La longue marche des « beurettes » pour leur émancipation
On nous appelait « Beurettes » de Bouchera Azzouz est l’histoire d’un chemin. Un chemin semé d’obstacles tous plus hauts les uns que les autres pour ces jeunes femmes, nées de parents immigrés venus en France dans les années soixante pour travailler. Mais ce film plein d’espoir est aussi le récit de leur combat réussi pour exister.

La longue marche des « beurettes » pour leur émancipation

On nous appelait « Beurettes » de Bouchera Azzouz est l’histoire d’un chemin. Un chemin semé d’obstacles tous plus hauts les uns que les autres pour ces jeunes femmes, nées de parents immigrés venus en France dans les années soixante pour travailler. Mais ce film plein d’espoir est aussi le récit de leur combat réussi pour exister.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Elles s’appellent Aourdia, Bouchera ou Dalila. Nées dans à la fin des années soixante comme leurs frères elles ont dû trouver leur place dans une société abîmée par la montée du racisme, comme leurs pères elles ont dû affronter une condition sociale précaire ; mais en plus, elles ont dû surmonter la condition de filles à laquelle on les a ramenées en permanence : à commencer par le regard et les interdits des pères quand il s’est agi de continuer des études, ou l’hostilité des mères qui voyaient dans une classe verte au bord de l’océan un risque d’émancipation fatal.

« Tout le monde était avec tout le monde »

Mina et sa copine

À la cité de l’amitié de Bobigny pourtant tout commence comme belle histoire. Bouchera et sa famille habitent un logement flambant neuf et moderne. Au centre de loisirs les copines s’appellent Michèle, Carole, ou Nathalie. Dans le quotidien de ces petites filles, il n’est question que de jeux, de dessins. « On faisait la fête (…) on se retrouvait pour faire un loto, pour faire de la musique, de la gymnastique pour les femmes c’était extraordinaire » se souvient une habitante. Une période enchantée, où « on faisait du vivre ensemble à une époque où on n’en parlait pas. On faisait du vivre ensemble sans le savoir, un peu comme Monsieur Jourdain faisait de la prose » souligne un animateur de l’époque.

Mais la crise économique et le soutien à l’accès à la propriété voulu par le président Giscard d’Estaing auront raison de cette cohabitation généreuse. Les familles françaises, souvent plus aisées, quittent les grands ensembles.

« Mes amies vivaient une insouciance que je ne connaissais pas » Bouchera Azzouz

Une génération sacrifiée

Les années passent et en même temps que les petites filles grandissent, leur liberté, elle, se rétrécit. « Les garçons pouvaient sortir avaient une liberté immense, que nous les filles… non ! les mères pensaient : mes filles vont se marier, avoir un petit travail point (…) C’était école famille, école famille » détaille Dalila. Une éducation héritée de schémas familiaux anciens, où les femmes obéissent à des règles strictes imposées par les hommes.

Bouchera se réfugie un temps dans la religion. « J’étais la première fille de Bobigny à me voiler à l’école (…) mais j’ai vite été mal à l’aise », d’autres comme Mina sont mariées dès quinze ans comme la loi l’autorise alors. Des silences dans la voix elle se remémore sa nuit de noces et de la violence que son mari lui fait subir. « J’ai pris des coups, j’ai été frappée… il m’enfermait c’était très violent (…) je n’ai pas voulu ». D’autres jeunes femmes encore, fuguent, se réfugient dans la rue et la toxicomanie. « Nous avons été une génération sacrifiée » disent-elle tant les combats et les coups pleuvent.

Au bout de la longue marche des
Au bout de la longue marche des "beurettes", la liberté de choix

Le plus dur est derrière elles

Mais l’histoire serait terrible si elle s’arrêtait là. Car aussi douloureuse soit elle l’histoire des « beurettes » est aussi celle de leur émancipation. Une émancipation qui passera par l’accès au travail : Mina est photographe, Dalila est passée de couturière à infirmière, Aourdia rêve de monter son agence immobilière. « Le plus dur on l’a déjà passé » affirme Dalila. « Aujourd’hui on est libre » disent-elles à l’unisson.

Ce récit d’une émancipation silencieuse mais déterminée se termine sur une adresse aux jeunes filles d’aujourd’hui avec des mots pleins d’espoirs : « Une page est tournée, alors n’écoute pas ceux qui disent que nous sommes des colonisés, que la société française n’a pas changé, et qu’il faut se replier sur nos identités religieuses ou raciales. Tu vis dans un pays plein de promesses, il faut que tu sois fière ».

La Marche des beurettes, un film de Bouchera Azzouz, diffusé sur Public Sénat samedi 18 avril à 21h04, dimanche 19 avril à 20h00, samedi 2 mai 2020 à 23h27, vendredi 8 mai 2020 à 17h30, samedi 9 mai 2020 à 23h30 et dimanche 10 mai 2020 à 10h59

Partager cet article

Dans la même thématique

« On se sera battu jusqu’au bout » : la droite sénatoriale prépare ses recours au Conseil constitutionnel contre la loi sur la fin de vie
6min

Société

 « On se sera battu jusqu’au bout » : la droite sénatoriale prépare ses recours au Conseil constitutionnel contre la loi sur la fin de vie

Sur le projet de loi relatif à la fin de vie, qui devrait être définitivement adopté le 15 juillet, Gérard Larcher va déposer un recours pour vérifier la constitutionnalité des dispositions. Une procédure rare. Les sénateurs de la majorité sénatoriale de droite et du centre feront eux aussi leur propre saisine.

Le

French L1 football match between Olympique Lyonnais (OL) and Le Havre AC
4min

Société

Droits TV, LFP, rémunération des dirigeants : le Sénat et l’Assemblée tombent d’accord sur le texte encadrant le sport professionnel

La commission mixte paritaire sur la proposition de loi encadrant le sport professionnel qui s’est tenue ce mercredi a été conclusive. Députés et sénateurs se sont mis d’accord sur le plafonnement des rémunérations des dirigeants du foot français, avec des dérogations, ainsi que sur plusieurs mesures de régulation du secteur. L’interdiction de la multipropriété adoptée à l’Assemblée nationale a en revanche été écartée.

Le

La longue marche des « beurettes » pour leur émancipation
9min

Société

Affaire Lyhanna : la commission d’enquête du Sénat se penche sur les défaillances de la procédure qui visait déjà Jérôme Barella

Les auteurs du pré-rapport d’inspection commandé après la mort de Lyhanna ont été auditionnés ce mercredi 8 juillet par la commission d’enquête du Sénat sur la mise en œuvre des politiques pénales. Ils sont revenus en détail sur les défaillances autour du traitement de la plainte pour viol qui visait déjà Jérôme Barella, le meurtrier présumé de la collégienne. Malgré cette procédure, ce dernier ne faisait l’objet d’aucune mesure d’instruction particulière.

Le