« Un irresponsable n’est plus un citoyen » : « La phrase la plus inquiétante de Macron en réalité », selon Jérôme Sainte Marie
Les propos d’Emmanuel Macron, qui veut « emmerder » les non-vaccinés, est « une stratégie d’évitement des sujets économiques et sociaux via le covid », « on ne parle plus du reste pendant ce temps-là », selon le sondeur Jérôme Sainte Marie. Le président de PollingVox trouve surtout « sidérante » la phrase « un irresponsable n’est plus un citoyen ». C’est « une forme de déchéance de la citoyenneté totalement subjective », estime le sondeur.

« Un irresponsable n’est plus un citoyen » : « La phrase la plus inquiétante de Macron en réalité », selon Jérôme Sainte Marie

Les propos d’Emmanuel Macron, qui veut « emmerder » les non-vaccinés, est « une stratégie d’évitement des sujets économiques et sociaux via le covid », « on ne parle plus du reste pendant ce temps-là », selon le sondeur Jérôme Sainte Marie. Le président de PollingVox trouve surtout « sidérante » la phrase « un irresponsable n’est plus un citoyen ». C’est « une forme de déchéance de la citoyenneté totalement subjective », estime le sondeur.
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« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder ». Ces quelques mots d’Emmanuel Macron, dans une interview face à des lecteurs du Parisien, déchaînent les passions. Selon le sondeur Jérôme Sainte Marie, il s’agit de propos « calculés » pour tenter de piéger Valérie Pécresse et la droite sur la question de la vaccination.

Surtout, cela permet « d’entretenir indéfiniment jusqu’à la présidentielle le feuilleton du covid-19 » et ainsi « dépolitiser la campagne présidentielle. On ne parle plus du reste pendant ce temps-là », estime le président de l’institut PollingVox. Mais pour Jérôme Sainte Marie, la « phrase la plus inquiétante en réalité », c’est « un irresponsable n’est plus un citoyen ». « Là, on touche à la question des libertés individuelles et du respect de l’Etat de droit. C’est un vrai problème », pointe le sondeur. Entretien.

Emmanuel Macron veut « emmerder » les non-vaccinés. Est-ce la petite phrase, la provocation de trop qui va lui coûter cher ? Ou une stratégie électorale sciemment calculée ?

A partir du moment où c’est une interview retranscrite, et sûrement relue, c’est bien sûr un propos délibéré. A ce stade, pour un Président en exercice, et qui plus est à quelques mois de la présidentielle, bien sûr que c’est un propos qui est calculé. Ça correspond à une stratégie. Celle de s’appuyer avant tout sur les catégories qui lui sont favorables, et elles sont très massivement en faveur du vaccin et du contrôle social représenté par le passe sanitaire. Et globalement, une majorité de Français est favorable au vaccin. Il essaie de créer une polarité entre les pros et anti-vaccins.

Ensuite, ça lui permet, un peu comme avec le drapeau européen, de mettre dans une situation difficile la droite classique, Valérie Pécresse, qui est son principal risque pour le second tour. L’épisode du drapeau a été compliqué pour Valérie Pécresse et la droite en réalité, car il fallait qu’ils manifestent leur attachement au drapeau national, sans trop critiquer l’Europe, dont ils sont partisans. De la même manière, sur le passe vaccinal et cette affaire, il y a des critiques très vives sur la forme, mais sur le fond, alors que leur base est constituée de retraités sensibles à ces questions, ils ne peuvent pas aller trop loin dans leurs critiques.

Les macronistes voulaient il y a quelque temps présenter Emmanuel Macron comme le candidat de la raison. Est-ce aussi ici une manière directe d’incarner cette ligne, avec les vaccinés qui seraient dans le camp de la raison, contre les non-vaccinés ?

Oui, ça crée un débat sur un thème, où il peut apparaître comme un Président protecteur, et un Président de la raison, plus facilement que sur d’autres sujets. Il y a aussi un aspect beaucoup plus important dans cette provocation, c’est d’entretenir indéfiniment jusqu’à la présidentielle le feuilleton du covid. Ça permet d’entretenir sans cesse par des petites polémiques une querelle interminable sur un sujet médical, et de dépolitiser la campagne présidentielle. On ne parle plus du reste pendant ce temps-là.

Il y a des sujets, comme l’Europe ou d’autres, où le Président peut être impopulaire et minoritaire. S’il est réélu, on aurait sûrement des réformes qui polarisent. Il y a tout un train de réformes prévues. Parler de manière outrancière sur un autre sujet permet d’éviter que la campagne ne vienne sur le programme réel du prochain quinquennat. Il y a une stratégie d’évitement des sujets économiques et sociaux via le covid-19. Il y a les retraites, la fiscalité, la dette, tous ces sujets où le macronisme n’est pas forcément majoritaire.

Dans la forme, Emmanuel Macron ne fait-il pas un peu du Zemmour à la sauce macroniste, par une déclaration tonitruante qui va créer la polémique et occuper l’agenda ?

Non. On n’a pas attendu Eric Zemmour pour ça. Jean-Marie Le Pen a fait ça il y a 40 ans, ou Georges Marchais aussi. C’est assez classique. Après, il commet une petite faute, car ce n’est pas génial comme expression. Mais il le fait en espérant que la droite en fasse une bien plus grande. C’est comme sacrifier une pièce aux échecs.

Une autre phrase de l’interview passe un peu au second plan : « Un irresponsable n’est plus un citoyen ». On est ici au-delà de la volonté de cliver. Que cherche le chef de l’Etat en prononçant une telle phrase qui va très loin ?

C’est la phrase la plus inquiétante en réalité. Là, on touche à la question des libertés individuelles et du respect de l’Etat de droit. C’est un vrai problème. On a cette tension qui traverse tout le quinquennat (sur le sujet, lire aussi notre article « Les libertés publiques ont-elles reculé sous Macron ? »). On l’a vu au moment des gilets jaunes. C’est assez permanent. Ça a été dénoncé par des analystes, des juristes. Ce libéralisme économique et culturel n’est pas toujours un très grand libéralisme politique. Certains s’inquiètent pour les libertés publiques. Il y a eu beaucoup de projets de loi, ou l’idée du contrôle de l’information sur Internet, de censure en réalité. Il y a eu la répression judiciaire des gilets jaunes. Et là, vous avez cette phrase qui est véritablement sidérante. Le Président avait dit aussi qu’en démocratie, on doit discuter du vrai, pas du faux. Ce qui laisse entendre qu’une instance va décider de ce qu’on parle dans le débat public. Il y avait aussi la question sur les violences policières, dont on ne pouvait pas parler. Tout cela devrait inquiéter tout le monde dans la perspective des prochaines années. Cette phrase – « un irresponsable n’est plus un citoyen » – qui a donc été relue, indique une forme de déchéance de la citoyenneté totalement subjective. Le seul critère qui existe en République, c’est de respecter ou non la loi. On n’a pas trop parlé au début de cette phrase, mais là, les gens commencent à comprendre.

Dans l’interview, sa quasi-déclaration de candidature – « il n’y a pas de faux suspens. J’ai envie » – est éclipsée par la polémique. De ce point de vue, n’est-ce pas loupé ?

Tout le monde sait qu’il est candidat. C’est comme quand Eric Zemmour a annoncé sa candidature, tout le monde avait compris depuis longtemps. Pour le Président, il n’y a aucun doute. Il y a le précédent Hollande, mais sinon, les Présidents sortants sont candidats à leur réélection. Il n’y a pas de suspense.

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