La canicule précoce qui traverse actuellement pays, avec plus de 1000 records de températures battus dans le pays pour un mois de mai, sonne comme une piqûre de rappel des effets du réchauffement climatique. Mais avec un paradoxe : l’environnement est passé tout en bas de la pile des préoccupations, qu’elles soient politiques, médiatiques ou des Français, depuis des mois. Ce n’est pas nouveau et ça dure. L’époque des marches pour le climat semble lointaine. Le « backlash » écolo a produit ses effets jusqu’au Parlement : loi Duplomb, suppression des ZFE et assouplissement du ZAN (deux mesures finalement censurées par le Conseil constitutionnel). Les écologistes dénoncent des « reculs », mais sans se faire entendre.
« On a un déni qui s’est installé, politiquement, médiatiquement »
Alors que va s’ouvrir la campagne présidentielle, les enjeux écologiques et climatiques peuvent-ils retrouver une place au sein du débat public pour 2027 ? Rien d’évident. Pour les membres des Ecologistes, la frustration est double, entre ces sujets qui passent à la trappe et des échecs électoraux. « On a un déni qui s’est installé, politiquement, médiatiquement. Il y a quelque chose d’un peu irrationnel. On nous explique que l’écologie, ça commence à bien faire, qu’il y a trop de normes. Il y a un discours contre l’écologie qui a prospéré », regrette le sénateur Les Ecologistes, Thomas Dossus, qui ajoute : « A chaque fois qu’il y a une vague de chaleur ou un événement météo extrême, on se rappelle. La réalité, c’est quand on se cogne ».
Les Ecologistes, qui avaient profité de la vague verte lors des municipales de 2020 avant un reflux en 2026, ont aussi peut-être perdu la bataille du récit. « Nous, on a toujours essayé de garder le cap et la ligne, mais on s’est bien rendu compte que le consensus n’était plus de reconnaître l’accélération du chaos climatique, et qu’un autre s’était formé, avec l’idée que l’écologie est une contrainte insupportable pour l’économie », regrette le sénateur écolo du Rhône, avec la difficulté que « quand on agit pour l’écologie, on n’a pas les gains politiques qui arrive tout de suite ».
« Parfois, on a peut-être été trop catastrophistes », reconnaît l’écologiste Thomas Dossus
Mais si la candidature de Marine Tondelier, la patronne des écolos, va jusqu’au bout, avec ou sans primaire, ce sera aussi, justement, l’occasion de porter le sujet de l’écologie, comme « le congé climatique, une proposition faite au début du mois » qui permettrait d’« avoir un forfait de jours de congé climatiques en cas de grandes chaleurs ou d’événements climatiques extrêmes, pour adapter notre droit du travail aux conditions actuelles ».
« Dans ces périodes où l’écologie a disparu des radars, on se retrouve un peu seul à en parler. Mais ça sert à ça aussi une campagne présidentielle : porter dans le débat public ces sujets et que d’autres s’en emparent », défend Thomas Dossus, qui relève que « dans le livre de Raphaël Glucksmann, il en fait très peu mention et le sujet n’est pas inscrit à gauche dans le récit de chacun, y compris Mélenchon. Le backlash écologiste touche même la gauche ».
Mais les écologistes ont-ils eux-mêmes une part de responsabilité ? « Parfois, on a peut-être été trop catastrophistes », reconnaît Thomas Dossus, « mais c’est difficile de ne pas l’être quand on voit les rapports des climatologues ». « C’est la stratégie de la direction des Ecologistes qui nous a amenés à cela », pointe un opposant interne à Marine Tondelier. Le même note que « chez les écologistes, ce sont toujours les « réalos » qui font un bon score à la présidentielle, Mamère, Voynet, Jadot ».
« Les questions climatiques n’ont pas tant reculé que ça », selon l’eurodéputé PS Christophe Clergeau
Du côté du PS, le secrétaire national aux transitions écologiques, énergétiques et industrielles, l’eurodéputé Christophe Clergeau, part d’un constat moins négatif. « J’ai un diagnostic un peu plus nuancé. Les questions de biodiversité, de lutte contre la pollution ont beaucoup reculé. Mais les questions climatiques n’ont pas tant reculé que ça », souligne l’eurodéputé, qui en veut pour preuve qu’« au niveau européen, on a pu adopter un texte fixant une baisse des gaz à effet de serre de 90 % en 2040. Et il y a aussi l’omni présence des questions énergétiques ». Christophe Clergeau ajoute qu’« il y a un consensus aujourd’hui en France et en Europe pour prendre le tournant de l’énergie décarboné ». Mais ce qui l’« inquiète le plus, c’est qu’on ne fasse pas le même effort sur la lutte contre la pollution, sur les sols, l’eau, la relation santé/environnement. Et au plan agricole, la situation est désastreuse et absurde ».
Alors que « le PS a mis au cœur de son projet la volonté de faire des énergies renouvelables un levier de la souveraineté européenne et nationale », pour 2027, Christophe Clergeau espère bien que « le ou la candidate qui représentera notre espace politique portera le projet des socialistes et des écologistes. Celui ou celle qui ne porterait pas ce projet ne sera pas notre candidat, point final. Ce n’est pas une option. C’est un impératif absolu », prévient le secrétaire national du PS.
Et avec « les emplois verts, qui sont l’avenir de l’industrie, ces sujets sont totalement incontournables », insiste le socialiste, qui n’a « aucune confiance dans les candidats de droite libéralo-macroniste » en matière d’écologie.
Renaissance entend pourtant incarner aussi l’écologie. En juillet 2025, le secrétaire général du parti, Gabriel Attal, alors pas encore candidat à l’élection présidentielle, dénonçait « la grande régression climatique, y compris au sein du gouvernement ». En présentant ses mesures pour « une nouvelle donne économique et climatique », le patron de Renaissance comptait faire de « l’écologie l’affaire de tous ». Dans les médias, c’est depuis l’ancienne ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, qui s’emploie à porter la voix de l’écologie pour le parti de Gabriel Attal.
« A droite, on ne peut pas mettre la question climatique de côté au profit du régalien », pointe Agnes Evren, porte-parole de LR
Chez les LR aussi, on tente de faire vivre une écologie de droite. Mais dans le parti de Bruno Retailleau, où les questions régaliennes tiennent le haut du pavé, difficile de pousser ces sujets. Quelques parlementaires, comme les sénatrices Agnès Evren et Christine Lavarde ou le député Antoine Vermorel-Marques, s’activent cependant sur les questions écologiques. « A droite, je dis qu’on ne peut pas mettre la question climatique de côté au profit du régalien. Dans le projet de droite, il y a urgence à agir et on doit faire de l’écologie la matrice de notre projet de société. L’écologie doit irriguer l’ensemble des politiques publiques », va jusqu’à dire la sénatrice Agnès Evren, porte-parole des LR. « Est-ce que c’est en top priorité chez nous ? La vérité, non. Mais l’enjeu pour nous, c’est d’être crédible sur ces questions et faire des propositions aux Français », ajoute Antoine Vermorel-Marques.
Le député LR de la Loire vient d’ailleurs de mettre le point final à un livre sur l’écologie. « J’ai écrit les mots de la conclusion il y a 1h15 ! Ce sont 100 propositions pour l’écologie de droite. En 1969, il y a Louis Armand, avec la nouvelle société de Chaban-Delmas, qui fait 100 propositions pour l’environnement. Puis Michel Barnier fait ça aussi ensuite. C’est dans cette lignée-là. Le livre sortira en fin d’année/début d’année prochaine, dans le cadre de la campagne », annonce l’auteur, qui explique que « le vide qu’a laissé la droite sur le sujet a été rempli par l’écologie décroissante, moralisatrice. Donc c’est la question de savoir si on est capable de donner une autre définition, notre version de l’écologie », entre « énergie décarbonée avec le nucléaire, l’électrification, la question de la souveraineté en limitant les importations. On n’appelle pas ça écologie, mais pour autant, c’est allier puissance et climat ».
« Ce n’est pas parce qu’on critique la politique environnementale qu’on est anti-écolo »
« C’est la droite qui a fondé le premier ministère de l’Environnement, sous Pompidou », rappelle de son côté Agnes Evren, qui « considère que l’écologie est prise en otage par une certaine gauche radicale et dogmatique, qui défend la décroissance, la fin du sapin de Noël et dégenrer les cours d’école. Ce n’est pas de l’écologie, c’est de l’idéologie. Quand Sandrine Rousseau parle de l’homme déconstruit, elle fait de l’idéologie », dénonce la sénatrice LR de Paris. « Convaincue qu’il y a une place pour une écologie incitative et positive », Agnès Evren entend que son mouvement porte le sujet : « Notre écologie de droite, c’est refuser d’opposer la compétitivité économie et la défense de l’environnement ».
Reste que l’image de la droite, notamment par ses derniers votes, est loin de l’écologie. « Il y a un double mouvement. Ce n’est pas parce qu’on critique la politique environnementale qu’on est anti-écolo. C’est juste qu’on doit prendre un autre chemin. Et le problème, ça c’est vrai, c’est que l’autre chemin n’est pas dessiné. Quand on propose de supprimer les ZFE, le ZAN, on supprime mais on ne remplace pas », reconnaît Antoine Vermorel-Marques, pour qui « tout l’enjeu, c’est de trouver la politique qui remplace, pour être efficace. C’est là qu’on redeviendra crédibles ». Quant au moratoire sur le renouvelable, soutenu par certains députés LR, « c’était vraiment une erreur, mais votée juste par 4 députés LR et 40 députés RN. Ça n’avait aucun sens de proposer ça. C’était même renier l’histoire de la droite sur le sujet. Bruno Retailleau, lui, défend la fin des subventions publiques sur les renouvelables, ce n’est pas la même chose ». Agnes Evren ajoute que « Bruno Retailleau a une véritable fibre écologique. Il a sorti un bouquin sur le sujet il y a 5 ans. Il est totalement habité et animé par cela ».
« Événement » où Bruno Retailleau parlera écologie après l’été
Le candidat des LR à la présidentielle compte aborder le sujet après l’été. « Il y aura un événement à la rentrée avec lui, pour présenter sa vision conservatrice de l’environnement. On a m’a demandé de m’en occuper. Ce sera vers septembre/octobre », glisse Antoine Vermorel-Marques. Et les candidats de 2027 peuvent déjà ajouter un autre événement à leur agenda. « Il y aura la COP 31 en Turquie, en novembre. Ce sera un élément important pour les candidats, pour présenter leurs visions », souligne le député LR. De quoi peut-être alors remettre, au moment de la campagne, l’écologie en haut de la pile et au cœur du débat.