« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »
Peu téléchargée et loin de remplir le rôle qu’aurait souhaité lui conférer le gouvernement, la mise en place de l’application StopCovid est qualifiée de « fiasco » par les sénateurs, qui pointent du doigt un problème de méthode et une plateforme inadaptée.

« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »

Peu téléchargée et loin de remplir le rôle qu’aurait souhaité lui conférer le gouvernement, la mise en place de l’application StopCovid est qualifiée de « fiasco » par les sénateurs, qui pointent du doigt un problème de méthode et une plateforme inadaptée.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Des résultats loin de ce qu’avait espéré le gouvernement. Selon les derniers chiffres, communiqués par la Direction Générale de la Santé (DGS), le 19 août, l’application StopCovid n’a été téléchargée que 2,3 millions de fois (par à peine 3% de la population française) depuis son lancement controversé, le 27 mai. Pointée du doigt par l’opposition, qui lui reproche d’enfreindre les libertés individuelles, en organisant un traçage des individus et un stockage de leurs données personnelles, StopCovid soulève la crainte du fichage. « Je considère qu’en acceptant StopCovid on accepte un modèle de société auquel je n’adhère pas », affirmait, en mai, la sénatrice socialiste Sylvie Robert.

Le gouvernement, en revanche, soutient toujours qu’il s’agit d’un moyen de remonter la chaîne de contamination et donc de freiner la propagation de l’épidémie. « Nous utilisons une application nationale, anonyme. Tout est safe dans StopCovid » défend, ce mardi, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, au micro de France Inter. « Il est essentiel de télécharger l’application, et ce n’est pas trop tard » exhorte ce dernier. Conscient que l’objectif n’a pas été atteint, le secrétaire d’Etat au numérique, Cédric O, qui a piloté le lancement de la plateforme reconnaît quant à lui un échec à demi-mot. « Peut-être que nous aurions dû être plus pédagogue, qu'on leur dise que quand on ferme le smartphone l'application continue de fonctionner. Peut-être que nous aurions dû accentuer la communication, car ce qu'on voit dans les études c'est que les gens ne comprennent pas très bien à quoi ça sert », commente-t-il au micro de France Culture.

« On aura grillé une cartouche inutilement »

Un questionnement de méthode partagé par le sénateur Les Républicains Patrick Chaize, qui revendique plus de fermeté dans l’approche. « La démarche est bonne, l’application est bonne, même les conditions d’utilisation sont bonnes, on a répondu à la quasi-totalité des craintes qu’on pouvait avoir. L’échec de cette application n’est dû qu’à un manque de courage politique. Pour faire en sorte que cette application soit utile, et donc utilisée par le plus de monde possible, il aurait fallu la rendre obligatoire », affirme le sénateur.

Les détracteurs de StopCovid, quant à eux, se réjouissent de la tournure des événements. « Comme on pouvait le prévoir, c’est un bilan catastrophique », commente le sénateur centriste Loïc Hervé, co-rapporteur de la commission des Lois sur le sujet. On aura grillé une cartouche inutilement, en transgressant un interdit dans le domaine des libertés individuelles, pour faire croire que le numérique pouvait solutionner le problème, alors que seul l’humain pouvait y répondre. » Pour le centriste, la seule option possible est désormais de tourner la page StopCovid « qui restera l’un des gros échecs de cette gestion de crise ».

Même constat pour le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, qui pointe du doigt un autre problème soulevé par l’utilisation de l’application : celui de l’interférence des GAFAM dans le stockage de données des utilisateurs. « La commission d’enquête sur la souveraineté numérique avait montré que le gouvernement était dans une situation de totale dépendance par rapport aux GAFAM, à qui il n’avait pu imposer un certain nombre de règles sur la protection des données personnelles. Le fiasco StopCovid est aussi le témoignage de l’incapacité de ce gouvernement à défendre sa souveraineté numérique, et on paye aujourd’hui notre inactivité par rapport à l’emprise des GAFAM sur notre société numérique », estime Pierre Ouzoulias. Une accusation balayée par le secrétaire d'Etat au numérique, qui soutient que si StopCovid utilise (de façon temporaire, selon Cédric O) la solution de captcha de Google pour s’assurer que l’utilisateur est bien un être humain, les données du serveur central sont bien hébergées en France. 

Partager cet article

Dans la même thématique

« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »
5min

Politique

Exclu Public Sénat : Le président du Medef critique les « déclarations très guerrières » de la nouvelle présidente du Cese Claire Thoury

Après l’élection, mercredi 20 mai, de la présidente du Mouvement associatif Claire Thoury, à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Patrick Martin réagit. Le président du Medef met en garde, jeudi 21 mai, contre « un dévoiement » de l’organisation et enjoint sa nouvelle présidente à « ne pas faire de politique ».

Le

Statement by French Outgoing Prime Minister Sebastien Lecornu – Paris
10min

Politique

« 710 millions d’euros d’aides nouvelles » : prime carburant, taxis, pêcheurs, aides à domicile...Retrouvez le détail des annonces du gouvernement pour faire face à la crise

Le premier ministre Sébastien Lecornu a tenu une conférence de presse ce jeudi pour y dévoiler de nouvelles aides ciblées. Accompagné de plusieurs de ses ministres, Sébastien Lecornu qui a affirmé que la guerre en Iran allait durer, a annoncé 710 millions d’aides nouvelles. Retrouvez le détail des aides secteur par secteur, et les temps fort de cette conférence de presse.

Le

« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »
4min

Politique

Élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie : « Le gouvernement s’est appuyé sur mon texte pour aller plus vite », explique le sénateur LR Georges Naturel

Par l’adoption définitive de la proposition de loi du sénateur de Nouvelle-Calédonie, Georges Naturel, le Parlement ouvre la voie à l’élargissement du corps électoral à plus de 10.000 natifs de l’archipel. Mais il regrette que son texte ait été examiné dans la précipitation. « A 40 jours d’une élection, modifier le corps électoral, ce n’est pas tout à fait normal », pointe Georges Naturel.

Le

« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »
5min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : le Sénat habilite le gouvernement à avoir recours aux ordonnances

Mercredi soir, le Sénat a adopté le projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration et l’asile. Un choix nécessité par l’urgence du calendrier. Les Etats membres ont jusqu’au 12 juin pour transposer le Pacte en droit français. A cette date la plupart des dispositions du pacte seront applicables directement à l’ensemble des Etats membres.

Le