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« Contrôler les entreprises serait plus utile que de faire la chasse aux chômeurs », selon Jérôme Guedj

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François Vignal
Le 02.09.2014 à 16:21
« Contrôler les entreprises serait plus utile que de faire la chasse aux chômeurs », selon Jérôme Guedj
Jérôme Guej, président PS du conseil général de l’Essonne.

Les déclarations du ministre du Travail, François Rebsamen, qui souhaite un contrôle renforcé des chômeurs, passent mal à gauche et chez les syndicats. « Le problème, ce ne sont pas les chômeurs, c’est le chômage », répond Jérôme Guedj, responsable de Maintenant la gauche, à l’aile gauche du PS. « François Rebsamen a fait une déclaration anxiogène et mortifère », selon le président du conseil général de l’Essonne, qui y voit des « mots et une sémantique étrangère à notre famille politique ». « La blairisation du PS et de la gauche gouvernementale est en marche », affirme Jérôme Guedj. Entretien.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, a demandé à Pôle Emploi de « renforcer les contrôles » pour vérifier que les chômeurs « cherchent bien un emploi », souhaitant une « sanction » si aucune démarche n’est faite. Etes-vous d’accord ?
Personne ne conteste le fait que pour les allocations chômage, comme pour toute prestation, il y ait des mécanismes de contrôle. Mais je m’étonne, et l’expression est faible, qu’au moment où on renforce dans le discours la bataille contre le chômage, la première déclaration du ministre du Travail consiste à permettre l’expression de cette voie éculée qui est de voir les chômeurs comme responsables du chômage. Le problème, ce ne sont pas les chômeurs, c’est le chômage. Quand la droite utilisait ces termes, le PS était le premier à dénoncer cette facilité. Qu’il y ait des abus, personne ne le conteste. Envoyer ce message est un peu délétère. Malheureusement, ça fait sens dans la semaine qu’on vient de vivre. Ça confirme les marqueurs sociaux-libéraux.

Il y a eu le coup de sonde du ministre de l’Economie Emmanuel Macron sur les 35 heures, les ordonnances pour le travail le dimanche, la décision sur l’encadrement des loyers et aujourd’hui, on a aussi la petite pique de Macron, pour sa première sortie de ministre, qui dit que les contreparties du CICE n’ont pas de sens... C’est contraire à ce que déclarait le Président le 21 janvier, qui avait indiqué que les contreparties devaient être mesurables ! Tout cela devient un peu lassant.  Il y a une accumulation de sorties de route. Ou plutôt, c’est une autre route. Le débat n’est pas éteint, ni par les mesures disciplinaires contre Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ni par le discours habile de Manuel Valls à La Rochelle.

Mais est-il normal qu’un chômeur ne fasse aucune démarche pour retrouver un emploi ?
Mais il y a dejà des contrôles. On est dans une sorte de communication, de mise en scène, pour donner l’impression de fermeté. Le problème du chômage, c’est qu’il y ait des décisions de politique économique efficaces. Au contrôle des chômeurs, je préfèrerais un contrôle effectif des entreprises qui touchent le CICE mais qui ne se privent pas de continuer à licencier, comme Auchan, qui a touché 120 millions d’euros et vient de supprimer 300 emplois. Ce serait plus utile que de faire la chasse aux chômeurs avec un effet d’amalgame.

Nicolas Sarkozy proposait pendant la dernière campagne présidentielle un référendum sur l’indemnisation des chômeurs. François Hollande lui avait alors reproché de s’en prendre « aux plus faibles ». Comment expliquez-vous ce changement de pied ?
Je ne l’explique pas. Quand on prend les mots et la sémantique étrangère à notre famille politique, on désespère celle-ci. Ça fait sens et système avec tout ce qui s’est passé la semaine dernière. Il faut se rappeler aussi qu'en 2005 sous le gouvernement Villepin, après une mesure renforçant le contrôle des chômeurs, le PS affirmait que pour l’exécutif « la lutte contre le chômage (était) une lutte contre les chômeurs ».

Sanctionner les chômeurs est-il une mesure de gauche ?
Sanctionner des personnes qui fraudent, ce n’est ni de gauche, ni de droite. C’est républicain. Mais en faire un élément central du discours politique, c’est en faire quelque chose qui empreinte d’autres voies. C’est comme si tous les jours, le ministre de l’Economie disait nous allons vérifier si les grandes entreprises sont bien soumises à l’impôt sur les sociétés de 30%.

Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, a estimé qu'il fallait « surtout se concentrer sur les réponses pour développer l'emploi ». La ligne n’est visiblement pas totalement clarifiée au gouvernement…
Non, elle ne l’est pas totalement. Il a raison. Rien de tout cela ne me réjouit. J’aurais préféré qu’Emmanuel Macron nous dise qu’on va mettre un coup d’arrêt au versement des dividendes aux entreprises qui touchent le CICE. Mais il n’y a aucun contrôle. Dans le pacte de responsabilité, on a gelé les prestations du plan grand nombre pour financer le CICE. Tout ça nous met hors de nous. Aujourd’hui, François Rebsamen a fait une déclaration anxiogène et mortifère.

Mais êtes-vous vraiment surpris par ces propos ?
Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. Cela assume le fait que la blairisation du PS et de la gauche gouvernementale est en marche. C’est une pseudo modernité, une fermeté au détriment de la justice.

 
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