Trois ans après Lubrizol, la prévention des risques toujours en question
Plusieurs années après l’incendie de Lubrizol, les inspections des sites industriels à risque sont en déclin, contrairement aux annonces de la ministre de la Transition écologique de l’époque, Élisabeth Borne et des recommandations de la commission d’enquête du Sénat. Les élus attendent maintenant des réponses du gouvernement.  

Trois ans après Lubrizol, la prévention des risques toujours en question

Plusieurs années après l’incendie de Lubrizol, les inspections des sites industriels à risque sont en déclin, contrairement aux annonces de la ministre de la Transition écologique de l’époque, Élisabeth Borne et des recommandations de la commission d’enquête du Sénat. Les élus attendent maintenant des réponses du gouvernement.  
Simon Barbarit

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Moins d’effectifs et moins de contrôles, c’est le constat alarmant d’une enquête du quotidien Libération intitulé : « Trois ans après Lubrizol, la prévention toujours plombée ».

Ce sont d’abord, les effectifs des agents en charge du contrôle des ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement) en poste en 2019 qui se sont progressivement réduits, passant de 1 590 en 2019 à 1 557 en 2020 et 1529 en 2021.

Les inspections des 500 000 ICPE, parmi lesquels 1 300 sites Seveso classés à haut risque, suivent la même pente. Rappelons que suite à l’incendie de l’usine de Lubrizol à Rouen survenu le 26 septembre 2019, le gouvernement avait fixé un objectif de 25 000 contrôles en 2022 contre 18 000 en 2018. Si 22 083 ont été effectués en 2021, seules 14959 inspections ont eu lieu pour cette année, indique le quotidien.

Lire notre article. AZF : 20 ans après, où en est-on de la prévention des risques industriels ?

Quand Élisabeth Borne voulait doubler les contrôles, sans doubler les effectifs

Pourtant, l’incendie de Lubrizol devait marquer un tournant dans la culture du risque. Il fallait aller vite. Un plan d’action de « prévention et gestion des risques industriels, post-incendie de Lubrizol », était même présenté par la ministre de la Transition écologique de l’époque, Élisabeth Borne, avant les conclusions de la commission d’enquête du Sénat lancée dans la foulée de l’incendie.

Devant la presse, l’actuelle Première ministre lançait un objectif pour le moins ambitieux. Augmenter de 50 % d’ici la fin du quinquennat, le nombre de contrôles des installations ICPE sans renforcer les effectifs. Pour ce faire, Élisabeth Borne misait sur « un allègement des tâches administratives ».

Lire notre article. Lubrizol : la commission d’enquête du Sénat pointe « des angles morts inacceptables »

De quoi faire tiquer les membres de la commission d’enquête du Sénat. « On lui avait dit que doubler les contrôles sans doubler les effectifs, c’était impossible. Elle est finalement revenue dessus même si la création de 50 postes supplémentaires a pris plus temps que prévu », se rappelle le président de la commission d’enquête, Hervé Maurey (centriste).

En effet, lors de l’examen du dernier budget, le gouvernement était vivement interpellé sur ce point. Un amendement du sénateur centriste, Pascal Martin permettait le recrutement de 20 postes manquants ».

« Il aura fallu attendre deux ans et non « dès 2021 » comme l’avait affirmé la ministre, pour constater la hausse de 50 postes d’inspecteurs des ICPE », constate un rapport d’information sénatorial sur la prévention des risques industriels, réalisé par Pascal Martin et remis en début d’année.

« Nous n’avons pas de culture du risque, industriel, climatique et sanitaire »

« Les enveloppes budgétaires sont là. Nous faisons face à une problématique d’attractivité », se défend le cabinet du ministère dans Libération.

« Les syndicats nous avaient alertés du manque d’effectifs lors de nos auditions. Moi-même, j’étais inquiète du manque de moyens lors des derniers budgets. Ce que j’apprends ne va pas me rassurer. D’une manière ou d’une autre, nous allons questionner le gouvernement », promet la rapporteure de la commission d’enquête, Nicole Bonnefoy. « Tout ce qui touche à la prévention en France est en deçà. Nous n’avons pas de culture du risque, industriel, climatique et sanitaire », ajoute-t-elle.

L’article fait également état de trois ou quatre heures d’inspection sur une installation classée contre plusieurs jours auparavant. « Ce qu’il s’est passé à Lubrizol a été l’illustration du manque de suivi dans les contrôles. Des inspections avaient fait état de manquement les mois précédant l’incident mais les prescriptions n’avaient pas été suivies d’effet », rappelle Hervé Maurey, bien décidé lui aussi à interpeller le gouvernement le plus rapidement possible.

Pour plus d’informations, notre dossier sur le sujet.

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