Un budget 2020 sur fond de « gilets jaunes » et de ralentissement mondial
Le gouvernement, qui veut convaincre les Français qu'il a entendu leurs revendications après la crise des "gilets jaunes", a dévoilé jeudi un...

Un budget 2020 sur fond de « gilets jaunes » et de ralentissement mondial

Le gouvernement, qui veut convaincre les Français qu'il a entendu leurs revendications après la crise des "gilets jaunes", a dévoilé jeudi un...
Public Sénat

Par Marie HEUCLIN

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le gouvernement, qui veut convaincre les Français qu'il a entendu leurs revendications après la crise des "gilets jaunes", a dévoilé jeudi un projet de budget 2020 de soutien au pouvoir d'achat, dans un contexte de ralentissement attendu de la croissance.

La crise des "gilets jaunes" et les inquiétudes sur l'économie mondiale "nous amènent à prendre des décisions qui favorisent l'investissement et la consommation", a défendu le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse à la veille de la présentation du projet de loi de finances en conseil des ministres.

Le gouvernement prévoit ainsi plus de 9 milliards d'euros de réduction d'impôts pour les Français, notamment via la baisse de 5 milliards d'euros de l'impôt sur le revenu qu'avait promise le président de la République Emmanuel Macron à l'issue du "grand débat national".

En parallèle, la suppression de la taxe d'habitation va se poursuivre et concerner l'an prochain 80% des ménages, soit un gain de plus de 3 milliards d'euros pour les contribuables concernés.

Ces mesures censées soutenir le pouvoir d'achat ont aussi pour but d'alimenter une croissance économique menacée par le ralentissement de l'économie mondiale et les incertitudes liées aux tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine et le Brexit.

- économies réduites -

Prévisions du gouvernement issues du projet de loi de finances 2020
Prévisions du gouvernement issues du projet de loi de finances 2020
AFP

Le gouvernement a ainsi revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2020, à 1,3%, contre 1,4% prévu initialement. La France fera ainsi moins bien que cette année, où le produit intérieur brut (PIB) est attendu en hausse de 1,4%, même si elle devrait mieux résister que ses voisins.

"La politique économique que nous menons (...) donne des résultats. Elle permet à nos entreprises de résister (...) et elle permet surtout aux Français de commencer à toucher les bénéfices de leur travail", a plaidé M. Le Maire.

Dans ce contexte, l'équation budgétaire a été compliquée à boucler pour l'exécutif, qui a dû infléchir son effort de baisse du déficit et de réduction des dépenses publiques.

Côté économies, le projet de loi de finances confirme toutefois le quasi gel de la plupart des prestations sociales (allocations familiales, aides personnalisées au logement, etc.)

En revanche, après avoir déjà accepté de réindexer sur l'inflation les pensions de retraites de moins de 2.000 euros, le gouvernement a dû abandonner in extremis la réduction d'un avantage pour les seniors qui emploient une aide à domicile, face aux protestations jusque dans sa majorité.

De leur côté, les entreprises verront certaines niches fiscales progressivement supprimées (gazole non routier, déduction forfaitaire spécifique).

L'impôt sur les sociétés, mesure phare de la politique de soutien aux entreprises déployée par Emmanuel Macron au début de son quinquennat, va bien baisser, mais moins vite que prévu.

Au total, les entreprises contribueront à hauteur de 1,3 milliard d'euros aux économies, mais elles verront globalement leurs prélèvements se contracter d'un milliard d'euros, a assuré Bercy.

En réponse aux critiques du patronat sur ces mesures, Bruno Le Maire a défendu la "constance" du gouvernement dans son soutien à la compétitivité des entreprises.

- "acte politique" -

Les effectifs de la fonction publique
Les effectifs de la fonction publique
AFP

La fonction publique d’État sera elle finalement moins mise à contribution, avec seulement 47 postes supprimés pour l'ensemble des agents de l’État et des opérateurs ayant mission de service public. Mais les évolutions sont très variables d'un ministère à l'autre, l'Intérieur et la Justice étant les grands gagnants et la Transition écologique et la Cohésion des territoires les grands perdants.

Au cours du quinquennat, 10.500 postes seront supprimés, loin des 50.000 prévus dans le programme présidentiel, a annoncé le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.

Conséquence: le déficit va bien baisser l'an prochain, après le pic atteint cette année (3,1%), mais il se situera à 2,2% du PIB, contre 2% initialement prévu par le gouvernement. Surtout, le déficit structurel (hors éléments exceptionnels et évolution de la conjoncture) restera stable, et la dette publique va à peine baisser à 98,7% du PIB, après un bond à 98,8% cette année.

La dette publique dans la zone euro
La dette publique dans la zone euro
AFP

Une situation pointée par le Haut conseil des finances publiques. Dans un avis à paraître vendredi mais dont l'AFP a eu une copie, il regrette un effort "pratiquement nul" pour respecter la trajectoire initiale du déficit structurel.

Mais Bruno Le Maire a défendu les choix du gouvernement: "Vous faites un budget en fonction de priorités économiques et d'une situation économique et sociale", a-t-il insisté, défendant un "acte politique" dans un contexte de crise sociale.

Il a aussi assuré que le rétablissement des finances publiques restait la "ligne stratégique" du gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Un budget 2020 sur fond de « gilets jaunes » et de ralentissement mondial
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le