Myriam El Khomri annoncera lundi la hausse du Smic au 1er janvier. Elle doit trancher entre le "coup de pouce" réclamé par un front syndical CGT-FO-CFTC et les préconisations du groupe d'experts sur le Smic, qui le déconseillent.
La ministre du Travail révèlera lundi matin la hausse du salaire minimum, lors d'une réunion de la Commission nationale de la négociation collective (CNNC). Elle n'a, pour l'heure, rien laissé filtrer de ses intentions.
Le salaire minimum s'élève aujourd'hui à 1.466,62 euros bruts mensuels (9,67 euros de l'heure) et 1.141,61 euros nets, pour 35 heures hebdomadaires. Lors de sa dernière revalorisation, au 1er janvier 2016, le Smic avait augmenté de 0,6%. La dernier coup de pouce remonte au 1er juillet 2012, au lendemain de l'élection de François Hollande. Le salaire minimum avait alors été revalorisé de 2%, au lieu de 1,4%.
Le groupe d'experts, consulté avant chaque revalorisation annuelle, s'est prononcé, cette année encore, contre un "coup de pouce". "Aller au-delà de la formule légale d'indexation introduirait un risque de déstabilisation à partir d'une situation (économique) encore fragile", juge-t-il, appelant "à la prudence et à la modération".
L'instance consultative, composée d'économistes, préfère une hausse de la prime d'activité, qui serait plus "efficace" pour lutter contre la pauvreté.
En l'absence de coup de pouce, le Smic bénéficie chaque année, au 1er janvier, d'une revalorisation mécanique, calculée en fonction de deux critères: l'inflation hors tabac pour les ménages les plus modestes et la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire de base ouvriers et employés (SHBOE).
Selon une estimation de l'AFP, ce calcul mènerait à une hausse de 0,9% ou de 1%, en fonction de l'arrondi que le gouvernement déciderait d'appliquer. Le salaire minimum horaire passerait ainsi de 9,67 euros à 9,76 ou 9,77 euros bruts. Cela équivaudrait à une hausse de 13,65 ou 15,17 euros mensuels pour un temps plein.
- "Revenu de dignité" -
Mais trois syndicats - la CGT, FO et la CFTC - demandent au gouvernement d'aller au-delà.
La CGT plaide pour un Smic à 1.800 euros bruts, tandis que FO place sa cible à "80% du salaire médian", soit 1.426,40 euros nets. De son côté, la CFTC souhaite tendre, salaire et prestations sociales confondus, vers un "revenu de dignité", évalué à entre 1.400 et 1.600 euros nets par mois pour une personne seule.
La ministre du Travail Myriam El Khomri à Paris le 10 décembre 2016
AFP/Archives
"Il y a urgence à réorienter les richesses créées par le travail vers les salaires", exige Boris Plazzi (CGT). Marie-Alice Medeuf-Andrieu (FO) juge, elle, qu'"un coup de pouce créerait une dynamique de négociations salariales dans les branches professionnelles et dans les entreprises".
La CFDT et la CFE-CGC, quant à elles, se contenteront de la revalorisation automatique du Smic.
Pour Véronique Descacq (CFDT), la hausse du salaire minimum "n'est pas la réponse aux questions de pouvoir d'achat". "Le Smic doit être un salaire d'entrée quand on n'est pas qualifié, mais il faut faire en sorte, par la progression de carrière, que les gens n'y restent pas", estime-t-elle.
Quant à la CFE-CGC, elle prône une réflexion sur l'ensemble de l'éventail des salaires. "A trop remonter la base sans remonter le reste de la grille, cela peut avoir un effet néfaste sur la montée en compétences des salariés", explique Gilles Lecuelle.
Le syndicat de l'encadrement revendique, par ailleurs, l'instauration d'un salaire minimum de 3.218 euros bruts pour les salariés non cadres au forfait-jours, et de 3.549,24 euros pour les cadres.
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