Si la journée nationale de mobilisation du 17 octobre contre la vie chère a connu des manifestations pacifiques, elle a aussi fait l’objet de violences d’ampleur, qui mettent sous pression le gouvernement, critiqué pour sa stratégie de maintien de l’ordre. Selon le ministre du commerce, « au moins 3 000 commerces » ont été touchés par des dégradations ou des pillages ce week-end.
Ce matin, le ministre de l’Intérieur s’est estimé « responsable de tout ce qu’il se passe » et a admis « un manque d’anticipation » dans la gestion des forces de l’ordre qui étaient en sous-effectif. Pourtant, l’appel à une forte mobilisation le 17 octobre circulait sur les réseaux sociaux depuis plus d’un mois et s’est cristallisé à travers les mobilisations des lycéens qui occupaient les rues depuis près de 3 semaines.
L’allocution d’Emmanuel Macron « proche du vide sidéral »
L’opposition a largement critiqué le manque de maintien de l’ordre du gouvernement ce samedi qui apparaît « totalement dépassé », selon le candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau. Très attendue, au lendemain des scènes de violences, l’allocution filmée du chef de l’État a duré une dizaine de minutes. Le temps pour lui de promettre notamment la fermeté face aux casseurs « qui doivent payer », « la transparence » sur le schéma de maintien de l’ordre et d’annoncer que le Premier ministre Sébastien Lecornu réunirait « dans les prochains jours » les partenaires sociaux et les formations politiques. « Un discours proche du vide sidéral », selon le sénateur Horizons Franck Dhersin. Pour le député écologiste Pouria Amirshahi, le président a répondu à la colère sociale en disant : « Je vais chercher du pétrole mais, pour le reste, voyez avec Lecornu ».
« Ceux qui ont commis une erreur, ce sont les renseignements territoriaux »
Le ministre de l’Intérieur a déclaré ce matin que « 60 000 » policiers et gendarmes étaient mobilisés ce samedi sur tout le territoire. Pourtant, lors du mouvement des gilets jaunes, ils étaient 80 000 à être mobilisés et 89 000 pour le mouvement « Bloquons tout » de septembre 2025. À Marseille, le maire Bruno Payan a d’ailleurs déploré la présence d’un seul groupement de CRS pour l’ensemble de la cité phocéenne. Si le gouvernement avoue avoir « failli incontestablement ce week-end », comme l’a exprimé ce matin le garde des Sceaux Gérald Darmanin sur France 2, il y a toutefois eu « un défaut dans les renseignements ».
« Le ministre de l’Intérieur n’a pas eu les informations lui permettant de gérer cette situation », explique le sénateur Horizons Franck Dhersin. Selon lui, « ceux qui ont commis une erreur ce sont les renseignements territoriaux » qui n’ont « pas su voir venir les choses ». Toutefois, il reconnaît que « les gouvernements successifs ont mis de moins en moins de moyens sur les renseignements » et que cela pouvait aussi expliquer une telle situation.
Pourtant, « les réseaux sociaux faisaient état de manifestations sauvages », déclare le député écologiste Pouria Amirshahi. « On se demande comment les renseignements territoriaux ont pu passer à côté de cela », poursuit-il.
« Après quatre semaines de manifestations », le gouvernement a « sous-estimé l’ampleur du mouvement lycéen »
Depuis près d’un mois et demi, la date du 17 octobre inondait les réseaux sociaux. Si le mouvement protestait d’abord contre la hausse du carburant et la vie chère, il s’est cristallisé à travers le mouvement lycéen qui fait rage depuis près de quatre semaines. La date du 17 octobre avait alors pris une autre ampleur : elle s’inscrivait dans la continuité des mobilisations lycéennes et étudiantes.
« Il y a eu une absence de considération du mouvement lycéen par le gouvernement », explique Pouria Amirshahi. Ce qui est difficile à comprendre, selon le député, est que « avant le 17 octobre, la doctrine du maintien de l’ordre était extrêmement forte ». Samedi, il y a eu « des nasses alors que des magasins étaient pillés juste à côté », poursuit-il. « Depuis le début du mouvement, il y a une stratégie de pourrissement politique », pour décrédibiliser la colère sociale.
« Si cela n’excuse en rien les pillages et les dégradations commises », cette mobilisation « est le fruit de 10 ans d’absence de réponse sociale », explique le sénateur PS Rémi Féraud, « comme une cocotte qui finit par exploser ». Certains y ont vu « une opportunité pour piller », assure Franck Dhersin.
« C’est trop facile de dire que c’est toujours la faute du gouvernement »
Dans sa déclaration de la mi-journée, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dit prendre « sa part de responsabilité » tout en rejetant une partie des critiques de l’opposition : « C’est trop facile de dire que c’est toujours la faute du gouvernement ». Selon lui, « le désordre s’est organisé de façon inédite par l’ultragauche l’après-midi puis le soir par une délinquance générale ».
Le Premier ministre a fermé la porte à l’état d’urgence, qui n’est selon lui pas la solution la plus « adéquate » pour le moment, il a demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux » dès ce soir qui seront « partiels » et « localisés ». Pour le moment seuls les couvre-feux de quatre villes du Nord soit Lille, Douai, Denain et Wattignies ont été communiqués. Matignon a annoncé ces couvre-feux pour lundi et mardi à partir de 20h00 et jusqu’à 06h00 du matin.