Voeux : Macron en quête de mots pour reconquérir l’opinion
Lundi à 20 heures, Emmanuel Macron s'adressera aux Français pour la dernière fois d'une année éprouvante pour le président,...

Voeux : Macron en quête de mots pour reconquérir l’opinion

Lundi à 20 heures, Emmanuel Macron s'adressera aux Français pour la dernière fois d'une année éprouvante pour le président,...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

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Lundi à 20 heures, Emmanuel Macron s'adressera aux Français pour la dernière fois d'une année éprouvante pour le président, contraint plus que jamais de retracer des perspectives claires pour la suite de son quinquennat.

Confronté à la crise sans précédent des "gilets jaunes", le chef de l'Etat devrait, comme dimanche dernier, appeler à "l'ordre et la concorde" pour tenter d'apaiser les colères et relancer les réformes. Son allocution sera retransmise sur toutes les grandes chaînes de télévision.

Sa dernière prise de parole à grande échelle date du 10 décembre, lorsque, pressé par les revendications des "gilets jaunes", il a promis 10 milliards d'euros d'aides en faveur du pouvoir d'achat. Pour la première fois, il a dû reculer sur des décisions antérieures, comme la hausse des taxes sur les carburants. Plus de 23 millions de personnes l'avaient regardé, un record pour une intervention politique.

Cette fois, plus question d'annonces. L'enjeu est de trouver des mots capables de marquer "autorité et rassemblement", selon un de ses proches. Emmanuel Macron planchera certainement sur son texte jusqu'au dernier moment. Il a prévu d'enregistrer son message lundi en fin d'après-midi.

Il s'adressera à des Français qui dans une immense majorité lui sont aujourd'hui hostiles -- sa cote de popularité est à 27%, selon le dernier sondage BVA -- et certains ouvertement haineux, comme l'ont montré les simulacres de décapitation sur des ronds-points tenus par des gilets jaunes.

Il doit donc les convaincre qu'il est capable de montrer davantage d'écoute et de bienveillance, lui dont certaines phrases cassantes cette année continuent à choquer une partie de l'opinion, du "pognon de dingue" aux "Gaulois réfractaires".

"L'acte VII" des "gilets jaunes" samedi a montré un essoufflement de la mobilisation, mais les slogans -- "Macron démission" -- continuent de le viser personnellement .

Emmanuel Macron s'est fait extrêmement discret en décembre, dans ses rares sorties comme dans les médias. Sa destination de vacances a été tenue secrète par l'Elysée mais il a fait une apparition samedi dans les rues de Saint-Tropez et Port-Grimaud.

- Relancer les réformes -

Il n'a pas non plus durant ses congés, comme il l'avait fait cet été, pris son téléphone pour organiser une répartition entre pays européens des migrants en errance du bateau de l'ONG Proactiva Open Arms, refoulé par l'Italie et qui ont finalement pu accoster en Espagne.

Les voeux à la nation, cette tradition républicaine qu'il a maintenue, lui donnent enfin l'opportunité de parler de l'avenir, des réformes annoncées pour 2019, qui restent sa priorité, en particulier celle des retraites et de la fonction publique, mais aussi des nouvelles initiatives, à commencer par ce "grand débat national" prévu de janvier à mars avec lequel l'exécutif espère apaiser la colère des "gilets jaunes".

Le président pourrait rappeler lundi soir les limites de cet exercice, comme il l'avait déjà fait le 10 décembre : pas question de rejouer la présidentielle de 2017 ni de "détricoter" ce que le gouvernement et le Parlement ont mis en place depuis 18 mois.

Ces lignes rouges ne sont pas sans risque. Faute de résultats concrets, le "grand débat" pourrait entraîner de nouvelles frustrations et contestations. Quant à l'opportunité de lancer des "référendums d'initiative citoyenne", réclamés par une partie des "gilets jaunes" et par l'opposition, le président ne s'est pas encore prononcé.

Jusqu'à la fin du grand débat, qui abordera le sujet, Emmanuel Macron devra en tout cas retarder la réforme constitutionnelle à laquelle il reste très attaché.

Les débuts de 2019 recèlent d'autres embûches. Il faudra par exemple mettre en place la prime d'activité d'une centaine d'euros pour les petits salaires qui, contrairement à ce qu’annonçait le président, ne sera pas versées à tous les Smicards. Ceux qui sont en couple avec quelqu'un gagnant bien sa vie n'y auront pas droit.

L'effet de l'entrée en vigueur du prélèvement à la source, visible pour la première fois sur les feuilles de paie de fin janvier, est une autre inconnue. En pleine jacquerie fiscale, quel en sera l'impact sur l'état d'esprit des ménages, voire sur la consommation?

Une partie des "gilets jaunes", toujours mobilisés -- certains ont tenté d'entrer dans le fort de Brégançon, croyant y trouver le président - compte se faire entendre juste au moment des voeux présidentiels : un appel est lancé sur Facebook pour un rassemblement "festif et non violent" sur les Champs-Elysées à 20H00. Plus de 8.000 personnes annoncent déjà vouloir y participer.

La sécurité sera donc renforcée à Paris comme dans d'autres grandes villes où des appels ont été lancés, notamment sur le pont d'Aquitaine à Bordeaux, théâtre régulier d'affrontements avec les forces de l'ordre.

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