Le nucléaire français : sortira ou sortira pas ?
Sortira, sortira pas ? Après l’annonce du report de la sortie progressive du nucléaire par Nicolas Hulot, la question de notre dépendance à l’énergie atomique se repose avec urgence. Comment s’est construit notre modèle énergétique ? Quels étaient les enjeux à l’époque qui nous ont poussés à faire le choix de l’atome ? Retour sur cette dépendance hexagonale dont nous avons beaucoup de mal à décrocher.

Le nucléaire français : sortira ou sortira pas ?

Sortira, sortira pas ? Après l’annonce du report de la sortie progressive du nucléaire par Nicolas Hulot, la question de notre dépendance à l’énergie atomique se repose avec urgence. Comment s’est construit notre modèle énergétique ? Quels étaient les enjeux à l’époque qui nous ont poussés à faire le choix de l’atome ? Retour sur cette dépendance hexagonale dont nous avons beaucoup de mal à décrocher.
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Par Priscillia Abereko

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1948, inauguration de la 1ère pile atomique

En 1948, la France construit sa première pile atomique nommée « Zoé ». Un aboutissement permis grâce aux travaux de Frédéric Joliot-Curie, le célèbre physicien et chimiste français. Une véritable révolution et une fierté à cette époque, dans un pays où la question énergétique n’est pas encore au centre des débats, il s'agit pour l’historien spécialiste de la question du nucléaire Grégory Quénet avant tout « de lutter pour retrouver une indépendance nationale et une grandeur qui avait été plus qu’écorné par la défaite contre les Allemands. C’est une réunion entre des grands scientifiques communistes comme Frédéric Joliot-Curie et une résistance de droite autour d’un projet d’indépendance nationale ». Peu à peu le nucléaire devient légitime : il est thérapeutique, il soigne. Pour l'ex-secrétaire nationale d'Europe Écologie les Verts, Cécile Duflot, « les textes de Frédéric Joliot-Curie sont intéressants. Ils disent, ne jetons pas le nucléaire avec le drame de la bombe atomique. Frédéric Joliot-Curie a fait partie de ses scientifiques très engagés contre l’utilisation militaire de l’atome et qui disait en même temps, mais vous verrez on pourra faire des choses bien pour le bien de l’humanité. Le paradoxe c’est que finalement ce lien avec l’utilisation militaire est très fort. On associe au nucléaire une forme de puissance globale, de puissance de production d’énergie mais aussi de puissance militaire, de puissance diplomatique. Il y a eu une sorte de mélange qui s’est opéré dans la tête des dirigeants avec cette idée que le nucléaire est égal à : la France est forte ».

1955, Marcoule, 1ère centrale nucléaire

Au tournant des années 50, le débat énergétique est lancé. En 1955, l’une des premières centrales nucléaires française, située à Marcoule, voit le jour. Cette réalisation fait entrer la France dans le cycle de l’utilisation industrielle de l’atome et au rang des grandes nations atomiques avec les États-Unis, l’URSS et l’Angleterre. Pourtant, Cécile Duflot tient à souligner que  « ce qui est compliqué c’est que les risques d’une production d’électricité essentiellement dépendante du nucléaire et la conséquence de la production de déchets, tout cela est absolument passé sous silence à cette époque. On va être à l’égal de l’URSS et des États-Unis et donc cela tue le débat ». Pour l’historien Grégory Quénet, « tout cela ne peut se comprendre que si on l’insère dans le contexte de la guerre froide. Le nucléaire a été pensé, débattu, mis en place dans un contexte de concurrence entre les grandes puissances où il s’agissait d’assurer une indépendance nationale à l’égal des États-Unis et de l’URSS ».

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1980, une énergie nucléaire bon marché

En 1980, le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing tente de rendre légitime le nucléaire. Son argument ? Il faut construire de nouvelles centrales nucléaires à des fins économiques. L’historien Grégory Quénet précise à ce sujet, « le nucléaire a été pensé comme un élément qui allait affirmer la France comme une grande puissance industrielle. D’ailleurs le terme de politique des champions, c’est le commissariat à l’énergie atomique (CEA) qui l’a élaboré dans les années 60. Derrière cela, il y a l’idée de faire émerger des champions industriels français. Et, le bas prix de l’énergie vient comme un argument qui est élaboré grâce à la modélisation, à l’introduction des ordinateurs mais comme un argument qui est surtout rhétorique. Quand on reprend comme l’a fait l’historienne américaine Gabrielle Hecht les discussions et les élaborations, c’est conçu surtout comme un outil de persuasion ». Sur les arguments soutenus par Valéry Giscard d’Estaing, Cécile Duflot va quant à elle plus loin en affirmant l'argument du bas prix est un vrai « mensonge. Et la vérité c’est que le nucléaire et notamment son développement comme une industrie de production d’électricité et l’ultra dépendance de la France à ses centrales nucléaires reposent sur un vrai mensonge d’État ».

1986, Tchernobyl

En 1986, un événement va tout changer : l’accident de Tchernobyl. Le 26 avril 1986, un accident survient dans la centrale Lénine située en Ukraine. L’augmentation incontrôlée de la puissance d’un des réacteurs provoque une explosion et la libération d'importantes quantités de particules radioactives dans l’atmosphère. Alain Carignon, ministre de l’environnement de l’époque, déclare pourtant à la télévision que les «  taux de radioactivités tels qu’ils se sont développés ne sont pas dangereux ». Une phrase marquante, dont Cécile Duflot se souvient encore. « Je me souviens très bien de ce débat-là. 1986, c’est l’organisation d’un mensonge d’État, gravissime puisqu’on ment de façon délibérée, on le sait, ça a été organisé, parce qu’il y a la crainte que justement l’acceptabilité des populations à l’égard du nucléaire baisse. En France personne n’habite à plus de 200 km d’une centrale nucléaire en moyenne, donc vous imaginez ce que cela veut dire pour le territoire national. On organise un mensonge avec ses conséquences sanitaires mais surtout avec ce que ça révèle d’une forme d’escroquerie politique. Il ne faut pas que les Français sachent parce que si on abat toutes les cartes de la réalité de ce que signifie la production nucléaire, l’acceptabilité va changer ».

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2012, la promesse de fermeture de Fessenheim

En 2012, le Président François Hollande annonce la fermeture prochaine de la centrale de Fessenhein. Une promesse de campagne attendue et symbole d’une avancée majeure. L’ancienne coprésidente d’EELV, Cécile Duflot rappelle que « l’élément très important de la campagne de 2012, c’est la question de la sortie du nucléaire qui était absolument indiscutable. Pendant cette campagne, du fait de l’accord passé entre Europe Écologie Les Verts et François Hollande, ce débat s’ouvre. C’est l’incident de la centrale nucléaire de Fukushima qui a rendu possible l’idée d’un débat en France sur la sortie du nucléaire ». Des années plus tard, Fessenheim est toujours en activité. Une promesse non tenue, qui s’explique notamment pour l’historien Grégory Quénet par le fait que « le nucléaire est un tel symbole qui cristallise tellement de choses, la place de l’État, la place de la science et de la technique que finalement dès qu’on formule le débat en termes de mix énergétique ou de fermeture de centrale, on le simplifie tellement qu’il devient impossible à résoudre en quelque sorte ».

 

Bibliographie :

  • Les tremblements de terre aux XVIIe et XVIIIe siècles, de Grégory Quénet

 

Retrouvez l’intégralité de l’émission présentée par Fabrice d’Almeida, samedi à 8h30 et 15h30, dimanche à 12h et lundi à 23h.

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