Suspension du vaccin AstraZeneca : les sénateurs partagés entre « surprise », « incertitude » et « incompréhension »
Lundi, le Président de la République a annoncé la suspension du vaccin AstraZeneca jusqu’à ce mardi après-midi en attendant un avis de l’Agence européenne du médicament. Une décision qui a interloqué les sénateurs. Ce mardi, l’Agence reste « fermement convaincue » des bénéfices du vaccin AstraZeneca contre le covid-19.

Suspension du vaccin AstraZeneca : les sénateurs partagés entre « surprise », « incertitude » et « incompréhension »

Lundi, le Président de la République a annoncé la suspension du vaccin AstraZeneca jusqu’à ce mardi après-midi en attendant un avis de l’Agence européenne du médicament. Une décision qui a interloqué les sénateurs. Ce mardi, l’Agence reste « fermement convaincue » des bénéfices du vaccin AstraZeneca contre le covid-19.
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Par Pierre Maurer

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Les sénateurs sont des Français comme les autres, baignés dans l’incertitude d’une période sans fin. « Je commence « légèrement » à m’inquiéter ayant été vacciné jeudi dernier avec l’AstraZeneca », s’est ainsi alarmé sur Twitter le sénateur LR Alain Cadec. Dimanche soir, Jean Castex - en direct sur Twitch - pousse les Français à se faire vacciner avec le vaccin AstraZeneca. Lundi, le Président de la République prend la décision de suspendre les vaccinations jusqu’à mardi après-midi avec ledit vaccin, suspecté de causer des effets indésirables, comme des caillots sanguins, dans l’attente d’un avis de l’Agence Européenne du médicament. Depuis, le ministre de la Santé Olivier Véran, comme le « Monsieur vaccin » du gouvernement Alain Fischer, se sont appliqués à rassurer les Français. Finalement, ce mardi après-midi, la directrice de l’Agence européenne a indiqué rester « fermement convaincue » des bénéfices du vaccin AstraZeneca contre le covid-19. L’institution tiendra une « réunion extraordinaire » jeudi pour statuer définitivement. Les sénateurs restent quant à eux interloqués.

« Je suis comme tous les Français, je n’y comprends plus rien »

« C’était une grande surprise parce qu’il y avait une bonne dynamique engagée sur ce vaccin après un démarrage difficile. Les gens reprenaient confiance, on commençait à vacciner dans les cabinets médicaux. Là brutalement, boom, ça tombe », souffle encore un peu abasourdi Jean-François Rapin. Sénateur LR du Pas-de-Calais et médecin de profession, il n’a pourtant pas observé « d’augmentation considérable des effets secondaires », ni dans les chiffres, ni dans sa patientèle. « Je suis convaincu qu’il ne cause pas de problème », insiste-t-il.

« J’accepte la décision. De là à la comprendre, je suis comme tous les Français je n’y comprends plus rien », confie un peu déboussolé Patrick Kanner. D’autant plus que la communication du gouvernement est, selon le président des sénateurs socialistes, illisible. « Quand vous écoutez Olivier Véran il y a quelques jours, Castex sur Twitch, et la brutalité de la décision que l’on peut admettre du Président de la République, on crée une nouvelle fois de l’anxiété. J’ai envie de dire au gouvernement : il faut que l’on sache où l’on va ! Si ce vaccin pose des problèmes, il a eu raison de le retirer provisoirement. Je mesure l’interrogation personnelle. J’espérais être prochainement vacciné avec ce vaccin. Même mon médecin m’a dit : « Bah écoute si j’ai une dose on va pouvoir te l’administrer ». Là aujourd’hui, personne ne comprend plus rien », répète-t-il.

Président des sénateurs centristes, Hervé Marseille est plus compréhensif. « « Je peux comprendre la réaction du chef de l’Etat. J’imagine que ce n’est pas de gaieté de cœur. C’est un mauvais coup pour la France, déjà en retard dans la vaccination, et pour l’Europe en Général. C’est aussi un mauvais coup pour tous ceux qui se sont déjà fait vacciner avec l’AstraZeneca et qui doivent se poser des questions sur la situation actuelle. L’urgence est de faire en sorte que l’industrie pharmaceutique honore ses contrats. La seule façon de combattre ce virus, c’est de vacciner les gens. Sinon c’est le confinement », prédit-il. Présidente LR de la commission des Affaires sociales, Catherine Deroche estime que « la France n’avait pas le choix, à partir du moment où des pays européens suspendaient dans l’attente de la décision européenne ». Mais elle reste inquiète par les dissonances au sein du gouvernement en moins de 24 heures.

« La population ne peut plus avoir confiance dans le message porté par l’Etat »

Un point de vue partagé par Jean-François Rapin, usé par les revirements successifs du gouvernement. « La population ne peut plus aujourd’hui avoir confiance dans le message porté par l’Etat ! », tonne-t-il. Il détaille : « Entre le Président de la République et son Premier ministre, en 12 heures on peut avoir un changement de cap qui est considérable. C’est un effet de méfiance que la population reçoit de façon très négative. Mais ça date du début de la crise. Comment pouvait-on entendre le professeur Raoult qui claquait la porte du Conseil scientifique et le lendemain le Président de la République qui se rendait chez lui avec les caméras de télés ? Ce sont des messages complètement incompréhensibles pour la population. Je suis comme la population : dans l’incertitude permanente et ça continue… »

Patrick Kanner fustige, lui, l’isolement du pouvoir. « À force de vouloir tout gérer seul dans son Conseil de défense en absence totale de transparence… C’est Jupiter qui est foudroyé par beaucoup d’hésitations. C’est difficile partout mais on a l’impression que c’est encore plus compliqué en France. Cette bunkerisation du pouvoir dans cette crise montre ses limites ! », cingle l’ancien ministre de François Hollande. Il souhaite que la mission d’information du Sénat sur le covid-19 auditionne de nouveaux des experts pour faire la lumière sur ce vaccin. Il ajoute : « On peut imaginer que le gouvernement vienne s’expliquer devant le Parlement, au travers de l’article 50-1 de la Constitution, suivi d’un éventuel vote ».

 

« C’est comme ça depuis le début de l’épidémie : Emmanuel Macron annonce ce qu’il veut, quand il veut sans tenir compte de l’avis de ses ministres. Rien ne me surprend en Macronie ! Ça a toujours été comme ça. À force on s’habitue ! », déplore dans un sourire Catherine Deroche.

« On repart de zéro »

Les élus de la Chambre Haute désespèrent surtout de voir la confiance dans le vaccin - difficilement acquise ces derniers mois - tomber au plus bas. « Au départ l’AstraZeneca, on lui donnait une efficacité moindre. Mais c’est rentré dans l’ordre. Là, pouf, la défiance peut revenir ! », alerte Catherine Deroche. « Cela porte un coup à la confiance donné dans ce vaccin. Mais on observe quand même que les gens ont envie de se faire vacciner. On voit les images de la vie qui reprend en Israël où la vaccination a été très large. C’est le seul espoir que l’on ait en l’absence de traitement plus efficace », se rassure-t-elle.

Jean-François Rapin : "La population ne peut plus avoir confiance dans le message porté par l’Etat"
02:18

Jean-François Rapin demeure très pessimiste. « Il y a un principe de précaution qui est posé, il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps. En tout cas, tout le travail que l’on avait fait depuis des semaines de remise en confiance de la vaccination, il vient de s’effondrer comme un château de cartes et il faut reprendre le travail à zéro », regrette-t-il. Alors qu’Emmanuel Macron recevait ce mardi le Conseil scientifique, Jean Castex accueillera mercredi soir les présidents des groupes parlementaires pour un point d’étape. L’occasion de dissiper les doutes sur le vaccin, espèrent-ils, au moment où le pays entre dans une « forme de troisième vague ».

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