Ukraine : au regard des cartes « ce n’est pas une guerre européenne, mais une guerre russe »
Alors que les frontières à l’Est de l’Europe sont mises à mal par la Russie de Vladimir Poutine, lire des cartes pour comprendre le monde voici l’ambition cette semaine des deux invités de Guillaume Erner dans Livres & vous sur Public Sénat : Une historienne Nepthys Zwer qui signe avec Philippe Rekacewicz de « Cartographie radicale - Exploration » (Ed. de la découverte) et le président de l’Institut de géopolitique appliqué, Alexandre Negrus, co-auteur de l’« Atlas géopolitique du monde contemporain » (Ed. Ellipse).

Ukraine : au regard des cartes « ce n’est pas une guerre européenne, mais une guerre russe »

Alors que les frontières à l’Est de l’Europe sont mises à mal par la Russie de Vladimir Poutine, lire des cartes pour comprendre le monde voici l’ambition cette semaine des deux invités de Guillaume Erner dans Livres & vous sur Public Sénat : Une historienne Nepthys Zwer qui signe avec Philippe Rekacewicz de « Cartographie radicale - Exploration » (Ed. de la découverte) et le président de l’Institut de géopolitique appliqué, Alexandre Negrus, co-auteur de l’« Atlas géopolitique du monde contemporain » (Ed. Ellipse).
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Proposer une « cartographie radicale » du monde, qu’est-ce que cela signifie ? Pour Nepthys Zwer, il s’agit « d’une approche critique, expérimentale et alternative de la cartographie ». Cet ouvrage n’est donc pas un atlas tel que l’on pourrait le penser, ajoute-t-elle, mais il permet de montrer « comment fonctionne une carte, une carte en tant qu’image et ainsi mieux comprendre comment cet objet est construit et comment il est reçu ».
 

Ces cartes qui donnent à voir le monde

En superposant par exemple les cartes de la Belgique et des Pays-Bas sur celles du Rwanda et du Burundi, l’historienne cherche à nous faire comprendre, avec des références familières, deux pays européens que l’on connaît bien, la distance extraordinaire que les populations en fuite du Rwanda ont dû parcourir depuis 1996, conséquence du génocide des Tutsis. Redécouvrir la géographie d’un autre continent, l’Afrique, grâce à des exemples concrets plus proche de nous c’est donc l’un des apports de cette « cartographie radicale ».
Comprendre la géopolitique en temps de paix, mais aussi de guerre voici une autre fonction des atlas, complète Alexandre Negrus : « Les cartes donnent à lire et peuvent donner à comprendre aussi » explique-t-il.


« La géographie sert à faire la guerre »… mais aussi construire la paix

Le géographe Yves Lacoste explique : « La géographie sert à faire la guerre », rappelle Alexandre Negrus. Citation tristement d’actualité avec la représentation de la Russie, réalisée avant le début du conflit en Ukraine dans l’« Atlas géopolitique du monde contemporain ».
« Aujourd’hui, la Russie est un acteur qui compte sur la scène internationale, qui cherche à revenir sur le devant de la scène et cela se retrouve dans la cartographie : on découvre ainsi une Russie tournée vers certains pays d’Afrique avec qui elle souhaite collaborer notamment pour accroître son influence dans le monde et avec la Chine, autre allié pour ce pays ».

Une représentation qui n’est donc pas eurocentrée et qui permet de réfléchir sur l’actualité poursuit Nepthys Zwer : l’Ukraine, pays voisin se trouve comme « encerclée », « la guerre qui se joue aujourd’hui n’est donc pas une guerre européenne, mais une guerre russe au regard des cartes, puisque ce qui apparaît c’est l’immensité de la Russie et de la Chine face à une Europe plus petite et au poids économique relatif ».

Des cartes qui peuvent donc permettre de mieux comprendre le monde d’aujourd’hui, c’est aussi le cas avec celle de l’Ukraine dans l’atlas d’Alexandre Negrus puisqu’elle ouvre le chapitre consacré aux zones de guerre contemporaine. « Cette carte permet d’expliquer les tensions actuelles en interrogeant le passé, car un conflit n’éclate pas soudainement, il est le fruit de relations complexes entre le pays étudié et ses voisins : ici la puissante Russie ».

Mais alors, la géographie est-elle politique ? La représentation d’un lieu, d’un flux migratoire sur une carte peuvent-ils être interprétés comme un « acte militant » ? Comme le rappelle Nepthys Zwer, certains géographes ont pu le laisser entendre à l’image de l’un d’eux, Élisée Reclus qui considérait que les problématiques spatiales sont humaines, qu’elles entrent en résonance avec des considérations politiques sans se laisser fourvoyer par ses opinions anarchistes, mais en faisant preuve de beaucoup de pédagogie.

« Notre présence sur l’histoire, c’est nous qui la déterminons » conclut l’historienne, » et grâce aux cartes on contribue un peu à la construction de la réalité ».

Retrouvez l’intégralité de l’émission « Livres & vous »
ici.

« Cartographie radicale - Exploration » de Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz - Ed. de la découverte
« Atlas géopolitique du monde contemporain » d’Alexandre Negrus, Romain Bertolino et Nato Tardieu - Ed. Ellipse

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