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Après le « coup de tonnerre » de la condamnation de Donald Trump, quelles conséquences sur la campagne présidentielle américaine ?

La condamnation de Donald Trump, pour avoir maquillé des paiements destinés à acheter le silence d’une actrice pornographique, ne devrait pas l’empêcher de briguer un nouveau mandat de président, face au sortant Joe Biden. Ce verdict place néanmoins le camp républicain, et plus largement les Etats-Unis, dans une situation totalement inédite à un peu plus de cinq mois du scrutin.
Romain David

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« Guilty ! » Donald Trump a été reconnu coupable jeudi, par le tribunal pénal de New York, de falsification de documents dans l’affaire Stormy Daniel. C’est la première fois qu’un ancien président américain se voit condamner de la sorte. Douze jurés ont reconnu la responsabilité du magnat de l’immobilier – sur le point, à 77 ans, de décrocher l’investiture républicaine pour la course à la Maison Blanche – pour l’ensemble des 34 faits qui lui étaient reprochés dans une affaire d’achat de silence dont seuls les Américains semblent avoir le secret, mêlant à la fois gros sous, adultère et politique.

La peine associée à ce verdict historique n’est pas encore connue. Pour autant, cet événement vient percuter de plein fouet la campagne pour l’élection du 47e président des Etats-Unis, le 5 novembre prochain. « C’est un coup de tonnerre », résume auprès de Public Sénat Anne Deysine, professeur émérite à l’université Paris-Nanterre, spécialisée sur les questions politiques et juridiques aux États-Unis. Pour l’heure, néanmoins, les effets sur la présidentielle et l’avenir politique de Donald Trump restent difficiles à estimer.

Qu’est-ce que l’affaire Stormy Daniels dans laquelle Donald Trump a été reconnu coupable ?

En octobre 2016, à quelques jours de la présidentielle, Michael Cohen, avocat de Donald Trump, remet 130 000 dollars à l’actrice pornographique Stormy Daniel, Stephanie Clifford de son vrai nom, pour faire taire une relation sexuelle que celle-ci aurait eue en 2006 avec son client. À l’époque, Donald Trump était déjà marié avec l’ancien mannequin slovaque Melania Knavs. L’affaire est éventée par le Wall Street Journal début 2018. Quelques mois plus tard, l’actrice reconnaît lors d’une interview sur CBS avoir eu un rapport sexuel avec le magnat de l’immobilier.

Le remboursement de Michael Cohen, pour la somme qu’il a versée à Stormy Daniel, se serait fait via la Trump Organization. Les comptes du conglomérat auraient été maquillés pour dissimuler les véritables raisons du transfert d’argent. C’est bien ce que la justice reproche à Donald Trump : non pas d’avoir conclu un accord financier avec une actrice de films X, mais d’avoir falsifié les documents commerciaux de son entreprise immobilière pour dissimuler l’existence de cet accord.

Quelle peine encourt Donald Trump ?

L’ancien locataire de la Maison Blanche devra attendre le 11 juillet pour connaître le détail de sa peine. Toutefois, les 34 délits de falsification de documents comptables pour lesquels il a été reconnu coupable jeudi ne sont pas les infractions les plus sévèrement punies par le Code pénal de l’Etat de New York. Dans cette affaire, les peines encourues s’élèvent à quatre ans de prison pour chacun des chefs d’accusation.

« Je ne pense pas que le juge choisira la prison. Il aurait déjà pu le faire lorsque Donald Trump a violé à plusieurs reprises son ordonnance de bâillon législatif, qui aurait dû le contraindre au silence médiatique sur cette affaire », commente l’américaniste Anne Deysine. « Je pense plutôt à un aménagement de peine et peut-être à une obligation de demander l’autorisation du juge lorsqu’il voudra quitter l’État de New York. »

Les avocats du républicain ayant déjà annoncé leur intention de faire appel, il est probable que le juge rende la sentence suspensive jusqu’à une nouvelle décision sur le fond. Dans ces conditions, l’hypothèse de voir Donald Trump atterrir en prison à court terme semble assez peu probable.

Le candidat peut-il encore faire campagne dans ces conditions ?

« La Constitution américaine fixe trois conditions pour candidater à la présidence : être âgé d’au moins 35 ans, être né aux États-Unis et y résider depuis au moins 14 ans. Rien n’est dit sur le fait d’être condamné par la justice. Et donc rien n’empêche Donald Trump d’être candidat, ni même d’être élu », indique Anne Deysine. Il existe au moins un précédent : condamné à dix ans de prison pour sédition, le candidat socialiste Eugene Victor Debs avait passé la campagne de 1920 derrière les barreaux… réussissant à glaner 3,4 % des suffrages exprimés.

Une incarcération, ou même une assignation à résidence, constituerait toutefois une entrave matérielle majeure pour la campagne de Donald Trump, même à l’heure du numérique et des réseaux sociaux. Ces dernières semaines, les audiences judiciaires l’ont obligé à ralentir le rythme de ses déplacements. « Je dois faire deux choses à la fois chaque jour. Vous savez pourquoi ? Parce que je suis tout le temps à New York pour le procès Biden », s’était-il agacé le 1er mai lors d’un discours dans le Michigan.

Cette condamnation est-elle une épine dans le pied du camp républicain ?

La peine sera prononcée le 11 juillet, seulement quatre jours avant la convention d’investiture républicaine pour la présidentielle qui se tiendra à Milwaukee, dans le Wisconsin. On imagine aisément que les apparatchiks du « Grand Old Party » préféreraient se passer d’une telle publicité avant un évènement au cours duquel Donald Trump doit être officiellement investi et présenter son colistier.

Mais il y a fort à parier que le candidat et son équipe instrumentalisent cette condamnation – ce qu’ils ont déjà largement fait durant le procès – pour nourrir la rhétorique complotiste régulièrement brandie par Donald Trump, qui dénonce un procès politique orchestré par Joe Biden et les démocrates. « Je suis un prisonnier politique », a-t-il lâché jeudi soir. « Le 30 mai 2024 pourrait rester comme le jour où Donald Trump a gagné l’élection présidentielle 2024 », s’est même risqué à commenter l’un de ses fils, Eric Trump, sur le réseau social X.

« Sa condamnation ne fera pas changer d’avis les 40 % de frénétiques pro-Trump », assure Anne Deysine. « Mais elle peut avoir un impact sur une toute petite portion de l’électorat, ces 5 % d’indécis qui peuvent faire basculer l’élection mais qui peuvent aussi voter pour l’un des tiers partis, et ainsi prendre des voix au président Biden. »

De quelle manière réagissent le camp démocrate et le président Joe Biden ?

« Nous avons vu aujourd’hui à New York que nul n’était au-dessus des lois ». C’est par ce commentaire laconique que l’équipe de campagne de Joe Biden a réagi au verdict rendu jeudi soir. Aucun commentaire officiel en revanche du côté du président américain. Il faut dire que le 30 mai marque la date anniversaire de la disparition de son fils aîné, Beau Biden, des suites d’un cancer du cerveau en 2015.

À six mois de l’élection, un sondage publié par le New York Times, le 13 mai, donne Joe Biden perdant dans cinq des six « swing-states », ces Etats au vote indécis, par opposition aux Etats historiquement acquis à la cause républicaine ou démocrate, et qui peuvent faire basculer le scrutin de novembre. Il semble que le président américain fasse les frais d’une inflation qui ne ralentit pas et du soutien à Israël, de plus en plus critiqué par les minorités ethniques et les jeunes électeurs.

« Jusqu’ici le camp démocrate a évité d’en rajouter afin de ne pas prêter le flanc aux accusations de procès politique », observe Anne Deysine. « Mais on peut prévoir des publicités politiques qui feront référence au candidat républicain comme ‘Trump le félon’, celui qui a été condamné à une ‘felony’, un délit en anglais ». Une manière pour le démocrate de conforter son image de candidat sérieux.

Donald Trump risque-t-il d’autres condamnations judiciaires ?

Le magnant de l’immobilier est mis en accusation dans trois autres affaires pénales. De nombreux commentateurs avaient estimé que l’affaire Stormy Daniel était celle qui avait le moins de chance d’aboutir. Pourtant, ce sont aujourd’hui les autres dossiers qui semblent au point mort.

Initialement prévu pour s’ouvrir le 4 mars, le procès autour de l’assaut du Capitole en janvier 2021 a été repoussé sine die. La Cour suprême des États-Unis doit d’abord trancher sur l’immunité pénale dont Donald Trump se prévaut, étant encore en fonction au moment des faits.

Donald Trump a également été inculpé avec 18 autres personnes pour « fausses déclarations et faux documents, usurpation de fonction publique, faux et usage de faux » dans l’État de Géorgie. Dans cette affaire, il se voit reprocher les pressions exercées après l’élection présidentielle de 2020 pour empêcher un vote des grands électeurs en faveur de Joe Biden. Aucune date n’a été fixée pour ce procès.

Enfin, Donald Trump est accusé d’avoir conservé dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, une centaine de documents classés confidentiels, alors qu’il n’était plus président, et d’avoir ainsi compromis la sécurité des Etats-Unis. Le 8 août 2022, le FBI a procédé à une retentissante perquisition dans la demeure du magnat. Dans cette affaire, il risque jusqu’à 10 ans d’emprisonnement. Là encore, la date du procès, prévu le 20 mai, a finalement été repoussée en raison des très nombreux recours déposés par ses avocats.

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