Edgar Morin – Cynthia Fleury : Réflexions croisées sur le monde de demain
Peut-on croire à un « monde meilleur » une fois passé la pandémie du Covid-19 ? Cette question, Guillaume Erner l'a posé au sociologue Edgar Morin et la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury. Et c'est avec une prudence teintée d'espoirs que les deux invités de Livres & Vous se sont avancés sur le chemin hasardeux de l'avenir. Un avenir où le meilleur... pourrait ne pas être la norme.

Edgar Morin – Cynthia Fleury : Réflexions croisées sur le monde de demain

Peut-on croire à un « monde meilleur » une fois passé la pandémie du Covid-19 ? Cette question, Guillaume Erner l'a posé au sociologue Edgar Morin et la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury. Et c'est avec une prudence teintée d'espoirs que les deux invités de Livres & Vous se sont avancés sur le chemin hasardeux de l'avenir. Un avenir où le meilleur... pourrait ne pas être la norme.
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Par Pierre-Henri Gergonne

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« On ne peut que souhaiter un monde meilleur, insiste Edgar Morin dans Livres & vous, mais n'oublions pas que nous sortons tout juste d'une période agitée. Les gilets jaunes, la crise dans les hôpitaux. Si nous ne disposons pas d'une nouvelle vision politique cohérente, nous retomberons dans le néolibéralisme d'avant avec ses conséquences néfastes pour la planète. Il y a des forces énormes qui veulent recommencer comme avant ». D'où l'intérêt de ces « rapports de force » à établir pour ne pas retomber dans les ornières d'hier.

« On constate quand même, insiste Cynthia Fleury, que la mondialisation, la dérégulation, le néolibéralisme ont pris un sérieux revers. La conscientisation de l'épidémie et du choc qu'elle a représenté peut déclencher quelque chose. Si en France il a eu des défaillances techniques, comme le manque de masques et de respirateur, force est de constater que c'est le capital social qui fait tenir la machine. Auquel cas, l'humanisme a encore de beaux jours devant lui ».

« Créons au moins quelques oasis, soupire Edgar Morin même si l'espoir relève du possible et pas du certain. Et mon expérience me dicte la prudence ».

Vers une nouvelle pensée politique ?

Et parmi cette « expérience » du sociologue, il a la guerre et ses années de résistance. Mais attention indique Cynthia Fleury, « on ne sort pas de 5 ans de guerre, mais de 2 mois de confinement ». Pour la philosophe, c'est une nouvelle étape démocrate et sociale qui est nécessaire sinon, on suivra cette « tendance très forte au retour à la normale, c’est-à-dire vers un nouveau repli, victimaire voire populiste ».

« La crédibilité de l'État social et l'État de Droit sera pour la démocratie essentielle. Ce chemin-là, au contraire des dictatures, sera le point d'orgue de toute cette histoire […] Et, le courage, conclu Cynthia Fleury, sera un élément clé pour y parvenir ».

Edgar Morin lui aussi s'interroge sur les nouvelles formes de pensées politiques capables d'émerger après la crise économique et sanitaire. Inventer des formes « d'union de consciences positives » capables de lutter contre « les forces de régressions ». Mais n'oublions pas, prévient-il, que nous sommes en dépit de l’épidémie déjà plongée « dans une grave crise de la démocratie et de la pensée politique ».

Alors, et l'un et l'autre semblent s'accrocher à ce bouillonnement d'initiatives qui marque la période de confinement. « Un peu comme dans les années 70 en Californie » se souvient Edgar Morin avec ces « modèles de solidarités » qui existent à l'égard par exemple des soignants ou des personnes âgées. Et Cynthia Fleury d'insister sur les effets à venir du télétravail, « lien qualitatif intéressant synonyme d'allègement de la pénibilité ».

« Ça va durer ! ». Et laissons les entreprises « digérer » ces nouveaux usages. « Il faudra aussi réapprendre à vivre, conclue Edgar Morin. À vivre avec le virus si il reste. C’est-à-dire avec plus d'incertitudes. Il faudra apprendre à vivre l'incertitude ».

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