Shein : contre l’ultra-concurrence des plateformes de e-commerce, Roland Lescure reconnaît ne pas avoir « de formule magique »

Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, en marge du scandale des poupées sexuelles Shein, le ministre de l’Economie a fait part des difficultés à protéger les commerçants français face aux pratiques ultra-concurrentielles des plateformes étrangères de e-commerce. Il espère la mise en œuvre prochaine d’une initiative européenne.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a saisi la justice pour obtenir le blocage du site de vente en ligne Shein, après le signalement de poupées pédopornographiques, mais aussi d’armes de catégorie A, disponibles sur la plateforme. Un peu plus tôt, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé avoir lancé une procédure de « suspension » du géant chinois du e-commerce, déjà largement décrié pour des pratiques commerciales peu respectueuses des normes européennes.

Auditionné en fin de journée par la commission sénatoriale des affaires économiques, le ministre de l’Economie Roland Lescure a indiqué qu’il recevrait jeudi « les fournisseurs d’accès » à internet. « Mais si on veut traiter ce sujet de manière durable, il faut qu’on le traite au niveau européen. Avec ce qu’ils font depuis trois jours, là, franchement, on a des arguments forts à porter à Bruxelles et on les portera », a-t-il expliqué.

Un « pillage en règle de notre tissu économique »

À plusieurs reprises, le locataire de Bercy a été interrogé sur la mise à mal de l’économie française, notamment les commerçants des petites et moyennes agglomérations, par ce type de plateformes, pratiquant des prix défiant toute concurrence. « Pensez-vous que nous aurons le remède avant que le malade ne soit mort ? », lui a lancé la sénatrice centriste Marie-Lise Housseau, évoquant un « pillage en règle de notre tissu économique ».

Roland Lescure a reconnu ne pas avoir « de formule magique ». « Je suis partagé sur l’idée d’une interdiction totale des plateformes de e-commerce qui, aujourd’hui, évidemment, font aussi vivre les territoires de manière paradoxale. Vous avez des plateformes de e-commerce locales, donc attention », a-t-il relevé.

Pour rappel, le Parlement planche depuis mars 2024 sur une proposition de loi visant à pénaliser certains sites de e-commerce pour leur impact environnemental. Ce texte, parfois appelé projet de loi « anti-fast fashion » parce qu’il vise l’industrie textile, a été recentré par le Sénat autour des grandes plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress, dans la mesure où les enseignes dites « de mode ultra-éphémère » qui disposent de commerces physiques, comme Kiabi, H & M ou Zara, créent de l’emploi dans les centres-villes.

Une taxation des petits colis

Devant les sénateurs de la commission des affaires économiques, Roland Lescure a également rappelé que le gouvernement espérait, via le projet de loi de finances 2026, faire passer une taxe de 2 euros sur chaque type d’article contenu dans les petits colis livrés depuis l’extérieur de l’Union européenne. Un dispositif, toutefois, qui interroge le centriste Daniel Fargeot : « Shein passera, par exemple par l’Allemagne, via DHL, ce qui équivaut à zéro bénéfice, ni pour les services de livraison français, ni pour l’environnement », a-t-il pointé. « Comment garantir une mise en œuvre réelle pour qu’une bonne idée ne devienne un dispositif marqueté qui reste dans son emballage ou pire, ne menace une filière et des emplois en France ? »

« La taxe petits colis, si on la met demain à 50 euros, les colis passeront par ailleurs. Donc il y a un risque de détournement », a reconnu le ministre. « C’est pour cela qu’on la met à un niveau qui n’est pas important pour l’instant. Cette taxe a vocation à être transitoire, l’objectif c’est que, dès 2028, on puisse négocier au niveau européen. »

De son côté, le sénateur écologiste Yannick Jadot a enjoint l’exécutif à « anticiper » un règlement européen contre le travail forcé, qui doit prochainement entrer en vigueur, et qui permettrait « de taper sur les conditions de production de ces plateformes, qui sont du semi-esclavage ». Roland Lescure s’est dit prêt « à faire feu de tout bois », mais sans plus de précisions à ce stade.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

France Travail
5min

Économie

Le chômage au plus haut niveau depuis cinq ans : « Les 25-49 ans, pourtant les plus employables, sont les plus touchés par la hausse »

Les chiffres de l’emploi continuent de se dégrader au premier trimestre 2026, avec un taux de chômage qui a passé la barre des 8%. Pour Stéphanie Villers, économiste et conseillère économique au cabinet PwC France, seul un retour de la croissance permettra de débloquer la situation, en dépit des politiques de plein emploi déployées sous la présidence d’Emmanuel Macron.

Le

Shein : contre l’ultra-concurrence des plateformes de e-commerce, Roland Lescure reconnaît ne pas avoir « de formule magique »
3min

Économie

« Avec la guerre en Iran, aujourd’hui, le bois c’est de l’or », alerte cet artisan qui voit le prix de sa matière première s’envoler

Et si l’augmentation des prix à la pompe était l’arbre qui cachait la forêt ? Depuis qu’une partie du pétrole mondial est bloquée dans le détroit d’Ormuz, la crise nous rappelle que le modèle des économies occidentales reste encore fortement dépendant des énergies fossiles. Qu’en est-il des ressources nécessaires à notre production comme le bois, l’acier ou le plastique ? La crise inflationniste menace-t-elle de nouveau ? Quelles leçons avons-nous tirées des crises énergétiques précédentes ? Quentin Calmet abordait cette semaine les enjeux de la crise de l’énergie dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris : Handover ceremony between Francois Bayrou and Sebastien Lecornu at Matignon
5min

Économie

Écartée par Sébastien Lecornu, la « règle d’or budgétaire » est-elle une solution réaliste pour limiter le déficit public ?

Alors que le déficit public était encore supérieur à 5% en 2025, la possibilité d’instaurer une limite constitutionnelle au déficit, la fameuse « règle d’or » budgétaire, fait son chemin. Une proposition de loi sénatoriale visant à sa mise en œuvre doit être déposée dans les prochaines semaines. Ce qui ne va pas sans susciter des craintes démocratiques, de l’avis de plusieurs juristes.

Le