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Nouveau président au Sénégal : « On peut imaginer que la tension va baisser »

L’opposant antisystème Bassirou Diomaye Faye, encore en prison il y a une dizaine de jours, est donné largement vainqueur de la présidentielle au Sénégal. Son principal adversaire,  le candidat du pouvoir Amadou Ba, l’a appelé pour le féliciter. Après trois ans de crises et de tensions, l’emprisonnement de plusieurs opposants politiques et le report de l’élection présidentielle qui devait initialement se tenir fin février, ce résultat pourrait ramener le calme dans le pays, affirme Sidy Cissokho, chercheur au CNRS et spécialiste du Sénégal. La publication des résultats officiels et définitifs devrait prendre encore quelques jours. Qui est Bassirou Diomaye Faye ? Il y a quelque temps, il demeurait dans l’ombre d’Ousmane Sonko. Les Sénégalais ont-ils eu le temps de se l’approprier ?   Il a un profil assez semblable à Ousmane Sonko, dont il est plus jeune de seulement 6 ans. C’est un énarque. Comme Ousmane Sonko, il est passé par les Impôts et domaines, où il a fondé à ses côtés le Syndicat des Impôts et domaines, dont il a pris la tête lorsqu’Ousmane Sonko en a été remercié, jusqu’à son arrestation, en juillet 2023. Ce n’est pas simplement le ventriloque d’Ousmane Sonko – il a milité à ses côtés depuis le début. Mais c’était tout l’enjeu de sa sortie de prison : lui donner une plus grande visibilité. On l’a vu au cours des deux semaines de campagne être de plus en plus à l’aise dans le costume du candidat. Après, Pastef – Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité, le parti de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, a fait campagne sur un projet, avec des promesses et des idées (lire plus bas, NDLR), de sorte que celui qui l’incarnait importait moins.   Comment expliquer une telle bascule, un tel succès pour Bassirou Diomaye Faye et une telle défaite pour le pouvoir en place ?   Cela s’inscrit dans une dynamique présente depuis pas mal de temps. On sentait un engouement populaire. Le point d’interrogation était sur sa traduction concrète dans les urnes. Ousmane Sonko avait déjà fini troisième lors de la présidentielle de 2019, avec un peu plus de 15 % des voix. Depuis, le Pastef s’est montré présent aux élections intermédiaires – municipales et législatives. Surtout, l’impopularité de Macky Sall a beaucoup joué. Le recul de la date des élections, les poursuites judiciaires de nombreux opposants ont été perçues comme du harcèlement par la population. Et pour finir, le parti présidentiel a souffert de divisions : Macky Sall a par exemple mis beaucoup de temps à soutenir Amadou Ba. Que va changer l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye ? Certains ont parlé d’un projet radical.   Le Pastef a souvent été décrit comme radical par ses adversaires. C’était surtout une campagne de caricature propre au débat politique. Mais derrière ces caricatures, Bassirou Diomaye Faye et Amadou Ba ont des points communs, à commencer par leur parcours – Amadou Ba est aussi passé par les Impôts et Domaines. Ensuite, il suffit de regarder le programme de Bassirou Diomaye Faye. Il y a d’abord une réforme de la justice pour répondre aux problèmes d’indépendance dont elle souffre depuis plusieurs années. Un autre volet recouvre la lutte contre la corruption, présente dans le pays. Par ailleurs, il souhaite renégocier de nombreux contrats passés par l’Etat avec des entreprises étrangères, dans le pétrole, les mines, mais aussi la pêche. Enfin, concernant les institutions, il souhaite diminuer l’hyperprésidentialisme, diminuer les pouvoir du président, dont les abus ont été à l’origine des crises récentes qu’a traversé le Sénégal.   Et concernant les relations entre Paris et Dakar ?   Sur la France, cela ne va rien changer en soi, hormis une volonté d’être dans une relation davantage d’égal à égal, et ne plus considérer la France comme étant d’emblée un interlocuteur privilégié. Ce qui ne veut pas dire que la France sera mise de côté. C’est la même chose pour la Russie, ou même les Etats Unis. Le Sénégal va chercher à normaliser ses relations extérieures, quel que soit le pays concerné.   Les projets d’Amadou Ba et de Bassirou Diomaye Faye étaient diamétralement opposés. Le Sénégal connaît des tensions depuis plusieurs mois. Y a-t-il un risque que la violence éclate ?   Les problèmes qu’a traversés récemment le Sénégal sont liés à cette échéance électorale et aux différents bâtons qui ont été mis dans les roues des oppositions. Maintenant que c’est passé, on peut imaginer que la tension va baisser, d’autant plus avec un score a priori sans appel pour Bassirou Diomaye Faye. Après, le Pastef n‘a pas de majorité au Parlement, où il va devoir composer avec les autres partis. Il va devoir également former un gouvernement, mais c’est la vie politique normale. Il n’y a aucune raison pour que le débat politique se traduise en des violences dans la rue. Il n’y a aucune raison d’être pessimiste là-dessus.

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