« Un débat bien français »: Edouard Philippe dans le chaudron d’une réunion citoyenne

 
"Un débat bien français": Edouard Philippe s’est à son tour frotté vendredi soir au chaudron souvent "passionné" d’une réunion...

« Un débat bien français »: Edouard Philippe dans le chaudron d’une réunion citoyenne  

"Un débat bien français": Edouard Philippe s’est à son tour frotté vendredi soir au chaudron souvent "passionné" d’une réunion...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Un débat bien français": Edouard Philippe s’est à son tour frotté vendredi soir au chaudron souvent "passionné" d’une réunion citoyenne du grand débat national à Sartrouville (Yvelines), au lendemain de l’exercice d’Emmanuel Macron dans la Drôme.

Resté en retrait jusque-là, au point de susciter des interrogations sur son implication, le Premier ministre a débarqué vers 21H00 dans une salle communale de banlieue parisienne, où 100 à 150 personnes participaient à une réunion citoyenne relayée notamment par la députée LREM de la circonscription, Yaël Braun-Pivet.

L'ancien maire du Havre "en fera le plus souvent possible et dans des formats très différents, car il y a presque autant de formules que de débats: des petits, des grands, en ville ou à la campagne, avec ou sans la presse. Au moins deux à trois fois par semaine, plus si possible", selon Matignon.

Quelques huées et quelques applaudissements à son arrivée: loin d'être un bastion macroniste, l'assemblée réunit des profils très divers, dans une banlieue à deux visages qui rassemble classes aisées et cités populaires. Un seul porte son "gilet jaune", quelques autres raconteront avoir manifesté. Peu de jeunes, pas mal de retraités.

Suivent une bonne heure et demie de questions, de coups de gueule, de témoignages, entre suggestions politiques (une nouvelle tranche d'impôt pour les plus riches, un quorum pour les votes à l'Assemblée, un impôt à la source pour les multinationales et les géants de l'Internet...) et un fouillis d'histoires personnelles ou locales, entre la salle de prière fermée de la cité ou la mère célibataire qui conteste le placement de ses enfants.

"Vous venez avec vos témoignages personnels, mais la vision elle est où la vision? Trouvons-nous bon sang quelque chose en commun!", s'agace un des participants.

- "Le RIC, ça me hérisse" -

Edouard Philippe note consciencieusement sur un cahier. Les modérateurs se battent pour récupérer les micros, la salle applaudit souvent les questions, bruisse de désapprobation quand quelqu'un propose un référendum pour sortir la France de l'Union européenne, on réclame la parole - "deux minutes" - pour soi ou pour son voisin...

"On a un débat bien francais, passionné, parfois ça chauffe un peu, mais c'est comme ça, c'est normal", s'amuse Edouard Philippe. "On est dans un pays où un vendredi soir, - à 11 heures moins le quart ! - il y a des femmes, des hommes qui considèrent que c'est important de parler ensemble de ce qu'ils souhaitent pour leur pays. Rien que ça, ça devrait nous donner la pêche".

Le Premier ministre dit qu'il est surtout venu pour écouter, qu'il n'a pas réponse à toutes les questions. "Moi j'ai jamais aucun problème à dire: +je me suis trompé+", assure-t-il en défendant la suppression de l'ISF ou en reconnaissant que la fiscalité française est d'une "complexité horrible".

Sur un point le Premier ministre exprime clairement son avis "personnel": le référendum d'initiative citoyenne, l'une des revendications les plus portées depuis le début de la mobilisation des "gilets jaunes".

"Le RIC, ça me hérisse". "Si on fait ça, on rentre dans une mécanique qui est terrible, où on passe son temps à remettre en cause des choses" votées, plaide-t-il.

L'heure tourne, la parole se détend: "les élus sont pas là pour s'en mettre plein les fouilles". "Gouverner c'est choisir, et comme disait ma grand-père, choisir c'est renoncer", distille Philippe.

Ici, pas de question sur les 80 km/h, comme lors des débats du président en zone rurale.

Le Premier ministre conclut par un satisfecit. "C’est la gloire d’un pays de pouvoir échanger, ne pas être d’accord, et de pouvoir engueuler ceux qui sont censés prendre les décisions. Et d'ailleurs je me suis pas fait engueuler". Des "pas encore!" fusent.

"Il y a des gens qui sont pas du tout d'accord avec ce qu'on fait, et ils l'ont dit, et il y a un moment où ça s'est un peu chauffé, c'est vrai. Mais c'est vachement respectueux quand même, on peut parler, disons-le", se rassure-t-il.

Dehors, à la sortie de la salle, quelques gilets jaunes hurlent "Macron, démission!". Le Premier ministre s'engouffre dans sa voiture. Samedi, c'est l'acte 11.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Un débat bien français »: Edouard Philippe dans le chaudron d’une réunion citoyenne

 
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

« Un débat bien français »: Edouard Philippe dans le chaudron d’une réunion citoyenne

 
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

« Un débat bien français »: Edouard Philippe dans le chaudron d’une réunion citoyenne

 
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le