« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »
Peu téléchargée et loin de remplir le rôle qu’aurait souhaité lui conférer le gouvernement, la mise en place de l’application StopCovid est qualifiée de « fiasco » par les sénateurs, qui pointent du doigt un problème de méthode et une plateforme inadaptée.

« StopCovid restera l’un des gros échecs de la gestion de crise »

Peu téléchargée et loin de remplir le rôle qu’aurait souhaité lui conférer le gouvernement, la mise en place de l’application StopCovid est qualifiée de « fiasco » par les sénateurs, qui pointent du doigt un problème de méthode et une plateforme inadaptée.
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Des résultats loin de ce qu’avait espéré le gouvernement. Selon les derniers chiffres, communiqués par la Direction Générale de la Santé (DGS), le 19 août, l’application StopCovid n’a été téléchargée que 2,3 millions de fois (par à peine 3% de la population française) depuis son lancement controversé, le 27 mai. Pointée du doigt par l’opposition, qui lui reproche d’enfreindre les libertés individuelles, en organisant un traçage des individus et un stockage de leurs données personnelles, StopCovid soulève la crainte du fichage. « Je considère qu’en acceptant StopCovid on accepte un modèle de société auquel je n’adhère pas », affirmait, en mai, la sénatrice socialiste Sylvie Robert.

Le gouvernement, en revanche, soutient toujours qu’il s’agit d’un moyen de remonter la chaîne de contamination et donc de freiner la propagation de l’épidémie. « Nous utilisons une application nationale, anonyme. Tout est safe dans StopCovid » défend, ce mardi, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, au micro de France Inter. « Il est essentiel de télécharger l’application, et ce n’est pas trop tard » exhorte ce dernier. Conscient que l’objectif n’a pas été atteint, le secrétaire d’Etat au numérique, Cédric O, qui a piloté le lancement de la plateforme reconnaît quant à lui un échec à demi-mot. « Peut-être que nous aurions dû être plus pédagogue, qu'on leur dise que quand on ferme le smartphone l'application continue de fonctionner. Peut-être que nous aurions dû accentuer la communication, car ce qu'on voit dans les études c'est que les gens ne comprennent pas très bien à quoi ça sert », commente-t-il au micro de France Culture.

« On aura grillé une cartouche inutilement »

Un questionnement de méthode partagé par le sénateur Les Républicains Patrick Chaize, qui revendique plus de fermeté dans l’approche. « La démarche est bonne, l’application est bonne, même les conditions d’utilisation sont bonnes, on a répondu à la quasi-totalité des craintes qu’on pouvait avoir. L’échec de cette application n’est dû qu’à un manque de courage politique. Pour faire en sorte que cette application soit utile, et donc utilisée par le plus de monde possible, il aurait fallu la rendre obligatoire », affirme le sénateur.

Les détracteurs de StopCovid, quant à eux, se réjouissent de la tournure des événements. « Comme on pouvait le prévoir, c’est un bilan catastrophique », commente le sénateur centriste Loïc Hervé, co-rapporteur de la commission des Lois sur le sujet. On aura grillé une cartouche inutilement, en transgressant un interdit dans le domaine des libertés individuelles, pour faire croire que le numérique pouvait solutionner le problème, alors que seul l’humain pouvait y répondre. » Pour le centriste, la seule option possible est désormais de tourner la page StopCovid « qui restera l’un des gros échecs de cette gestion de crise ».

Même constat pour le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, qui pointe du doigt un autre problème soulevé par l’utilisation de l’application : celui de l’interférence des GAFAM dans le stockage de données des utilisateurs. « La commission d’enquête sur la souveraineté numérique avait montré que le gouvernement était dans une situation de totale dépendance par rapport aux GAFAM, à qui il n’avait pu imposer un certain nombre de règles sur la protection des données personnelles. Le fiasco StopCovid est aussi le témoignage de l’incapacité de ce gouvernement à défendre sa souveraineté numérique, et on paye aujourd’hui notre inactivité par rapport à l’emprise des GAFAM sur notre société numérique », estime Pierre Ouzoulias. Une accusation balayée par le secrétaire d'Etat au numérique, qui soutient que si StopCovid utilise (de façon temporaire, selon Cédric O) la solution de captcha de Google pour s’assurer que l’utilisateur est bien un être humain, les données du serveur central sont bien hébergées en France. 

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