysfonctionnements constatés samedi au Stade de France.
Louis Mollier-Sabet

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Les sénateurs ont-ils été convaincus par les explications de Gérald Darmanin auditionné ce mercredi au Sénat ? Notamment sur le nombre d’Anglais présents aux alentours du Stade de France sans billet valide, ou bien l’utilisation de gaz lacrymogène sur de simples supporters. Un point met déjà d’accord tout le monde, les explications du ministre de l’Intérieur furent longues. Très longues. « C’est comme si ses explications avaient servi à endormir notre attention au cours de l’audition », s’interroge le sénateur écologiste du Rhône, Thomas Dossus, tout comme son collègue de gauche, Jérôme Durain, pour qui la stratégie de Gérald Darmanin a été « de nous noyer sous beaucoup d’informations factuelles. » Un « aveu », pour le sénateur socialiste, « de tout ce qui a dysfonctionné samedi. » Michel Savin, sénateur LR de l’Isère, concède, lui, que le long plaidoyer du ministre de l’Intérieur « a apporté des éléments sur des sujets qu’il n’avait pas abordés jusqu’à présent en reconnaissant certains dysfonctionnements », dans l’anticipation de la grève de RER ou l’utilisation de faux billets par exemple. Le président LR de la commission des Lois François-Noël Buffet a, lui aussi, apprécié que « les ministres finissent par reconnaître une part de leur responsabilité dans ce qu’il s’est passé. »

>> Pour en savoir plus : Stade de France : polémique sur les chiffres, dysfonctionnements….Revivez l’audition de Gérald Darmanin devant le Sénat

40 000 Anglais ? « Gérald Darmanin s’est enfoncé dans son mensonge »

Mais d’autres points « n’ont pas encore totalement emporté notre conviction », continue avec précaution François-Noël Buffet. Michel Savin évoque notamment la fameuse communication de Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra sur les « 30 à 40 000 Anglais » présents dans les parages du Stade de France, soit avec des faux billets, soit sans billets, dont la présence expliquerait la difficulté à gérer la foule autour du Stade de France samedi dernier. « Personne ne peut corroborer les dires du ministre, il n’y a pas d’images, pas de photos, rien », s’agace le sénateur LR de l’Isère. « Cela nous a laissés un peu dubitatifs », confie Jérôme Durain, qui a l’impression que les supporters Anglais invoqués par le ministre de l’Intérieur comme la cause principale des désordres « se sont volatilisés. »

Gérald Darmanin explique qu’ils auraient pris le RER vers 22h50, « mais il ne précise pas le nombre », remarque Michel Savin, qui ajoute : « Ce qui fait débat depuis plusieurs jours, c’est le caractère vérifiable de ces annonces. Là, je ne suis pas convaincu. » À gauche, Thomas Dossus abonde : « Gérald Darmanin n’a pas réussi à expliquer la disparition des 30 000 supporters après le coup d’envoi du match. On n’a aucune image du Stade de France qui montre une telle affluence, c’est fantomatique. » Le ministre de l’Intérieur se serait ainsi « enfoncé dans son mensonge », pour le sénateur écologiste.

« La médiocrité de nos techniques de maintien de l’ordre a été exposée en mondovision »

L’autre point de tension de cette audition a été l’utilisation controversée de gaz lacrymogène pour disperser une foule de supporter venue assister à un match. « Je reste sur ma faim sur la doctrine du maintien de l’ordre depuis la crise des Gilets Jaunes. La doctrine 'matamoresque’ du préfet Lallement et de défiance par principe, cela produit ce qu’il s’est passé samedi. Est-ce qu’on sait encore, dans ce pays, gérer des foules, surtout dans des dispositions d’esprit festives, joyeuses et pacifiques ? », s’interroge notamment Jérôme Durain. Thomas Dossus, lui emboîte le pas : « Le ministre était plutôt sur la défensive sur les gaz lacrymogènes et la doctrine du maintien de l’ordre. Ce n’est pas démontré que sans gaz lacrymogène, on aurait couru au drame. » À droite, on se satisfait plutôt des explications fournies par le ministre qui a défendu l’utilisation de gaz lacrymogène pour disperser la foule et éviter des morts, tout en pointant des « gestes inappropriés et disproportionnés » de certains membres des forces de l’ordre.

« Il a reconnu un usage problématique par certains de gaz ou de matraque », explique ainsi le sénateur LR Michel Savin, « mais c’est marginal. » Le sénateur écologiste Thomas Dossus voit au contraire dans cette polémique mondiale un signe des problématiques structurelles de maintien de l’ordre en France : « Cela fait des années que l’on voit ‘des erreurs individuelles’ en manifestation. C’est une doctrine, des habitudes que prennent les forces de l’ordre. Ils ont refait sur des supporters ce qu’ils ont l’habitude de faire en manifestation. À un 1er mai classique, on voit ces images. Les supporters anglais en ont été outrés, et ils ont eu raison. La médiocrité de nos techniques de maintien de l’ordre a été exposée en mondovision, et seuls les agents qui ont le malheur d’être filmés auront une enquête administrative. »

« Quelques auditions supplémentaires seront nécessaires »

Si les sénateurs, et notamment dans la majorité sénatoriale, semblent relativement satisfaits des précisions données par Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra lors de cette audition, ils restent sur leur faim à propos de dossiers clés. « L’autre fait important c’est la fausse billetterie qui a perturbé les choses. C’était de la responsabilité de l’UEFA, pourquoi l’a-t-elle acceptée ? On a un sujet là-dessus », explique par exemple François-Noël Buffet, qui demandera avec Laurent Lafon, le président de la commission de la culture, des pièces complémentaires au gouvernement.

Mais « quelques auditions supplémentaires » seront aussi nécessaires « pour clarifier d’où viennent les faux billets et pourquoi il y avait autant de supporters par rapport à la capacité du stade », précise le président de la commission des Lois. Michel Savin le rejoint : « À titre personnel j’espère que l’on pourra auditionner d’autres protagonistes comme le préfet de police, la FFF, la SNCF, les stadiers. » Pour ce qui est d’une commission d’enquête, « il y a des plaintes pénales qui ont été déposées, et la loi ne nous permet pas d’aller sur ces faits particuliers. Sur un périmètre plus large, c’est une possibilité, mais nous ne pourrons pas étudier les faits en question », rappelle François-Noël Buffet.

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