Panne Chez Orange : « Je ne crois pas à l’excuse de l’opération de maintenance », affirme Franck Montaugé
Après la panne massive des numéros d’urgence mercredi soir, les sénateurs spécialisés sur la question s’interrogent sur son origine. Certains soupçonnent une cyberattaque. Le PDG d’Orange écarte cette hypothèse et une enquête administrative a été lancée.

Panne Chez Orange : « Je ne crois pas à l’excuse de l’opération de maintenance », affirme Franck Montaugé

Après la panne massive des numéros d’urgence mercredi soir, les sénateurs spécialisés sur la question s’interrogent sur son origine. Certains soupçonnent une cyberattaque. Le PDG d’Orange écarte cette hypothèse et une enquête administrative a été lancée.
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Pompiers, Samu, Police… Mercredi soir, une panne du réseau de l’opérateur Orange a perturbé massivement l’accès aux numéros d’urgence (15,17,18), de nombreux services de secours se retrouvant difficiles à joindre à travers le pays. Dès 18 heures, des dysfonctionnements importants ont été signalés. Des numéros d’urgence alternatifs, fixes ou mobiles, ont été mis en place, et diffusés sur les réseaux sociaux par les pouvoirs publics.

En visite à Tunis avec le premier ministre Jean Castex, Gérald Darmanin et Cédric O, le ministre de l’Intérieur et le secrétaire d’Etat au Numérique, sont immédiatement retournés en France. « Comment ne pas être inquiet ? Je redoute une attaque », confie Patrick Chaize, vice-président LR de la commission des Affaires économiques du Sénat. « On en a vu d’autres, comme l’incendie d’OVH. Entre les déclarations et la réalité, il y a parfois quelques écarts. J’aimerais avoir cette information. J’ai interrogé le ministre ce matin, je n’ai pas eu de retour », poursuit ce spécialiste des questions de Télécoms.

« Défaillance logicielle »

Son collègue socialiste Franck Montaugé est encore plus interloqué : « Est-ce qu’il y a eu une cyberattaque ? J’ai un peu de mal à croire qu’à l’issue d’une opération de maintenance on arrive à ça. Je n’y crois pas. Et si c’est une opération, c’est une faute professionnelle extrême ! », s’insurge le sénateur qui a travaillé dans le domaine des réseaux électriques. « On avait tout ce qu’il fallait pour garantir la continuité de fourniture… », ajoute-t-il, rapport à sa propre expérience. Stéphane Richard, le pdg d’Orange a écarté totalement l’hypothèse d’une cyberattaque sur TF1 jeudi. « La cause racine » est « plus probablement une défaillance logicielle dans (les) équipements critiques de réseaux », a-t-il dit, alors qu’Orange avait précédemment évoqué un incident sur un « équipement de type routeur », l’équipement chargé d’acheminer le trafic. Des équipements d’Orange redondants sur six sites différents, censés prendre le relais entre eux en cas de défaillance, sont tombés en panne en même temps, a détaillé Stéphane Richard. « Cela n’est jamais arrivé, c’est un incident effectivement grave, rarissime. Cela a pu arriver dans le monde des télécoms de temps en temps, mais c’est très rare », a-t-il poursuivi. L’opérateur a présenté ses excuses.

La panne est d’autant plus grave qu’elle aurait provoqué l’absence de secours à des personnes en danger. Orange a assuré que le problème avait pris fin vers minuit mercredi soir, et que les choses étaient quasi-normales jeudi. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a fustigé des « dysfonctionnements graves et inacceptables » et annoncé qu’au moins trois personnes, dont une dans le Morbihan et deux à La Réunion, étaient décédées d’accidents cardiovasculaires. Le parquet de Vannes, a annoncé l’ouverture d’une enquête après la mort d’un homme de 63 ans aux urgences de l’hôpital de Vannes. Le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé jeudi à la mi-journée qu’une dizaine de régions étaient toujours affectées. « C’est trop tôt pour faire un bilan, mais évidemment on est très préoccupés », a réagi Emmanuel Macron, en déplacement dans le Lot. Un audit a été lancé par le gouvernement, qui rappelle qu’Orange a une obligation de résultat pour assurer l’accès aux numéros d’urgence.

« Il n’y a pas de précédent aussi grave »

« C’est extrêmement grave. Cette situation est négative pour l’image d’Orange, opérateur de référence, y compris en matière de cybersécurité, il faut faire le clair et tirer des conséquences durables. Ça pose la question de la façon dont on exerce la souveraineté nationale dans ce secteur. Déléguer des responsabilités comme celles-là, suppose de faire des contrôles. Est-ce qu’il y a matière à interrogation dans les relations entre Orange et l’Etat ? », s’interroge Franck Montaugé.

« La gestion de ce numéro d’urgence, ces numéros, n’a jamais connu aucune panne. Il n’y a pas de précédent aussi grave à ma connaissance. Je suis inquiet de la perte de compétences qu’on est en train de vivre. Ça rejoint un sujet : Orange a prorogé de façon volontaire le service universel jusqu’en 2023 alors qu’il est obsolète depuis le 18 octobre 2020. On s’en est émus. Comment ça va fonctionner ? En bref, c’est une compétence régalienne, et actuellement, c’est Orange qui gère le service universel : on a missionné une entreprise pour assurer ce service-là. C’est comme la Poste qui a des missions de service public à assurer. Orange est rémunéré pour assumer le service universel », déroule Patrick Chaize, avant de conclure : « Tout ce système, il faut le repenser ».

« Orange doit rendre des comptes ! »

Même son de cloche du côté du sénateur LR de la commission des lois, Henri Leroy. « Sur le principe, c’est à l’Etat d’assurer la sécurité, la santé, c’est un pouvoir régalien. Orange est le successeur d’un service public, France Télécoms. La fourniture des numéros d’urgence est un impératif qui nécessite automatiquement un plan B. C’est un principe. Il y a une défaillance dans les devoirs régaliens de l’Etat. Je ne sais pas si l’Etat s’est déchargé sur un service semi-privé, semi-public. L’Etat doit assumer et prendre les mesures nécessaires pour assurer les secours nécessaires. Il y a eu une défaillance intolérable et inadmissible », répète-t-il. Désormais, « Orange doit rendre des comptes ! Ça n’aurait jamais dû se produire surtout en période de crise sanitaire. Quand vous voyez mourir quelqu’un devant vous, que l’hélico n’arrive pas, que les communications ne passent pas, vous êtes dépourvus », témoigne d’expérience l’ancien officier de gendarmerie.

Pour rappel, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture jeudi dernier une proposition de loi qui vise notamment à instaurer ce numéro unique dédié, sur le modèle du « 911 » américain. Ce texte est désormais attendu au Sénat. Son principe est défendu par les pompiers, car « l’unicité fait l’efficacité », mais vivement combattu par certains médecins, qui estiment que son instauration peut provoquer la « désorganisation de toute la chaîne hospitalière ».

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