Violences conjugales : « Le déni des hommes violents est assez incroyable », explique le journaliste Mathieu Palain
Après avoir rencontré des dizaines d’auteurs de violences conjugales, le journaliste Mathieu Palain a écrit un livre sur les mécanismes de violence chez les hommes. Au micro de Public Sénat, ce vendredi 20 janvier, il décrit un phénomène d’une ampleur insoupçonnée, qui touche l’ensemble des classes sociales. Il raconte aussi les dénégations des coupables, bien souvent hermétiques à certaines évolutions de la société.

Violences conjugales : « Le déni des hommes violents est assez incroyable », explique le journaliste Mathieu Palain

Après avoir rencontré des dizaines d’auteurs de violences conjugales, le journaliste Mathieu Palain a écrit un livre sur les mécanismes de violence chez les hommes. Au micro de Public Sénat, ce vendredi 20 janvier, il décrit un phénomène d’une ampleur insoupçonnée, qui touche l’ensemble des classes sociales. Il raconte aussi les dénégations des coupables, bien souvent hermétiques à certaines évolutions de la société.
Romain David

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Il a passé quatre ans en immersion auprès d’hommes responsables de violences conjugales. Le journaliste Mathieu Palain publie Nos pères, nos frères, nos amis aux éditions Les Arènes, une enquête sur les violences conjugales, bâtie autour des témoignages qu’il a pu recueillir dans des groupes de parole, en maison d’arrêt ou lors d’audiences judiciaires, et qui se concentre notamment sur les bourreaux pour tenter de décortiquer les mécanismes à l’origine de leur violence. « Sur 220 000 plaintes déposées chaque année par des femmes qui se disent victimes de violences conjugales, les experts pensent qu’on peut facilement multiplier ce chiffre par 4 ou 5. Ce sont des pères, des frères, des amis, des gens très insérés dans la société et qui nous ressemblent », explique Mathieu Palain au micro de « Bonjour chez vous », la matinale de Public Sénat, dont il était l’invité ce vendredi 20 janvier.

« Le déni des hommes violents est assez incroyable. Dans les groupes de parole, je pensais trouver quelque chose de comparable aux alcooliques anonymes, et finalement la phrase ‘je frappe ma femme’, je ne l’ai entendue que 2 fois en quatre ans d’enquête », pointe-t-il.

« Il est très classique, dans les cas de violences conjugales, d’avoir une inversion de la culpabilité »

« Le déni sur ce qu’ils ont fait est assez énorme. Je pense aussi qu’il est lié aux changements de la société et au mouvement #MeToo qui a pris de l’ampleur, parce que ce déni, dans leur bouche, est très souvent suivi d’une phrase du style : ‘Maintenant les femmes ont pris le pouvoir, elles ont renversé la table et elles veulent se venger.‘ Il est très classique, dans les cas de violences conjugales, d’avoir une inversion de la culpabilité, avec aussi des victimes qui se sentent coupables de ce qui est arrivé à leur conjoint, du fait que les enfants ne puissent plus voir leur père, qu’il ait connu la prison, etc. », rapporte le journaliste.

« Il y a une inversion des rôles, et pour autant, cette incapacité totale à dire ‘je l’ai fait’ est aussi liée au fait qu’ils ne sont pas fiers d’avoir frappé leur femme. Ils ne sont plus capables de dire, comme on pouvait l’entendre il y a 50 ans : ‘oui je l’ai frappée, mais elle le méritait’. Ce genre de choses, on ne l'entend plus. La norme qui voulait que l’homme soit quasiment responsable de vie ou de mort sur les membres de sa famille est désormais largement remise en question, et les coupables aussi en ont conscience. »

« Les hommes qui font partie d’une catégorie sociale favorisée, médecins, kinés, politiciens, sont moins enclins à rencontrer la justice »

Son essai questionne également certains clichés sur les violences faites aux femmes. Notamment l’idée qu’il s’agirait d’un phénomène touchant d’abord les classes sociales défavorisées. Mathieu Palain démontre que les milieux plus aisés sont tout autant concernés par les violences conjugales, parfois avec une omerta qui trouve son origine dans une forme de honte sociale. « Quand vous habitez dans un HLM avec une certaine promiscuité, tout le monde sait que la femme qui habite au 4e est victime de violences parce qu’on l’entend crier, parce que ça s’engueule beaucoup. La femme qui habite dans un pavillon, au bout d’un jardin, dans une résidence assez sécurisée, si elle ne montre pas les coups qu’elle subit, elle subira ces violences dans une indifférence quasi-totale », pointe notre invité.

« Je ne pense pas qu’il faille faire une hiérarchie entre les victimes, mais il est certain que les hommes qui font partie d’une catégorie sociale favorisée, médecins, kinés, politiciens, sont moins enclins à rencontrer la justice », poursuit Mathieu Palain. « Ceux que j’ai rencontrés ont eu très peu de plaintes contre eux, et ils continuent leur vie sans aucun problème ». Il n’hésite pas à parler d’une « justice à deux vitesses » sur ces questions : « Certains y échappent parce qu’ils ont un statut social, une réputation. Il y a aussi un déséquilibre financier qui fait que la femme a du mal à partir. »

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