Suppression du corps diplomatique : « C’est le massacre d’un outil que le monde entier nous envie », déplore Damien Regnard (LR)
Alors qu’une grève commence ce jeudi au Quai d’Orsay, la suppression du corps diplomatique, dans le sillage de la réforme de la haute fonction publique du précédent quinquennat, continue de faire débat. L’extinction des grands corps d’Etat pose la question de la spécialisation des hauts fonctionnaires, en particulier dans un secteur aux enjeux si spécifiques.

Suppression du corps diplomatique : « C’est le massacre d’un outil que le monde entier nous envie », déplore Damien Regnard (LR)

Alors qu’une grève commence ce jeudi au Quai d’Orsay, la suppression du corps diplomatique, dans le sillage de la réforme de la haute fonction publique du précédent quinquennat, continue de faire débat. L’extinction des grands corps d’Etat pose la question de la spécialisation des hauts fonctionnaires, en particulier dans un secteur aux enjeux si spécifiques.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les diplomates ne sont pas la corporation qui nous a le plus habitués à de vastes mouvements de grève, mais aux grands maux, les grands remèdes. Pour la première fois depuis 2003, les syndicats des agents du ministère des Affaires étrangères ont en effet déposé un préavis de grève. Après la réforme de l’ENA et la suppression du corps préfectoral, Emmanuel Macron continue sa réforme de la haute fonction publique et l’extinction des grands corps d’Etat, avec la suppression du corps diplomatique. Le but est de créer un corps unique des administrateurs de l’Etat pour diversifier les carrières et les profils des hauts fonctionnaires. Au Sénat, on s’était très vite inquiété d’une potentielle perte de compétence des diplomates français, comme eux-mêmes le dénonçaient dans une tribune au Monde, et d’une potentielle politisation des nominations dans le corps diplomatique. Une mission d’information a été lancée il y a quelques semaines sous la présidence de Jean-Pierre Grand, sénateur LR soutien d’Emmanuel Macron, et André Vallini, sénateur PS. Ils ont mené plusieurs auditions, et leurs conclusions devraient être connues avant « cet été », mais ils refusent pour le moment de commenter des travaux en cours.

>> Pour en savoir plus : La suppression du corps diplomatique inquiète au Sénat, une mission d’information sur les rails

« Vous mettez demain quelqu’un un peu bourru ou qui arrive sans trop savoir au Venezuela, la personne va faire 15 jours »

Damien Regnard, sénateur LR représentant les Français établis hors de France, confie être « préoccupé » des répercussions de la réforme sur la qualité de la diplomatie française : « Pour faire de la diplomatie, il faut une compétence que vous ne pouvez pas acquérir en une semaine de stage avant de partir. Il faut des gens qui savent naviguer dans les services de l’Etat où ils arrivent, au sein de nos communautés sur place, et de leur propre administration. » D’après lui, on ne naît pas diplomate, on le devient, et ça ne s’invente pas : « Vous mettez demain quelqu’un un peu bourru ou qui arrive sans trop savoir au Venezuela, la personne va faire 15 jours. Il faut travailler en opposition au régime Chávez tout en maintenant sa position et un minimum de dialogue. Si vous rentrez en conflit frontal, vous ne restez pas 15 jours, c’est arrivé à certains collègues européens. » Or, il est vrai qu’avec la réforme de la haute administration, des diplomates actuels pourraient à la fois occuper d’autres postes, et d’autres hauts fonctionnaires pourraient ensuite devenir ambassadeurs ou Premier conseiller.

« C’est un massacre d’un outil de notre diplomatie, que le monde entier nous envie », s’insurge Damien Regnard. Selon lui, la diplomatie est une mission très spécifique, « un sacerdoce », pas « une promenade de santé » après laquelle on reviendrait dans son ministère d’origine. Surtout dans des pays « à hauts risques », où les diplomates « ont des carrières passionnantes » et « demandent rarement à se retrouver au Vatican. » Le sénateur des Français de l’étranger « ne dit pas qu’un sous-préfet va faire n’importe quoi », il voit « plus de complémentarités entre le ministère de la Santé et les Affaires sociales par exemple. » Parce que c’est bien la question de cette réforme de la haute fonction publique : est-ce que chaque « corps » d’Etat nécessite des compétences si spécifiques qu’il faut y faire carrière toute sa vie, ou bien changer de type de missions pourrait-il améliorer le fonctionnement de l’Etat en diversifiant les profils et en permettant des transferts de compétences entre « corps » ? « Je ne suis pas pour le statu quo » répond Damien Regnard, « mais j’espère que l’on donnera le temps aux diplomates de faire quelques propositions, on a le droit d’être intelligent. »

« Le Quai d’Orsay n’est pas si fermé »

Pour lui, le corps diplomatique met en jeu des compétences spécifiques, comme « une culture de la langue », qui permet « d’en apprendre une en quelques semaines pour nouer des liens avec les interlocuteurs du pays », ou bien la connaissance des appareils d’Etat où l’on effectue sa mission. D’autant plus que le corps diplomatique ne serait pas si « fermé » : « Vous avez de nombreux spécialistes à qui le Quai d’Orsay fait appel pour travailler sur des domaines spécifiques, comme la transition écologique ou les nouvelles technologies, souvent sur le statut de contractuel. C’est aussi un corps qui s’est féminisé, la diversité des profils est déjà importante. »

Damien Regnard se fait peu d’illusion sur le mouvement de grève qui démarre demain au Quai d’Orsay : « C’est vrai qu’il n’est pas dans l’habitude du Quai d’Orsay de faire des grandes grèves. Ils savent que c’est symbolique et que cela va être peu couvert, ils ne vont pas bloquer la France. Des mesures plus radicales ont été envisagées, mais elles auraient pu avoir des conséquences dommageables pour l’image de la France ou même mettre les diplomates dans une position délicate. » Le profil de Catherine Colonna, ancienne ambassadrice de France au Royaume-Uni, rassure plutôt le sénateur des Français établis hors de France, mais, pour le moment, la nouvelle cheffe de la diplomatie française n’a pas évoqué d’éventuelles inflexions de la réforme du corps diplomatique.

Partager cet article

Dans la même thématique

Meeting of Candidate in France’s 2027 presidential election, Jean-Luc Melenchon in Le Bourget
8min

Politique

« Il est l’heure de tout changer » : au Bourget, LFI met en scène sa « Nouvelle France » 

À l’occasion de la présentation de la nouvelle édition de L’Avenir en commun, samedi 7 novembre, La France insoumise a transformé le Bourget en théâtre de campagne. Scénographie immersive, démonstration de force militante et discours de Jean-Luc Mélenchon résolument tourné vers la jeunesse, le mouvement entend faire de son programme le premier acte de la présidentielle de 2027. Reportage

Le

Suppression du corps diplomatique : « C’est le massacre d’un outil que le monde entier nous envie », déplore Damien Regnard (LR)
6min

Politique

Mobilisation de la jeunesse : « Nous avons construit un État-providence qui fonctionne seulement pour les adultes », reconnaît cette eurodéputée

Une Europe en ébullition sociale. De la France à l'Italie, en passant par la Belgique, la Grèce ou l'Allemagne, une vague de contestation secoue les capitales de l'Union. Nés de mouvements lycéens et étudiants initiés en France, ces soulèvements traduisent un malaise profond touchant l'avenir de la jeunesse, la crise du logement et l'effritement du pouvoir d'achat. Face à ce front commun qui surprend les gouvernements européens, des syndicats et des associations issus de sept pays appellent à des manifestations coordonnées pour la fin du mois de novembre.

Le

France : Edouard Philippe visits Zuydcoote to discuss immigration
10min

Politique

« La fébrilité est de leur côté, pas du sien » : sous pression du camp Attal et Retailleau, Edouard Philippe reste droit dans ses bottes et refuse la primaire

Après Gabriel Attal et David Lisnard, Bruno Retailleau s’est rangé à l’idée de primaire de la droite et du centre, au point de commencer à y travailler. Si le candidat Horizons ne change pas d’avis, « il portera seul la responsabilité de la division », prévient Laurence Garnier, porte-parole de Bruno Retailleau. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Trump ou Poutine, ce n’est pas celle des candidats mal partis qui fera fléchir Edouard Philippe », rétorque Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe…

Le