Après l’annonce de la dissolution par Emmanuel Macron, « tout le monde était un peu sonné », du côté de la majorité présidentielle. L’objectif est de « retrouver du vent dans le dos et être ceux qui assument de redonner la parole aux Français », explique un ministre. De quoi pousser aussi à la « clarification », notamment côté LR. Pour les investitures, qui doivent être bouclées dans la semaine, « ça consulte dans tous les sens ».
L’annonce surprise de la dissolution, après des élections européennes qui ont placé l’extrême droite au plus haut, va certainement politiquement chambouler le pays. Entre « risque politique majeur », selon Pascal Perrineau, « calcul de l’Elysée » qu’explore Philippe Moreau Chevrolet ou « aveu de défaite terrible de l’exécutif », souligne Bruno Cautrès, éléments d’analyse sur ce coup de tonnerre.
La liste PS-Place Publique manque son pari de doubler la majorité présidentielle, qui occupe la seconde place avec 16 % des voix. Raphaël Glucksmann sort cependant en tête des listes de gauche, de quoi peut-être rebattre les cartes en vue de 2027. Pour le PS, après l’échec de la présidentielle, ce score est une petite victoire en soi.
Le RN remporte l’élection européenne, en terminant largement en tête du scrutin, faisant plus du double du score de la majorité présidentielle. C’est même le record pour le parti d’extrême droite lors d’un scrutin national, hors second tour de la présidentielle. Pour Jordan Bardella et Marine Le Pen, ces résultats ouvrent la voie de 2027.
Toujours au coude à coude dans les sondages avec Valérie Hayer, le candidat de la liste PS-Place Publique termine sa campagne « grave et heureuse » en espérant « tourner la page de ce duel Macron/Le Pen ». Avec « une liste féministe, pro européenne, sociale, écologique » et « sérieuse en matière de défense et de sécurité », il ambitionne de « refonder la social-démocratie » en Europe.
Selon notre sondage Odoxa, avec Mascaret, pour Public Sénat et la presse régionale, un Français sur deux serait prêt à se déplacer dimanche pour les européennes. Les plus âgés et les plus fortunés sont les plus susceptibles de voter. Jordan Bardella fait de gros scores dans toutes les catégories, en particulier chez les 35-64 ans, dans les petites villes et chez les employés et ouvriers.
A seulement trois jours d’un scrutin où les sondages donnent la liste de la majorité présidentielle très loin derrière le RN, le chef de l’Etat a appelé les électeurs au « sursaut », alors qu’« on voit monter partout en Europe l’extrême droite ». « Cet accaparement des médias est extrêmement problématique », réagit Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.
Le chef de l’Etat a annoncé l’envoi de plusieurs avions de chasse français Mirage 2000-5 « d’ici la fin de l’année » à l’Ukraine, et la formation de pilotes sur notre territoire. « Rien d’extraordinaire », minimise le sénateur LR Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères et des forces armées du Sénat, soulignant que les Pays-Bas ont déjà promis des F 16.
Une proposition de loi de la sénatrice PS de Paris, Colombe Brossel, propose de lutter contre le manque de mixité sociale et scolaire dans les établissements publics et privés. Le texte entend aussi garantir plus de transparence dans les procédures d’affectation du privé et donner des outils aux collectivités pour piloter leur politique en faveur de la mixité.
A la traîne dans les sondages, la liste des Ecologistes, menée par Marie Toussaint, fait face « au contexte » moins porteur, où l’écologie devient un « bouc émissaire » facile. Les choix des thèmes de campagne, comme celui de Marie Toussaint, inconnue du grand public, interroge aussi en interne. Sans espérer retrouver les sommets des 13,5 % de 2019, l’objectif d’ici dimanche est de mobiliser ceux qui ont « déjà voté une fois pour les Verts », explique David Cormand, numéro 2 de la liste. Histoire d’être, encore, la surprise du scrutin.
Invité des 20 heures de TF1 et France 2 jeudi, à trois jours du scrutin, l’intervention du chef de l’Etat pourrait donner le coup de pouce nécessaire à Valérie Hayer, en mobilisant. Mais dans le camp de la majorité présidentielle, certains voient plus Emmanuel Macron comme la cause des difficultés, entre « problème d’ego » et réformes impopulaires. Et déjà, des langues se délient pour pointer une « très mauvaise campagne »…
[SERIE] Le Parlement européen raconté par ses eurodéputés. Pour mieux comprendre le travail à Bruxelles et Strasbourg, la parole à ceux qui font vivre l’institution : les eurodéputés. Avec « 27 pays et 24 langues », « on est obligé de se décentrer pour comprendre » l’autre, explique Emmanuel Maurel, candidat sur la liste PCF. Il dénonce l’adoption, en fin de mandature, « du pacte d’austérité budgétaire, voté par la droite, Renaissance et le groupe socialiste européen, mais pas les Français. C’est fou qu’on n’en parle pas ».