Intelligence artificielle : « Il y a urgence à préparer le cerveau des enfants à cette hybridation technologique »

Ce 21 mars, la délégation sénatoriale à la prospective auditionnait le professeur Raphaël Gaillard, auteur d’un ouvrage sur « l’homme augmenté ». Pour le psychiatre et chercheur en neurosciences, l’hybridation entre nos cerveaux et l’intelligence artificielle a déjà débuté et préfigure « une hausse de la fréquence des troubles mentaux ». Pour « limiter la casse », il préconise un remède simple : la lecture.
Rose-Amélie Bécel

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Dans le cadre de leurs travaux sur l’intelligence artificielle, la délégation sénatoriale à la prospective auditionnait, ce 21 mars, le professeur Raphaël Gaillard. Le psychiatre et chercheur en neurosciences a exposé le fruit de ses recherches au sujet de « l’homme augmenté » : l’hybridation du cerveau humain avec l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, l’exemple le plus frappant de ce projet d’homme augmenté est porté par Elon Musk, fondateur en 2016 de la start-up Neuralink, qui développe des implants cérébraux. « Puisque nous allons très vite être dépassés par l’intelligence artificielle, la réponse c’est notre augmentation par cette même IA. Si nous restons dans la seule opposition entre homme et machine, elle nous dépassera très rapidement », explique Raphaël Gaillard.

« Il ne s’agit pas de science-fiction, ni même de recherche, mais de soins courants »

Ce 20 mars, Elon Musk présentait, via une diffusion en direct sur son réseau social X (anciennement Twitter), le premier patient ayant reçu un implant Neuralink. Devenu tétraplégique après un accident, le jeune américain est désormais capable de déplacer par la pensée un curseur sur l’écran de son ordinateur.

De tels dispositifs existent déjà en médecine depuis plusieurs années, notamment pour améliorer la vie de patients paralysés ou atteints de la maladie de Parkinson. « Il ne s’agit pas de science-fiction, ni même de recherche, mais de soins courants effectués aujourd’hui partout dans le monde », note Raphaël Gaillard.

Pour le psychiatre, une généralisation de l’hybridation entre le cerveau humain et l’intelligence artificielle au-delà de la médecine comporte de grands risques, déjà observables en raison de « l’hybridation faible » entre notre cerveau et notre smartphone. « Le prix à payer pour cette augmentation de la puissance du cerveau humain, c’est que nous devons nous attendre à une hausse de la fréquence des troubles mentaux ». Les alertes récentes sur la dégradation de la santé mentale des jeunes, notamment des 8-12 ans auparavant très peu touchés par ces troubles, montre déjà une dégradation de la situation, selon le professeur.

« Ce qui rend Chat GPT intelligent, c’est d’avoir lu »

Pour « limiter la casse » face à ces transformations de notre cerveau déjà en cours, Raphaël Gaillard préconise un remède simple : la lecture. « Ce qui rend Chat GPT intelligent, c’est d’avoir lu. Que ce soit l’intelligence artificielle ou le cerveau d’un enfant, ce qui compte c’est qu’il ait été traversé par des millions de pages, parce que cela donne sa conformation aux neurones, artificiels ou biologiques, qui pourront ensuite penser », défend le psychiatre.

À ce titre, Raphaël Gaillard soutient donc largement la création d’un conseil scientifique de l’Education nationale, présidé par un spécialiste des neurosciences, portée par Jean-Michel Blanquer en 2017. « Il y a une vraie démarche de rapprochement des neurosciences avec l’Education nationale, mais peut être avec une forme de timidité, de prudence, qui s’explique par le fait qu’il faut expérimenter », déplore le professeur qui estime que cette approche gagnerait à se répandre plus rapidement.

En attendant l’éventuelle mise en place d’une nouvelle approche de l’apprentissage de la lecture, Raphaël Gaillard préconise également d’éloigner les plus jeunes des nouvelles technologies, « non pas en considérant qu’elles sont mauvaises, mais en sachant qu’il y a un temps pour tout et qu’il faut y venir au bon moment ». Pour le psychiatre, la question plus large du temps d’accès aux écrans et de la déconnexion, devrait par ailleurs « susciter un débat démocratique puissant ». Un appel qui ne pourra pas être ignoré par les sénateurs, alors qu’une tribune, publiée il y a une semaine par l’ancienne ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem et appelant à rationner l’usage d’internet, suscite le débat.

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