European Election France
People walk past a row of campaign posters for the upcoming European election in Courbevoie, west of Paris, Thursday, June 6, 2024. The European Election will take place on June 9. (AP Photo/Michel Euler)/MEU102/24158506047249//2406061615

Économie, agriculture, défense : Les mesures phares des principaux candidats aux élections européennes

Public Sénat a compilé les programmes défendus par les huit listes qui font la course en tête dans les sondages pour les élections européennes, et regroupé leurs principales propositions par thématiques.
Romain David

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Il est parfois difficile d’y voir clair au milieu des propositions portées par les uns et les autres, entre lignes de fracture et points de convergence. Public Sénat a passé au crible les programmes défendus par les huit principaux candidats aux élections européennes, qui se tiendront ce dimanche 9 juin en France. Retour sur leurs propositions-clefs à travers six thématiques : l’économie européenne, les questions de défense, le défi migratoire, l’agriculture, la transition écologique et la réforme des institutions européennes.

Economie

La majorité présidentielle estime qu’un investissement de 1 000 milliards d’euros sera nécessaire pour absorber les « chocs écologique, technologique et sécuritaire » des années à venir. Les Verts, pour leur part, évoque 260 milliards d’euros par an pour « la transition écologique et sociale ». LFI entend faire sauter certains verrous budgétaires européens, notamment la sacro-sainte règle de limitation du déficit à 3 % du PIB et de la dette à 60 % du PIB. Le camp mélenchoniste souhaite aussi instaurer un impôt de 25 % sur les multinationales.

Chez les LR, en revanche, on s’oppose fermement à toute création d’impôt à l’échelle européenne. François-Xavier Bellamy propose de mettre en place un livret d’épargne européen, qui permettrait d’orienter l’épargne des ménages vers les secteurs stratégiques. Il souhaite lancer un grand plan « Made in Europe 2030 » pour financer la relocalisation industrielle sur le continent.

Le PCF demande un rééchelonnement des dettes nationales et l’annulation de la dette Covid.

Le Rassemblement national et Reconquête veulent introduire une « préférence européenne », voire nationale dans l’attribution des marchés publics. Le camp macroniste, de son côté, parle de « préférence locale ». Les écologistes proposent de baisser la TVA sur les « produits verts », une idée que l’on retrouve pour partie dans le programme de François-Xavier Bellamy, qui souhaite que les pays européens aient la possibilité d’appliquer des taux « super réduits » sur les produits alimentaires les moins polluants ou ceux consommés en circuit court.

À l’exception de la majorité présidentielle, l’ensemble des principaux candidats demande un moratoire sur les accords de libre-échange, voire une proscription. Tous réclament la mise en place de « clauses miroirs » sur les importations, c’est-à-dire le respect des normes sanitaires, sociales et environnementales européennes pour les produits fabriqués en dehors de l’union.

Défense

Le retour de la guerre sur le continent européen, mais aussi l’embrasement de la situation au Proche Orient après les attaques terroristes du 7 octobre, perpétrées par le Hamas contre Israël, ont placé les questions de sécurité au cœur de la campagne, le tout dans un contexte où les rivalités entre grandes puissances ont été réactivées, notamment entre la Chine et les Etats-Unis. De ce fait, la nécessité de construire une Europe de la Défense semble avoir fait son chemin dans la plupart des partis.

Valérie Hayer et Raphaël Glucksmann chiffrent à 100 milliards l’investissement nécessaire pour réarmer le continent et renforcer les industries de défense. La tête de liste Horizons estime que la part de PIB consacrée à la Défense par chaque Etat membre doit être fixée à 3 % à l’horizon 2030. Un seuil également repris par le LR François-Xavier Bellamy, qui entend faire passer d’ici la fin de la décennie le budget Défense de l’UE de 8 à 25 milliards d’euros.

La majorité présidentielle évoque la création d’une « Force de réaction rapide européenne » pour des missions d’urgence, comme l’évacuation de ressortissants européens dans un pays tiers ou la sécurisation des routes maritimes. Même proposition chez les Verts, avec un contingent de 5 000 hommes « capable d’apporter son soutien en matière de protection civile ou pour sécuriser des atteintes à l’environnement », et la création d’un poste de « commissaire de la Défense », l’équivalent de notre ministre de la Défense. Sans aller jusque-là, le Rassemblement national se dit favorable aux renforcements des « coopérations militaires entre Etats ». LR et Reconquête, quant à eux, s’opposent fermement à la création d’une « armée européenne ».

Léon Deffontaines, le candidat communiste, et Marie Toussaint, la candidate écologiste, veulent engager un désarmement nucléaire global. Pour rappel : depuis le Brexit, la France est le seul pays de l’UE à disposer d’un arsenal nucléaire.

Face à la guerre en Ukraine, le camp présidentiel, les LR, le PS-Place Publique et les écologistes se prononcent pour « un soutien sans faille » à Kiev, et la possibilité d’un renforcement des sanctions. Raphaël Glucksmann a fait de cette question l’un de ses principaux chevaux de bataille. Il demande par exemple la saisie des avoirs russes gelés, pour un montant estimé à 206 milliards. Inversement, le Rassemblement national et Reconquête, dont plusieurs responsables ont fait montre d’une certaine fascination pour le régime de Vladimir Poutine ces dernières années, sont plus timorés sur ce dossier.

Immigration

L’adoption du « Pacte asile et immigration » a été l’un des moments clefs de la législation écoulée. Il vise à renforcer la lutte contre l’immigration illégale, en fluidifiant les demandes d’asile, qui doivent être désormais pour partie traitées aux frontières extérieures de l’UE, et en proposant un mécanisme de répartition entre Etats en cas d’arrivée massive. Abondamment critiqué pendant la campagne, le « Pacte asile et immigration » a aussi servi de marqueur, entre les partis de gauche qui fustigent l’absence de mesures humanitaires, et les souverainistes qui réclament un tour de vis supplémentaire.

La majorité présidentielle, qui a soutenu ce texte, propose de renforcer les moyens de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, avec des effectifs portés jusqu’à 30 000 agents, contre 2 000 agents permanents actuellement. Valérie Hayer se dit favorable à la délivrance de 100 000 visas prioritaires pour les secteurs en tension, les entrepreneurs et les chercheurs. Marie Toussaint, Raphaël Glucksmann et Léon Deffontaines souhaitent mettre en place des filières légales d’immigration, notamment pour en finir avec les naufrages en Méditerranée.

À l’autre bout du spectre politique, Jordan Bardella entend établir « une double frontière », la première aux portes de l’UE, la seconde en France, ce qui implique pour le RN de prendre aussi le pouvoir au niveau national. L’objectif : renvoyer systématiquement les migrants illégaux et mettre fin à la libre circulation au sein de l’espace Schengen des ressortissants extra-européens détenteurs d’un titre de séjour.

Reconquête a concentré une large part de son projet politique autour de la thématique migratoire. La liste conduite par Marion Maréchal propose « une politique d’inversion des flux et de remigration des clandestins » à travers la mise en place d’une « triple frontière », nationale, européenne – avec un « blocus militaire naval en Méditerranée » et des « barrières physiques » -, mais aussi au-delà, via des accords de coopération passés avec les pays de départ.

De leur côté, les LR veulent renforcer les frontières extérieures avec de nouvelles infrastructures, multiplier par trois les effectifs de Frontex et conditionner les aides au développement et la délivrance de visas à des accords de « réadmission » passés avec les pays tiers.

Agriculture

La crise des agriculteurs en début d’année, particulièrement virulente en France, mais qui a aussi touché d’autres pays européens, a placé le monde paysan et les enjeux alimentaires au centre de la campagne. Alors que la Politique agricole commune (PAC) et ses aides représentent le premier budget de l’Union – 53,7 milliards d’euros en 2023 –, le PS-Place publique, LFI et les écologistes veulent mettre fin au système de répartition à l’hectare pour une meilleure prise en compte des critères sociaux et environnementaux dans l’attribution des fonds.

LR, le RN et Reconquête fustigent la stratégie européenne « De la Ferme à la Fourchette », considérée comme un levier de décroissance. Ils réclament un moratoire sur les normes. Inversement, Raphaël Glucksmann, Marie Toussaint et Manon Aubry souhaitent fixer des objectifs de réduction de la consommation de viande, rationaliser l’élevage et renforcer l’agroécologie.

En ce qui concerne la rémunération des agriculteurs, tous les candidats se prononcent en faveur de prix-planchers, à l’exception du RN qui préfère parler de « prix garantis », un mécanisme dans lequel l’Etat n’interviendrait que si les négociations commerciales entre producteurs et distributeurs n’aboutissent pas. Le camp macroniste et les écologistes sont favorables à une transposition à l’échelle européenne des textes « Egalim ».

» LIRE AUSSI – Agriculture : que proposent les principaux candidats aux élections européennes ?

Environnement et énergie

Voté en 2020, le « Pacte vert » fixe un objectif de neutralité carbone pour le continent européen à l’horizon 2050. Pour y parvenir, les macronistes estiment que les capacités nucléaires de l’UE doivent être multipliées par trois, tout en développant en parallèle la part des énergies renouvelables. La liste de Valérie Hayer s’engage à diviser par deux le recours aux pesticides à la fin de la décennie, en accélérant la mise sur le marché des alternatives naturelles ou génomiques.

LR souhaite augmenter la taxation des produits importés qui ne respectent pas les normes environnementales. Globalement, la droite milite en faveur d’un régime d’incitation plutôt que d’obligations et de sanctions. François-Xavier Bellamy mise sur le soutien à la recherche scientifique pour assurer la transition écologique, il estime que les investissements dans le secteur de l’énergie doivent soutenir en priorité le nucléaire. Par ailleurs, il est opposé à la fin de la vente de véhicules thermiques d’ici 2035. Une idée également partagée par Jordan Bardella.

Le candidat RN, tout comme Marion Maréchal, la tête de liste Reconquête, s’oppose au « Pacte vert », perçu comme un frein à la réindustrialisation du continent.

À gauche, les communistes sont les seuls à souhaiter élargir la place accordée au nucléaire dans la production d’électricité. Pour Raphaël Glucksmann, le renouvelable doit représenter les trois-quarts du mix énergétique européen d’ici 2040, 100 % chez les Verts. Manon Aubry estime que cet objectif ne pourra être atteint qu’en 2050. Notons que communistes et insoumis veulent sortir du marché européen de l’électricité, seule manière selon eux de faire baisser les tarifs dans l’Hexagone. Le Rassemblement national, les Républicains et les socialistes plaident davantage pour une refonte de ses règles.

Les programmes de Valérie Hayer, Raphaël Glucksmann, Marie Toussaint et Manon Aubry portent également diverses mesures en faveur de la protection des fonds marins ou pour limiter les effets de la pêche intensive, notamment le chalutage.

Institutions

Dans les programmes des candidats, de nombreuses propositions vont dans le sens d’un renforcement de la démocratie directe, manière d’en finir avec les critiques régulièrement portées contre un système européen abscons et trop éloigné des citoyens.

LFI propose la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne européen. Les Verts évoquent l’installation d’une assemblée constituante pour réfléchir à un nouveau cadre institutionnel. Ils sont notamment favorables à la mise en place de listes transnationales pour les élections européennes, une idée également défendue par la majorité présidentielle.

Valérie Hayer et Raphaël Glucksmann souhaitent accorder au Parlement un pouvoir d’initiative législative, à l’image de ce que peuvent faire l’Assemblée nationale et le Sénat en France.

Reconquête et le RN vont plus loin en matière de réforme institutionnelle, puisque ces deux partis veulent retirer ses prérogatives à la Commission européenne pour rendre le pouvoir décisionnel au Conseil européen, qui rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement des 27.

Les communistes, LFI, les LR, le Rassemblement national et Reconquête sont opposés à tout nouvel élargissement de l’Union européenne. Enfin, rappelons que Manon Aubry, qui a largement axé sa campagne sur la situation à Gaza, réclame la reconnaissance de l’Etat palestinien.

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